Résumé

La situation sanitaire demeure très contrastée à l’échelle de la planète. Les maladies infectieuses touchent surtout les pays du Sud. Hors d’Afrique, les individus sont plus touchés par des maladies non transmissibles, dont la plupart sont liées au mode de vie et à l’allongement de la vie. L’accès aux soins constitue un facteur de discrimination majeur en l’absence de couverture médicale universelle et en raison des choix d’investissements et de tarifs des firmes pharmaceutiques mondiales.

De nombreuses épidémies surviennent au Néolithique lorsque l’agriculture et l’élevage établissent une proximité entre hommes et bêtes. L’essor du commerce caravanier et maritime vers l’an mil contribue à l’unification microbienne eurasienne, puis les voyages transatlantiques contaminent les Amériques et l’Océanie à la fin du xv e siècle. Du xiv e au xix e siècle, la plupart des pays adoptent un système de quarantaine ou de cordon sanitaire pour éviter la propagation des maladies infectieuses (peste, grippe, rougeole, fièvre jaune, syphilis, choléra, tuberculose, lèpre, etc.).

Vers une nouvelle rupture épidémique ?

Des organisations internationales de santé sont créées à la fin du xix e siècle pour coordonner la lutte contre les épidémies. Jusqu’aux années 1970, les progrès médicaux font espérer une éradication des épidémies grâce à la vaccination et aux traitements découverts. Depuis, l’identification de nouvelles pathologies (sida, SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère], grippe aviaire), la recrudescence de certaines maladies (dengue, chikungunya, méningite) ou la réapparition de maladies supposées éradiquées (tuberculose, variole, peste) laissent envisager une nouvelle rupture épidémique, favorisée par la mondialisation, les changements climatiques, le risque bioterroriste et une sécurité alimentaire balbutiante.

Les maladies infectieuses touchent surtout les pays du Sud (elles représentent 56 % de la mortalité en Afrique, 5 % en Europe). Le paludisme, première maladie parasitaire mondiale, atteint chaque année 216 millions de personnes et cause 445 000 décès, dont 91 % en Afrique. Après l’échec des tentatives d’éradication par pulvérisations d’insecticides, dévastatrices pour l’agriculture et favorisant la résistance des moustiques, des traitements médicamenteux efficaces ont été conçus, mais leur coût reste exorbitant pour la plupart des malades.

Principales causes de mortalité selon le niveau de revenu, 2015

Source : OMS, Observatoire de la santé mondiale, www.who.int/gho 

Commentaire : Cette matrice révèle les liens entre les principales causes de mortalité et le niveau de revenu moyen par habitant en 2015. Les populations des pays à revenu élevé meurent davantage de maladies non transmissibles (neurologiques ou cancers en particulier) alors que dans les pays à bas revenu, les populations meurent de maladies infectieuses (tuberculose, diarrhées, VIH/sida) ou de malnutrition. Ce gradient inverse est moindre pour le diabète (en raison des deux types) et les maladies cardiologiques.

Hausse des maladies non transmissibles

Hors d’Afrique, les maladies non transmissibles font plus de victimes que les maladies infectieuses, tendance qui devrait s’accroître. En 2030, les trois quarts des décès seront probablement causés par le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires, broncho-pulmonaires, neurodégénératives, l’obésité, les troubles mentaux, les troubles musculosquelettiques et les accidents de circulation. La plupart de ces maladies sont liées au mode de vie (régime alimentaire, consommation d’alcool, tabagisme, sédentarité, etc.) et à l’allongement de la durée de la vie.

Fortement développé dans les pays riches, notamment chez les personnes démunies, le diabète gagne les pays plus pauvres confrontés à des carences quantitatives et des déséquilibres qualitatifs. Dans les villes, la nourriture traditionnelle est concurrencée par une alimentation constituée de plats préparés, plus gras et plus sucrés. Signe de début de pandémie, le nombre de diabétiques dans le monde a quasiment quadruplé en moins de 40 ans, passant de 108 millions en 1980 à 422 millions en 2014.

Responsable de 10 % de la mortalité adulte (7 millions de morts par an), le tabagisme stagne – voire diminue – dans les pays riches, grâce à la prévention, à la taxation et aux procès intentés à l’industrie du tabac. La consommation directe et indirecte augmente en revanche dans les pays émergents et pays en développement (PED), portée par le marketing offensif des cigarettiers ; 80 % des 1,1 milliard de fumeurs vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où la consommation féminine et juvénile progresse fortement.

Décès par maladies non transmissibles, 2015

Source : OMS, Observatoire de la santé mondiale, www.who.int/gho 

Commentaire : La répartition mondiale des décès par maladies non transmissibles est fortement contrastée. Les pays à fort vieillissement de leur population sont plus exposés aux maladies neurodégénératives. Ceux qui cumulent régimes alimentaires déséquilibrés, consommations d’alcool et de tabac élevées, sédentarité et exposition à la pollution importantes sont davantage touchés par les maladies cardiovasculaires et les cancers. La mortalité par diabète concerne aujourd’hui l’ensemble du monde, et d’abord les plus pauvres.

Se soigner, à quel prix ?

L’évolution des maladies et l’augmentation mondiale des dépenses de santé stimulent l’industrie pharmaceutique mondiale. Les grandes firmes multinationales des pays développés se préoccupent toutefois peu des besoins des PED : moins de 10 % des investissements de la recherche médicale sont alloués aux maladies dites négligées, représentant 90 % de la morbidité mondiale (leishmaniose, lèpre, maladie de Chagas, maladie du sommeil, paludisme, etc.).

Des maladies telles que l’hépatite C, dont 71 millions d’individus sont porteurs chroniques et dont près de 400 000 décèdent chaque année, pourraient pourtant être éradiquées. De nouveaux médicaments antiviraux permettent en effet la guérison de plus de 95 % des personnes infectées. En l’absence de couverture médicale universelle, l’accès au diagnostic et au traitement reste prohibitif pour les populations défavorisées, qui sont de surcroît les plus touchées par l’épidémie du fait de ses modes de contamination. Les populations vulnérables sont également davantage victimes de l’essor de la contrefaçon de médicaments (10 % du marché mondial, et jusqu’à 30 % dans les PED), des pratiques controversées de certaines firmes pharmaceutiques (tests des nouveaux médicaments avant autorisation de mise sur le marché) et d’effets environnementaux (pollution des eaux usées par les principes actifs des médicaments).

Les 20 premières firmes pharmaceutiques mondiales, 2016

Source : www.pharmexec.com/pharm-execs-top-50-companies-2017 

Commentaire : Ces données, produites par l’industrie pharmaceutique elle-même, montrent le poids des grandes multinationales du secteur (10 américaines et 8 européennes parmi les 20 premières qui totalisent près de 500 milliards de dollars de revenus), la part de leurs produits phares dans leur revenu total et le type de pathologies auxquelles ils s’adressent (cancers : 8,8 % des revenus, diabète : 5 %).

Contrastes et inégalitésGenre et sexualitéContrastes et inégalitésSavoirs en concurrenceretour en haut