Résumé

En une génération, la convergence des innovations dans l’informatique, les télécommunications et l’audiovisuel a bouleversé l’ensemble de la vie sociale mondiale. La diffusion, le traitement et la commercialisation de quantités croissantes d’informations sont devenus des activités économiques et sociales dominantes.

Conçu à la fin des années 1960 par des chercheurs et des militaires occidentaux et ouvert en 1983, internet connecte directement les individus grâce à la mise en réseau d’ordinateurs distants. Depuis le début des années 1990, les investissements en recherche-développement ont permis la mise sur le marché du web, des navigateurs, des moteurs de recherche, du MP3, des blogs, des plateformes de commerce en ligne, du wifi, des messageries, des réseaux sociaux, des smartphones, des connexions à haut débit et du web 2.0 interactif et participatif.

Chronologie d’internet, 1957-2017

Sources : INA global, Le Réseau internet depuis 1957, www.inaglobal.fr ; Union internationale des télécommunications, www.itu.int

Commentaire : Cette chronologie des moments forts du développement de l’internet depuis la fin des années 1950 montre le poids des États-Unis (dans la recherche publique puis dans l’émergence d’acteurs privés dominants), l’accélération des technologies et des produits mis sur le marché et la croissance très rapide du nombre d’internautes en une vingtaine d’années.

Internet espace-monde

En une génération, la convergence de ces innovations dans l’informatique, les télécommunications et l’audiovisuel a bouleversé la vie sociale et a rompu les liens séculaires qui associaient l’écrit et l’imprimé, la proximité territoriale et les communautés, les apprentissages et la lecture cumulative, laissant les individus immergés dans un flux ininterrompu. Fondée sur l’ ubiquité, l’instantanéité, l’individualisation extrême, l’échange et la capitalisation des données, la société de l’information issue de cette révolution est au cœur du paradoxe d’un ordre international fait de rapports de puissance entre les États territoriaux et des acteurs transnationaux surpuissants, dans un espace commun mondial unique, hyper- réticulaire et dérégulé. La production et le stockage, l’échange et la diffusion, le traitement et l’exploitation de quantités croissantes d’informations sont devenus les activités économiques et sociales dominantes.

L’interopérabilité de cette structure décentralisée s’appuie sur un maillage planétaire d’infra- structures physiques inégalement développées (satellites, câbles et fibres terrestres et maritimes, routeurs et serveurs racines), où circule l’information stockée dans des data centers géants.

Localisation des serveurs racines de noms de domaines, 2018

Sources : www.root-servers.org ; Union internationale des télécommunications (UIT), www.itu.int 

Commentaire : Les serveurs racines de noms de domaines (identifiés par des lettres) sont des intermédiaires entre un ordinateur et un autre serveur qui établissent la correspondance entre les noms de domaines et les adresses IP. Ils forment un réseau mondial très dense et hiérarchisé avec 13 serveurs racines (dont 10 se trouvent aux États-Unis) et leurs nombreuses instances (ou copies) réparties dans le monde. La carte montre une forte concentration en Europe et en Amérique du Nord. Viennent ensuite les pays émergents et le Moyen-Orient, sans que la corrélation entre le nombre de serveurs et la part des internautes soit partout vérifiée.

Localisation des data centers, janvier 2018

Sources : www.datacentermap.com ; Union internationale des télécommunications (UIT), www.itu.int 

Commentaire : La localisation des data centers – lieux de stockage des informations des entreprises, administrations et particuliers – est fortement contrainte, notamment par des nécessités de sécurité et de disponibilité en énergie. Outre une très importante dissymétrie Nord/Sud et une très forte concentration aux États-Unis et en Europe, la carte montre que leur localisation ne recoupe que partiellement la part des internautes, sauf en Afrique encore peu intégrée.

L’augmentation des demandes d’adresses et de noms de domaines oblige à modifier le protocole mondial d’adressage IP ; ces opérations sont régulées par une société à but non lucratif de droit privé californien, l ’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), récemment déliée de son contrat avec le département du Commerce des États-Unis. Le volume de données générées à l’échelle mondiale devrait se multiplier par 4 d’ici à 2020, soit 600 zetta-octets. Même si la majeure partie d’entre elles n’est ni pérenne, ni transmise, les capacités de stockage devront croître considérablement, d’autant que l’analyse des big data constitue un enjeu commercial et scientifique crucial.

Câbles sous-marins, 1989-2020

Source : TeleGeography, www.submarinecablemap.com 

Commentaire : Cette carte du maillage (actuel et prévu) des réseaux de câbles sous-marins par lesquels transite la majorité des télécommunications mondiales montre à la fois des inégalités de densité selon les espaces maritimes et les continents reliés, une densification des artères les plus anciennes (Transatlantique nord et Transpacifique) mais également le développement des connexions des pays du Sud au réseau mondial (Atlantique sud, Méditerranée, Afrique).

La poursuite d’investissements massifs dans les infrastructures de transit, de conservation et leur sécurisation est donc indispensable pour soutenir cette croissance effrénée d’un système dont dépendent toutes les sociétés du monde et dont les acteurs sont presque exclusivement privés.

Fractures numériques

L’inclusion informationnelle d’individus plus ou moins agglomérés en communautés de valeurs ou de pratiques professionnelles, ludiques et marchandes n’est ni un phénomène universel ni le garant d’une intégration sociale. Beaucoup restent exclus, tant de l’accès que de l’usage, malgré des évolutions dans les pays du Sud, terrain privilégié des entreprises de télécommunications. Au nom du droit fondamental de chacun à communiquer, l’ Union internationale des télécommunications prône la réduction de la fracture numérique. Ce terme englobe des situations très hétérogènes, s’appuie sur une représentation très techniciste, et nombreux sont ceux qui pointent le paradoxe des technologies de l’information et de la communication (TIC), sources de croissance et d’ inégalités multiples. Alors qu’en 2016, 95 % de la population mondiale vit dans une zone couverte par un réseau mobile (dont 84 % à large bande), la part n’est que de 67 % en zone rurale, et à ces inégalités d’accès aux infrastructures (connectivité et électricité) s’ajoutent celles liées à la fiabilité, à la vitesse, aux coûts individuels de connexion, aux générations (digital natives et digital immigrants), au genre et à l’éducation (capacité à apprendre des techniques et à en tirer profit dans les usages sociaux).

Indice de développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), 2017

Source : Union internationale des télécommunications (UIT), www.itu.int 

Commentaire : Afin de mesurer la diffusion de la société de l’information dans le monde, l’Union internationale des télécommunications publie un rapport annuel sur les TIC. Les 11 indicateurs concernent leur accès (téléphone, bande passante, ordinateurs et internet), leur utilisation et les compétences nécessaires (taux d’alphabétisation et de scolarisation). La carte montre que les écarts entre États restent considérables même si les évolutions, notamment en Afrique, sont rapides.

Au total, 53 % de la population mondiale n’utilisait pas internet en 2016 (22 % des Européens, mais 75 % des Africains) ; ces exclus du monde numérique global sont lourdement pénalisés, depuis leur employabilité jusqu’à leur citoyenneté. Plus généralement, l’augmentation de la circulation des textes et des images se fait au détriment de la qualité des contenus, et donc expose les plus fragiles à l’échec, à la désinformation, voire aux manipulations des entrepreneurs identitaires. Pourtant, les nouveaux entrants innovent, comme en Afrique où le téléphone mobile joue un rôle croissant en matière de développement économique et social (appareils dotés de plusieurs cartes SIM, recharge à faible coût, paiements, envois d’argent ou diagnostics médicaux par téléphone, formations à distance ou encore cartographie contributive des espaces sociaux et des ressources).

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