Résumé

La dynamique démographique des sociétés résulte des combinaisons complexes de nombreux facteurs dont les résultats pèsent sur le développement et les mobilités. L’espérance de vie augmente dans le monde et la fécondité est partout en diminution, jusqu’à descendre dans certaines régions au-dessous du seuil de renouvellement. La répartition des populations selon les classes d’âge différencie fortement les pays du Nord et du Sud.

La structure par âge des différentes sociétés du monde est fonction de l’évolution des rapports entre l’ excédent naturel et le solde migratoire, son impact sur les tendances à la croissance ou au déclin démographique est très important. La natalité relève du choix plus ou moins libre des individus pour de multiples raisons tenant aux conditions économiques, socio-culturelles et de santé, aux politiques publiques (codes de la famille, interdits légaux ou ancestraux, politiques natalistes ou antinatalistes contraignantes, soutiens financiers directs ou indirects aux familles, etc.), si ce n’est à la notion même de famille. La mortalité est directement liée à la paix, aux conditions économiques, sanitaires et de santé publique, voire aux catastrophes naturelles. Quant aux migrations, elles relèvent de l’ensemble de ces facteurs et d’abord de la pauvreté et des conflits. Les instruments de collecte de toutes ces données et les possibilités de mesures rétrospectives sont de qualité inégale selon les États et la dynamique démographique très complexe de chaque société, mais de grandes tendances apparaissent. Selon la division Population des Nations unies, l’ indice synthétique de fécondité pour l’ensemble du monde est passé d’environ 5 naissances vivantes par femme en 1950-1955 à 2,5 naissances en 2010-2015. À la suite de cette transition, 46 % de la population mondiale vit dans des pays où la fécondité est tombée sous le seuil de remplacement (2,1 naissances vivantes par femme), taux qui devrait atteindre 50 % entre 2020 et 2025 et 75 % en 2030. Au cours des années 1990, la plupart des pays du monde ont enregistré de remarquables progrès en matière de survie. Si, globalement, l’espérance de vie à la naissance a augmenté de 3,6 ans entre 2000-2005 et 2010-2015 (de 67,2 à 70,8 ans), c’est en Afrique que l’évolution a été la plus rapide (de 60,2 à 71,8 ans). Aujourd’hui, alors que 42 % des habitants de la planète a moins de 25 ans (27 % en Europe et 60 % en Afrique), la population âgée augmente plus rapidement que la population totale. 962 millions de personnes dans le monde ont plus de 60 ans en 2017, effectif multiplié par 2 depuis 1980 et qui devrait encore doubler d’ici 2050 (2,1 milliards, dont 425 millions de plus de 80 ans).

Jeunes et vieux, 2015

Source : Nations unies, division Population, World Population Prospects: The 2017 Revision, www.un.org 

Commentaire : Ces cartes présentent des géographies inverses : l’une rapporte la part des moins de 15 ans dans la population des États, la seconde celle des plus de 65 ans. Ces estimations – calculées pour 2015 par la Division de la population de l’ONU – montrent une Afrique subsaharienne où les jeunes représentent plus du tiers de la population. C’est ponctuellement le cas au Moyen-Orient, qui contraste avec l’Amérique du Nord, l’Eurasie, l’Asie du Nord-Est et l’Océanie, où les vieux pèsent davantage au sein des populations.

Déjà vieux et encore riches au Nord

L’augmentation régulière de la part des personnes âgées dans les sociétés du Nord est le résultat de trois tendances longues : la maîtrise de la fécondité, l’allongement de la vie et la faiblesse des migrations. Un niveau de vie moyen élevé, une protection sociale encore importante, le travail massif des femmes et la généralisation du contrôle des naissances ont fait s’effondrer la natalité, qui ne permet plus le renouvellement des générations. Les progrès de la médecine et l’accès aux soins ont favorisé des durées de vie plus longues ; ce papy-mamie boom, prévisible à défaut d’avoir été anticipé, a fait de l’Europe le continent le plus vieux du monde (35 % de sa population a plus de 60 ans). Face au délitement de l’ État-providence, à l’arrêt de l’immigration et à la crise économique, il s’agit d’un défi économique, politique, social, sociétal et familial majeur qui confronte collectivités et individus à l’augmentation des dépenses de santé, au manque de structures d’accompagnement et de prise en charge des personnes très âgées, aux questions d’éthique de fin de vie et de financement des retraites.

Personnes de plus de 60 ans habitant chez leurs enfants, 1990-2010

Source : Nations unies, division Population, www.un.org 

Commentaire : Les deux tiers de la population âgée de plus de 60 ans vivent dans des régions en développement et, dans le monde, la moitié des personnes de plus de 60 ans habitent chez leurs enfants. Ce niveau global masque de fortes différences régionales : elles sont moins de 20 % en Amérique du Nord et en Europe contre plus de 60 % en Asie et en Afrique, où la pauvreté ne laisse d’autre solution que la cohabitation des générations.

L’ individuation des sociétés, l’éclatement des familles, l’urbanisation, la crise du logement et l’effritement du lien social accentuent les inégalités devant le vieillissement. Les écarts se creusent entre, d’un côté, ceux qui ont accès au marché des résidences de qualité et, de l’autre, ceux qui subissent marginalisation et relégation et doivent recourir aux aides des associations pour survivre.

Évolution du nombre de jeunes et de vieux, 1950-2050

Source : Nations unies, division Population, World Population Prospects : The 2017 Revision, www.un.org 

Commentaire : Ces courbes montrent l’évolution du nombre des moins de 15 ans et des plus de 65 ans, en millions, de 1950 à 2050 grâce aux projections de la Division de la population de l’ONU. Parmi les dix premiers pays, l’augmentation du nombre des vieux est plus soutenue que celle des jeunes, confirmant un vieillissement général. Les croissances les plus fortes s’observent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est pour les jeunes ; dans les « émergents » (Brésil, Inde, Indonésie ou Chine) davantage qu’au « Nord » pour les vieux.

Encore jeunes et toujours pauvres au Sud

L’allongement de la durée de la vie amorcé dans les pays du Sud varie selon les pays et les groupes sociaux à l’intérieur des sociétés. Le maintien des maladies infectieuses ou parasitaires, la multiplication et la durée des conflits ralentissent et fragilisent ces évolutions, surtout en Afrique. Sans protection sociale ni accès à la contraception, la natalité, si elle décroît partout, reste par endroits très élevée et, même quand elle baisse, la structure par âge favorise les naissances. Les régions et les groupes les plus pauvres sont ceux qui comptent le plus d’enfants, d’adolescents et de femmes.

Taux de fécondité, 1950-2050

Source : Nations unies, division Population, World Population Prospects : The 2015 Revision, www.un.org 

Commentaire : Ces courbes montrent l’évolution de la fécondité, entre 1950 et 2015, et des projections jusqu’en 2050, pour quelques pays. Sur la période considérée, le nombre d’enfants par femme chute partout. On observe cette tendance dans les pays dits « du Nord » qui présentaient déjà des niveaux bas en 1950 (Japon, Russie, États-Unis, France), dans ceux où la baisse s’est déjà produite (Chine, Brésil, Inde, Algérie) et dans ceux où elle est en cours/à venir (Afrique subsaharienne, y compris au Niger avec 7 enfants par femme en 2015).

Cette dynamique démographique liée à la pauvreté l’entretient ou même l’accentue. Les besoins d’écoles, de centres de santé et d’emplois s’accumulent. L’ UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance) estime qu’en 2030, 167 millions d’enfants vivront dans l’extrême pauvreté, dont 83 % en Afrique. Les États aux économies libéralisées sous contrainte ont réduit leurs dépenses et souffert de 10 années de crise économique. Ils sont incapables d’investir pour l’avenir de leur jeunesse à laquelle l’absence de formation et d’emploi ne laisse que la migration pour seul horizon. Le vieillissement de la population a débuté en Afrique subsaharienne où, selon les pays, la part des vieux devrait doubler ou même quadrupler d’ici 2050, confrontant États et familles à de nouvelles difficultés. La Chine présente une situation démographique singulière issue de sa politique de l’enfant unique (1979-2015) et des progrès spectaculaires de l’espérance de vie (de 40 ans en 1949 à 76,5 en 2015). Un vieillissement très rapide (135 millions de plus de 60 ans en 2015, 359 en 2050) dans un contexte d’urbanisation soutenue, de bas revenus et de faible couverture sociale, pourrait ralentir son élan économique.

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