Maladies mondiales
Vaccination dans un hopital de Monrovia, Liberia, 2015
Crédit : Dominic Chavez/World Bank, 2015 / CC BY NC ND
Vaccination dans un hopital de Monrovia, Liberia, 2015.
La possibilité d'accès aux soins et à la prévention constitue un des grands facteurs d'inégalités mondiales. Lutter contre les maladies infectieuses nécessite la surveillance, la prévention, la détection précoce et le traitement. Les Organisations internationales et les Organisations non gouvernementales contribuent à pallier les manquements ou l'absence de politiques publiques dans de nombreux pays du Sud.
Résumé
La situation sanitaire demeure très contrastée à l’échelle de la planète. Les maladies infectieuses touchent surtout les pays du Sud. Hors d’Afrique, les individus sont plus touchés par des maladies non transmissibles, dont la plupart sont liées au mode de vie et à l’allongement de la vie. L’accès aux soins constitue un facteur de discrimination majeur en l’absence de couverture médicale universelle et en raison des choix d’investissements et de tarifs des firmes pharmaceutiques mondiales.
De nombreuses épidémies surviennent au Néolithique lorsque l’agriculture et l’élevage établissent une proximité entre hommes et bêtes. L’essor du commerce caravanier et maritime vers l’an mil contribue à l’unification microbienne eurasienne, puis les voyages transatlantiques contaminent les Amériques et l’Océanie à la fin du xv e siècle. Du xiv e au xix e siècle, la plupart des pays adoptent un système de quarantaine ou de cordon sanitaire pour éviter la propagation des maladies infectieuses (peste, grippe, rougeole, fièvre jaune, syphilis, choléra, tuberculose, lèpre, etc.).
Vers une nouvelle rupture épidémique ?
Des organisations internationales de santé sont créées à la fin du xix e siècle pour coordonner la lutte contre les épidémies. Jusqu’aux années 1970, les progrès médicaux font espérer une éradication des épidémies grâce à la vaccination et aux traitements découverts. Depuis, l’identification de nouvelles pathologies (sida, SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère], grippe aviaire), la recrudescence de certaines maladies (dengue, chikungunya, méningite) ou la réapparition de maladies supposées éradiquées (tuberculose, variole, peste) laissent envisager une nouvelle rupture épidémique, favorisée par la mondialisation, les changements climatiques, le risque bioterroriste et une sécurité alimentaire balbutiante.
Les maladies infectieuses touchent surtout les pays du Sud (elles représentent 56 % de la mortalité en Afrique, 5 % en Europe). Le paludisme, première maladie parasitaire mondiale, atteint chaque année 216 millions de personnes et cause 445 000 décès, dont 91 % en Afrique. Après l’échec des tentatives d’éradication par pulvérisations d’insecticides, dévastatrices pour l’agriculture et favorisant la résistance des moustiques, des traitements médicamenteux efficaces ont été conçus, mais leur coût reste exorbitant pour la plupart des malades.
Principales causes de mortalité selon le niveau de revenu, 2015

Commentaire : Cette matrice révèle les liens entre les principales causes de mortalité et le niveau de revenu moyen par habitant en 2015. Les populations des pays à revenu élevé meurent davantage de maladies non transmissibles (neurologiques ou cancers en particulier) alors que dans les pays à bas revenu, les populations meurent de maladies infectieuses (tuberculose, diarrhées, VIH/sida) ou de malnutrition. Ce gradient inverse est moindre pour le diabète (en raison des deux types) et les maladies cardiologiques.
Hausse des maladies non transmissibles
Hors d’Afrique, les maladies non transmissibles font plus de victimes que les maladies infectieuses, tendance qui devrait s’accroître. En 2030, les trois quarts des décès seront probablement causés par le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires, broncho-pulmonaires, neurodégénératives, l’obésité, les troubles mentaux, les troubles musculosquelettiques et les accidents de circulation. La plupart de ces maladies sont liées au mode de vie (régime alimentaire, consommation d’alcool, tabagisme, sédentarité, etc.) et à l’allongement de la durée de la vie.
Fortement développé dans les pays riches, notamment chez les personnes démunies, le diabète gagne les pays plus pauvres confrontés à des carences quantitatives et des déséquilibres qualitatifs. Dans les villes, la nourriture traditionnelle est concurrencée par une alimentation constituée de plats préparés, plus gras et plus sucrés. Signe de début de pandémie, le nombre de diabétiques dans le monde a quasiment quadruplé en moins de 40 ans, passant de 108 millions en 1980 à 422 millions en 2014.
Responsable de 10 % de la mortalité adulte (7 millions de morts par an), le tabagisme stagne – voire diminue – dans les pays riches, grâce à la prévention, à la taxation et aux procès intentés à l’industrie du tabac. La consommation directe et indirecte augmente en revanche dans les pays émergents et pays en développement (PED), portée par le marketing offensif des cigarettiers ; 80 % des 1,1 milliard de fumeurs vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où la consommation féminine et juvénile progresse fortement.
Décès par maladies non transmissibles, 2015

Commentaire : La répartition mondiale des décès par maladies non transmissibles est fortement contrastée. Les pays à fort vieillissement de leur population sont plus exposés aux maladies neurodégénératives. Ceux qui cumulent régimes alimentaires déséquilibrés, consommations d’alcool et de tabac élevées, sédentarité et exposition à la pollution importantes sont davantage touchés par les maladies cardiovasculaires et les cancers. La mortalité par diabète concerne aujourd’hui l’ensemble du monde, et d’abord les plus pauvres.
Se soigner, à quel prix ?
L’évolution des maladies et l’augmentation mondiale des dépenses de santé stimulent l’industrie pharmaceutique mondiale. Les grandes firmes multinationales des pays développés se préoccupent toutefois peu des besoins des PED : moins de 10 % des investissements de la recherche médicale sont alloués aux maladies dites négligées, représentant 90 % de la morbidité mondiale (leishmaniose, lèpre, maladie de Chagas, maladie du sommeil, paludisme, etc.).
Des maladies telles que l’hépatite C, dont 71 millions d’individus sont porteurs chroniques et dont près de 400 000 décèdent chaque année, pourraient pourtant être éradiquées. De nouveaux médicaments antiviraux permettent en effet la guérison de plus de 95 % des personnes infectées. En l’absence de couverture médicale universelle, l’accès au diagnostic et au traitement reste prohibitif pour les populations défavorisées, qui sont de surcroît les plus touchées par l’épidémie du fait de ses modes de contamination. Les populations vulnérables sont également davantage victimes de l’essor de la contrefaçon de médicaments (10 % du marché mondial, et jusqu’à 30 % dans les PED), des pratiques controversées de certaines firmes pharmaceutiques (tests des nouveaux médicaments avant autorisation de mise sur le marché) et d’effets environnementaux (pollution des eaux usées par les principes actifs des médicaments).
Les 20 premières firmes pharmaceutiques mondiales, 2016

Commentaire : Ces données, produites par l’industrie pharmaceutique elle-même, montrent le poids des grandes multinationales du secteur (10 américaines et 8 européennes parmi les 20 premières qui totalisent près de 500 milliards de dollars de revenus), la part de leurs produits phares dans leur revenu total et le type de pathologies auxquelles ils s’adressent (cancers : 8,8 % des revenus, diabète : 5 %).
- organisations internationales > Organisation internationale
- Selon Clive Archer, une OI est « une structure formelle, durable, établie par un accord entre ses membres (gouvernementaux et/ou non gouvernementaux), à partir de deux ou plusieurs États souverains, dans le but de poursuivre un intérêt commun aux membres ». Marie-Claude Smouts désigne trois traits distinctifs des OI : elles procèdent d’un « acte fondateur » (traité, charte, statut), s’inscrivent dans un cadre matériel (siège, financement, personnel), et constituent un « mécanisme de coordination ».
- changements climatiques > Changements climatiques
- L’ONU définit les changements climatiques comme « des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables » (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques [CCNUCC], 1992). L’expression est utilisée pour décrire le réchauffement global à la surface de la Terre dont l’ampleur et la rapidité sont sans précédent dans l’histoire de la planète, et qui est le résultat de l’augmentation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (principalement dioxyde de carbone ou CO2, mais aussi méthane, protoxyde d’azote, perfluorocarbones, hydrofluorocarbones et hexafluorure de soufre).
- risque > Risque
- Perception et prise en compte des dangers et menaces à l’égard des individus et de l’environnement. Apparue scientifiquement et politiquement à la fin du xixe siècle avec l’émergence d’un État-providence destiné à faire face aux nouveaux risques sociaux, la notion de risque s’est développée lors des dernières décennies avec la mondialisation des échanges et des innovations scientifiques et technologiques. Dans La Société du risque (1986), le sociologue allemand Ulrich Beck analyse le passage de sociétés « modernes » construites sur le dogme de la croissance économique et du progrès technique à des sociétés « postmodernes » centrées sur la production, la gestion et la régulation des risques. En témoigne l’essor du principe de précaution, destiné à anticiper les conséquences possibles ou probables d’une catastrophe dite naturelle ou industrielle, d’une épidémie ou d’une innovation technologique pour protéger les populations concernées.
- sécurité alimentaire > Sécurité alimentaire
- Apparue lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1974, la notion de sécurité alimentaire a été progressivement développée, intégrant différentes dimensions – accès, disponibilité, qualité, stabilité – que la définition du Sommet de 1996 a réunies : « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. » Elle est une des sept dimensions de la sécurité humaine définie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1994.
- Sud
- Voir Nord et Sud
- pays riches > Pays développé
- Lors de son discours d’investiture de 1949, le président des États-Unis Harry S. Truman dessine, dans son 4e point, les contours d’un programme d’aide aux « pays sous-développés ». Cette expression désigne l’ensemble des pays considérés comme « en retard » par rapport à ce qui devient désormais un modèle à atteindre : celui des pays développés, industrialisés, dont la croissance est alors plus forte et le niveau de vie plus élevé. Pays sous-développés, en voie de développement, ou en développement (selon l’évolution de la terminologie), pays développés, aucune expression ne vient modifier la perspective linéaire et évolutionniste de cette vision, ni nuancer le caractère homogénéisant et réifiant de ces ensembles.
- pays émergents > Pays émergent
- Cette expression est issue d’un discours d’acteurs économiques et financiers qui, au cours des années 1980, qualifient d’émergents les marchés où l’investissement, bien que risqué, est rentable. En faisant la part belle à la croissance et en suggérant une idée de décollage, elle traduit une façon linéaire et occidentalo-centrée de penser le développement. Reprise et contestée par des acteurs politiques, cette expression désigne l’insertion internationale, économique, politique et/ou diplomatique de certains pays. Elle invite à interroger les usages de cette labellisation par des acteurs qui la revendiquent ou la rejettent.
- firmes multinationales > Firme multinationale
- Entreprise ayant réalisé des investissements directs à l’étranger (IDE) lui permettant de posséder des implantations qu’elle contrôle entièrement ou partiellement (des filiales). Les premières datent de la fin du xixe siècle ; elles se sont généralisées au début du xxie siècle. La majorité des IDE se font entre pays industrialisés. Plus que multinationales, ces entreprises sont transnationales et ont tendance, pour les plus importantes, à se transformer en entreprises-réseaux globales.
- contrefaçon > Contrefaçon
- La contrefaçon qualifie la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’un droit de propriété intellectuelle sans l’autorisation de son propriétaire (marque, modèle, brevet, droit d’auteur, logiciel, etc.) et en vue de tromper l’acheteur. Elle concerne tous les secteurs économiques et est aujourd’hui stimulée par le e-commerce. C’est une composante importante de la criminalité transnationale (500 milliards de dollars en 2016) dans laquelle les producteurs chinois tiennent une place dominante. Les populations des pays en développement sont particulièrement exposées aux dangers de la vente de médicaments contrefaits, surtout en Afrique.
- environnementaux > Environnement
- L’environnement est entendu largement comme la biosphère dans laquelle les espèces vivantes cohabitent, tandis que l’écologie étudie les rapports entre ces organismes et leur environnement. L’environnement comprend des milieux naturels très différents allant des forêts vierges laissées intactes aux milieux artificialisés exploités et aménagés par l’être humain. Dans une définition restrictive, on entend par questions environnementales les enjeux se rapportant aux ressources naturelles (gestion, exploitation et dégradation) et à la biodiversité biologique (faune et flore). En tant que problème public transversal, l’environnement concerne les enjeux d’organisation des sociétés (modèles de production, transports, infrastructures, etc.) et leurs effets sur la santé humaine et des écosystèmes.