Résumé

Considérée par les uns comme un bien public, comme un service marchand par les autres, l’éducation reste d’un accès très inégalitaire et fait l’objet de débats virulents. La tendance à une désétatisation et à un changement d’acteurs et d’échelles est générale. L’enseignement supérieur et la recherche connaissent un essor des flux d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs ainsi qu’une forte concurrence entre établissements et régions.

En dépit de progrès notables durant les quatre dernières décennies, l’accès au savoir reste très inégalement réparti dans le monde selon le niveau de richesse, le lieu de résidence, le sexe, la langue maternelle, le handicap, le statut de migrant ou les situations de conflit.

Si la très grande majorité des enfants en âge de fréquenter l’école primaire est scolarisée (91 % des enfants dans le monde, 80 % en Afrique subsaharienne), plus d’un enfant sur deux ne maîtrise pas les compétences minimales en lecture. En Afrique, ce taux atteint 87 %, notamment en raison d’une faible utilisation des langues locales dans l’enseignement par rapport aux langues coloniales. Dans le monde, un enfant sur trois n’achève pas le premier cycle du secondaire et plus d’un enfant sur deux, le deuxième cycle du secondaire. Moins d’un État sur cinq garantit douze ans d’enseignement gratuit et obligatoire (un État sur deux en Amérique latine), tandis que le droit à l’éducation n’est opposable que dans 55 % des États.

Taux d’achèvement par niveau d’études dans un échantillon de pays, 2011-2017

Source : Unesco, http://data.uis.unesco.org 

Commentaire : En complément des cartes précédentes sur les écarts de scolarisation selon les niveaux, ce diagramme montre une double inégalité des chances : en plus du taux de scolarisation qui devient faible plus on avance dans le cursus, dans de très nombreux pays du Sud, ceux qui sont scolarisés ne parviennent pas au bout du cursus engagé. Plus de 4 jeunes sur 5 n’achèvent pas leurs études secondaires dans 22 pays d’Afrique subsaharienne.

Les effectifs dans l’enseignement supérieur ont fortement augmenté depuis 2000, surtout en Asie de l’Est et du Sud-Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes, tandis qu’ils stagnent en Afrique subsaharienne et en Asie centrale, après avoir augmenté à la fin du xx e siècle. Les écarts de taux de scolarisation restent pourtant majeurs : moins d’un jeune sur trois accède à des études supérieures dans les pays en développement, contre trois jeunes sur quatre dans les pays développés. Les écarts en matière d’analphabétisme sont également significatifs (14 % des adultes et plus de 40 % dans les pays à faible revenu).

Taux de non-scolarisation par niveau d’études, 2011-2017

Source : Unesco, http://data.uis.unesco.org 

Commentaire : Les statistiques de l’Unesco présentent des lacunes dans les nombreux cas où l’organisation internationale n’a pas obtenu de données nationales. La collection des trois cartes montre une augmentation du taux de non-scolarisation tout au long du cursus ainsi que la permanence de fortes inégalités régionales. Dans le primaire, le taux de scolarisation est généralement élevé à l’exception de pays d’Afrique subsaharienne (du Sahel surtout) et, plus localement, en Afghanistan et au Pakistan. Pour le 2e cycle du secondaire, le taux de scolarisation n’est élevé qu’en Europe, au Japon, en Corée du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. À l’inverse, ces taux sont les plus bas en Afrique, en Asie du Sud et du Sud-Est.

Bien public mondial ou service marchand ?

L’enseignement connaît partout une désétatisation, une désinstitutionnalisation et un changement d’ acteurs et d’ échelles. Alors que l’économie postindustrielle globalisée, fondée sur le savoir et sur l’adaptation continue de travailleurs de plus en plus qualifiés et mobiles, nécessite des investissements humains et matériels conséquents, les dépenses publiques d’enseignement ont tendance à stagner depuis les années 1990 et restent en deçà de 5 % du PIB. Elles sont aussi inégalement réparties quant à la part des dépenses d’éducation assumée par les ménages (18 % dans les pays à revenu élevé, 25 % dans les pays à revenu intermédiaire, 33 % dans les pays à faible revenu).

Les débats sont virulents entre tenants d’une modernisation considérant l’enseignement comme un service négociable à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et ceux de sa préservation comme bien public. Aux niveaux primaire et secondaire, l’essor du libre choix de l’école, porté par l’expansion de l’enseignement privé, est censé améliorer le fonctionnement du système éducatif et favoriser les progrès des élèves, mais il creuse les inégalités sans améliorer la qualité moyenne de l’enseignement scolaire, d’autant que se multiplient les firmes à but lucratif et aux tarifs parfois prohibitifs (soutien scolaire privé, technologies éducatives, restauration scolaire, etc.).

Les grandes universités se réforment en matière de contenus éducatifs, de financement, de débouchés et de rapports avec les pouvoirs publics locaux, étatiques, régionaux et avec les entreprises. De nouveaux acteurs traditionnellement extérieurs au secteur de l’enseignement supérieur (entreprises, associations professionnelles, fondations) interviennent au sein des universités ou développent des formations privées à but lucratif, brouillant la distinction public-privé. Les universités se positionnent sur le marché du travail global grâce à des systèmes d’accréditation (labels de qualité) et de notation (hiérarchie des performances) réalisés par des agences publiques ou privées et plus ou moins indépendantes et transparentes. Les classements élaborés par des universités (Shanghai, Leiden), par des sociétés commerciales (QS), par des médias (Times Higher Education), par des organisations régionales (U-Multirank, financé par l’Union européenne) ou par des professions concernées par la mobilité des savoirs (juristes, financiers, informaticiens) sont construits selon des critères différents – et souvent critiqués –, mais tous soulignent la suprématie et l’attractivité actuelles des universités étatsuniennes.

Société mondiale du savoir

La mobilité estudiantine demeure constante depuis les années 1990. En 2015, près de 2 % des étudiants mondiaux (soit environ 3 millions) et plus de 5 % des étudiants d’Afrique subsaharienne et d’Asie centrale étudient à l’étranger, le plus souvent dans un pays régionalement proche, mais également et de plus en plus fréquemment en dehors de leur région d’origine.

La mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs est encouragée par l’essor des partenariats entre établissements d’enseignement supérieur, par la structuration de réseaux et d’alliances stratégiques ou encore par l’ouverture de campus délocalisés à l’étranger. De nombreux établissements développent des cursus d’enseignement dans plusieurs langues, dont l’anglais (nouvelle lingua franca), et proposent des modalités d’enseignement et de certification à distance, notamment via internet. L’Unesco et les organisations régionales encouragent la mise en place de processus d’harmonisation régionale (systèmes de crédits d’évaluation transférables, reconnaissance des diplômes). La concurrence est rude entre établissements, tant à l’échelle nationale qu’internationale, et se mesure dans les classements internationaux ou la participation aux salons professionnels.

Les trois principaux salons internationaux de l’enseignement supérieur, 2017-2018

Sources : APAIE, www.apaie2018.org ; EAIE, www.eaie.org/past-conferences.html ; NAFSA, www.nafsa.org/losangeles 

Commentaire : Ces cartes montrent la participation des acteurs de l’enseignement supérieur à trois salons internationaux tenus en 2017 ou 2018. Ces logiques attestent de l’existence d’un marché lucratif qui s’appuie en partie sur les partenariats et la mobilité des étudiants. Hormis la participation constante et importante des acteurs venant des États dits « anciennement industrialisés », on observe une certaine régionalisation : les acteurs originaires de la région du salon de l’association en question sont systématiquement majoritaires.

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