Résumé

Régime politique en perpétuelle évolution, qui fonde la légitimité du pouvoir sur son acceptation par le peuple, la démocratie a connu une formidable diffusion au cours du xxe siècle. Elle est devenue un référent quasi universel, même si les régimes de nombreux pays ne sont encore que des démocraties de façade et si une certaine défiance se fait jour dans les pays démocratiques de longue date, se traduisant notamment par une forte abstention aux élections et par la montée en puissance de partis populistes.

Apparue à Athènes au v e siècle avant J.-C., la démocratie désigne un régime politique fondé sur la souveraineté populaire, où la légitimité du pouvoir découle de son acceptation par le peuple. « Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », selon la formule du président américain Abraham Lincoln en 1863, reprise dans la Constitution française de 1958 (article 2), la démocratie s’oppose à la dictature (ou régime autoritaire), dans laquelle le pouvoir est exercé par une personne ou par un groupe (oligarchie) sans séparation ou équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et donc généralement par la force en l’absence de contraintes légales ou institutionnelles. Dans le cas extrême, la dictature prend la forme d’un régime totalitaire où le pouvoir tend à s’immiscer jusque dans la sphère intime et cherche à soumettre les citoyens à une idéologie (III e Reich, URSS, État islamique, etc.).

La démocratie moderne trouve ses racines au Moyen Âge, notamment lors de la montée en puissance du Parlement anglais face au pouvoir royal (Magna Carta, 1215). Mais c’est avec l’indépendance des États-Unis que naît la première démocratie libérale, dans laquelle l’engagement constitutionnel (1788) institue les principes de liberté et d’égalité devant la loi, en opposition aux régimes aristocratiques qui étaient la norme en Europe. À la même époque, en France, l’Assemblée nationale issue de la Révolution de 1789 est établie sur la base des principes libéraux, déclinés en une Déclaration desdroits de l’hommeet du citoyen. Les révolutions américaine et française consacrent les principes d’un gouvernement représentatif inspiré par la philosophie des Lumières, dans lequel la capacité des élus à exercer un pouvoir de décision est soumise à des règles de droit définies dans une constitution qui garantit la protection des droits et libertés des individus.

Construction de la démocratie en France, 1789-2018 

Source : compilation de Philippe Copinschi. 

Commentaire : Ces indications chronologiques retracent quelques-unes des grandes étapes de la construction de la démocratie en France : de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (en 1789) à nos jours, elles montrent certaines avancées majeures, telles que la liberté d’expression et de culte (1814), l’abolition de l’esclavage (1848), le suffrage universel y compris pour les femmes (1944), l’abolition des travaux forcés (1960) ou encore l’abolition de la peine de mort (1981).

Diversité des modèles

La mise en place des démocraties contemporaines s’est faite très progressivement, et leurs pratiques n’ont cessé d’évoluer. Au-delà des principes fondamentaux, la démocratie peut prendre de multiples formes. Il n’existe pas un modèle unique car tout système politique est façonné par son contexte social et culturel. La démocratie peut être parlementaire ou présidentielle, voire s’accommoder des pratiques de la démocratie directe comme en Suisse. Elle peut être républicaine ou prendre la forme d’une monarchie parlementaire préservant les traditions et les droits aristocratiques, comme au Royaume-Uni.

Les démocraties sont aujourd’hui principalement représentatives et fondées sur un principe d’égalité entre les citoyens. Pourtant, à l’origine, le droit de vote fut souvent limité sur la base de la fortune (suffrage censitaire), le suffrage dit universel n’ayant été instauré que progressivement : en France, le suffrage « universel » masculin ne fut définitivement établi qu’en 1848 mais le droit de vote ne fut étendu aux femmes qu’en 1944 ; les résidents étrangers (hors Union européenne) en sont encore exclus. De même, il exista pendant longtemps de multiples restrictions fondées sur des bases raciales : plusieurs puissances européennes, alors considérées comme démocratiques, ont possédé jusqu’aux années 1960-1970 des colonies dans lesquelles des populations entières étaient exclues du champ de la citoyenneté.

La démocratie dans le monde 

Economist Intelligence Unit, Democracy Index 2017, www.eiu.com ; Societal-Systems Research Inc. & Université du Maryland, Polity IV Project, www.systemicpeace.org ; IFES Election Guide, www.electionguide.org 

Commentaire : Ces cartes représentent deux indices de démocratie calculés par des centres de recherche. Dans l’ensemble, les indices montrent des démocraties en Europe, en Amérique et en Océanie et des régimes autoritaires en Afrique et au Moyen-Orient. On observe néanmoins de nettes différences dans certains cas (Venezuela, Russie, Myanmar, etc.) ou même sur des continents (en Afrique). Ces différences résultent des choix des sous-indicateurs, des sources et des pondérations, qu’il conviendrait de décomposer.

Conditions d’une démocratie

Certaines conditions sont aujourd’hui nécessaires pour qualifier un régime de démocratique : des élections libres et régulières au suffrage universel ; le pluralisme et la possibilité d’alternance au pouvoir ; une séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ; un système juridique stable et indépendant ; la protection des droits fondamentaux et des libertés individuelles (État de droit), en particulier les libertés de conscience et de culte, les libertés d’expression et de la presse (existence de médias libres et indépendants), les libertés de réunion et d’association (impliquant le multipartisme) ; l’égalité des droits (égalité face à la loi). Souvent caricaturée comme un régime prônant le règne de la majorité, la démocratie ne peut se concevoir sans garantir le respect de la minorité (assuré par des institutions indépendantes), le droit de chaque individu à la dissidence (liberté de conscience), à la promotion de ses opinions (liberté d’expression) et celui de s’organiser pour diffuser ses idées (liberté d’association).

Universalisation

La diffusion de ce type de régime politique s’est généralisée au cours du xx e siècle. Après l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord, il s’est propagé à l’ensemble des continents, même si son implantation est faible au Moyen-Orient et en Asie centrale, et toujours fragile en Afrique. Aux résurgences autoritaires de l’entre-deux-guerres en Europe a succédé une première vague de démocratisation : puissances vaincues (Japon, Allemagne, Italie), États décolonisés (Inde), etc. La guerre froide a ralenti le processus, les démocraties occidentales n’hésitant pas, dans leur lutte anticommuniste, à soutenir des dictatures (Pakistan, Iran, Chili, Philippines, Indonésie, Zaïre, etc.).

La fin de la guerre froide a entraîné la disparition de la plupart des régimes communistes et des régimes militaires d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est ainsi que l’établissement du multipartisme dans quasiment tous les États africains, où les régimes à parti unique étaient la règle avec la bénédiction des puissances occidentales. Même si elles n’ont pas débouché sur des régimes démocratiques stables (à l’exception peut-être de la Tunisie), les révolutions arabes de 2011 ont souligné l’aspiration des peuples (en particulier de la jeunesse) de ces pays à l’instauration d’un système démocratique et d’un État de droit.

Aujourd’hui, très peu de régimes se vantent de ne pas être des démocraties (à l’exception des derniers pays communistes et des monarchies absolues). Même les régimes corrompus et autoritaires se prétendent démocratiques et se sentent obligés d’organiser des simulacres d’élections (élections truquées, absence de liberté des médias, etc.). Quasiment partout dans le monde, l’étiquette démocratique est devenue l’un des principaux critères de légitimation du pouvoir, voire le seul.

Critiques de la démocratie

Pour autant, la démocratie fait depuis longtemps l’objet de critiques, notamment de la part de penseurs marxistes. Pour eux, la démocratie telle qu’elle existe aujourd’hui est en réalité factice car l’égalité politique des citoyens est rendue impossible par le rapport de domination qu’exerce la classe dirigeante (politique, économique, médiatique) sur le reste de la population. Les inégalités économiques, qui se traduisent par une inégalité d’accès au savoir et à l’information, empêcheraient les classes populaires de réellement jouir de leurs droits et libertés. Ainsi, les systèmes dits démocratiques ne le seraient pas, le peuple étant en réalité dépossédé du pouvoir politique effectif, détenu en pratique par une petite minorité d’individus (oligarchie), sous le contrôle des élites économiques. Ce sentiment de ne pas être correctement représenté par les élus semble s’accentuer dans de nombreux pays démocratiques. Il se traduit par une augmentation tendancielle de l’abstention, par une montée en puissance des partis populistes et par une défiance accrue envers le personnel politique.

Représentation de l’extrême droite au Parlement européen, 1999-2014

Sources : compilation de Philippe Copinschi ; Parlement européen, www.europarl.europa.eu 

Commentaire : Ces cartes montrent l’irruption des partis d’extrême droite au Parlement européen depuis 1999. Le phénomène était cantonné à quelques pays au début de la période (Autriche et Belgique surtout, France et Italie aussi) mais s’est étendu depuis 2009 à la plupart des États de l’UE. Des partis d’extrême droite rassemblent ponctuellement plus de 15 % des voix (Autriche, Pologne, Pays-Bas ou France). Le Portugal et l’Espagne, les États baltes ou l’Irlande n’ont jamais élu de tels députés au Parlement de Strasbourg sur la période.

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