Changements climatiques
Vue aérienne sur la banquise au Svalbard (Norvège), 2009
Crédit : UN Photo / Mark Garten / CC BY NC ND
Vue aérienne sur la banquise au Svalbard (Norvège), 2009.
Alors que le réchauffement climatique est inégal à travers le globe, l’Arctique est la région la plus touchée. La fonte des glaces met en péril la survie des populations autochtones et des écosystèmes (faune et flore) locaux, tout en contribuant à l’élévation globale du niveau des océans (risques côtiers) et en soulevant des tensions politiques autour de l’accès nouvellement ouvert aux ressources et aux voies de navigation du pôle Nord.
Résumé
Problème complexe, transnational et multi-acteurs, le réchauffement de la planète est une conséquence directe des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. En dépit de la signature du premier accord universel à Paris en 2015, le régime climatique international reste inadapté pour répondre à l’urgence écologique et pour traiter les causes structurelles des changements climatiques.
En 1979, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (ONU Environnement) organisent, avec trois autres instances onusiennes, la première conférence mondiale sur le climat. C’est sous les auspices de ces deux organisations qu’a été créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, renforçant les interactions entre science et politique qui sont au cœur du régime climatique international.
Indicateurs du changement climatique

Commentaire : Depuis 1958, chaque décennie présente une concentration en CO2 dans l’atmosphère supérieure à celle de la décennie précédente. L’augmentation s’accélère, de sorte qu’en 2018, elle est supérieure de 30 % à celle de 1958. Sur un temps plus long, de plusieurs centaines de milliers d’années, l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines est brusque et sans commune mesure aux variations cycliques précédentes : la concentration n’avait jamais dépassé 300 ppmv, y compris au plus fort des quatre épisodes interglaciaires précédents. Enfin, en matière de température moyenne mensuelle globale, la tendance est similaire : depuis 1880, les années les plus récentes sont toujours plus chaudes, les plus anciennes plus froides.
Causes et conséquences du réchauffement
Selon le GIEC, les trois dernières décennies ont été les plus chaudes depuis 1850. Entre 1880 et 2012, la température moyenne à la surface de la Terre (d’environ 14 °C) a augmenté de 0,85 °C. Ce réchauffement, d’un rythme et d’une ampleur inédits, est la conséquence directe de l’augmentation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (principalement du dioxyde de carbone ou CO , mais aussi du méthane, du protoxyde d’azote, des perfluorocarbones, des hydrofluorocarbones et de l’hexafluorure de soufre). Alors que les émissions de CO résultent principalement de la consommation d’ énergies fossiles (transports, électricité, chauffage, etc.), de certaines industries comme la cimenterie et de la déforestation, les émissions anthropiques de méthane proviennent surtout de l’agriculture et de l’élevage. Mais l’identification des pollueurs dépend de la façon de comptabiliser les émissions (par habitant ? par pays ? émissions des produits importés ?) et de l’échelle de temps choisie (depuis la révolution industrielle ? émissions actuelles ?).
Émissions de CO₂, 2016

Commentaire : Le Global Carbon Project est un programme mondial, financé par des ONG, qui développe la connaissance scientifique sur les gaz à effet de serre. Les estimations d’émissions de CO2 de ce réseau sont une référence. Si l’on considère les émissions par pays, la Chine émet le plus – près du tiers des émissions mondiales – devant les États-Unis. Au-delà de ces deux principaux émetteurs, la géographie mondiale s’avère assez similaire de celle du poids économique des États (selon le PIB). Lorsqu’elles sont ramenées par habitant, ces émissions de CO2 montrent une géographie plus proche de celle d’un niveau de développement humain (IDH), à l’exception de l’Europe, où les valeurs sont moindres que dans les pays du Golfe, d’Amérique du Nord, en Russie ou en Australie. Elles sont les plus faibles dans les pays dits du « Sud » (Afrique, Asie du Sud).
Alors que le réchauffement touche inégalement les régions du globe, l’Arctique subissant le maximum, les conséquences des changements climatiques sont inéquitablement réparties. La hausse du niveau des mers menace particulièrement les petits États insulaires les moins développés et la multiplication des événements climatiques extrêmes concerne davantage les régions vulnérables aux ouragans, cyclones et tempêtes tropicales. La variabilité climatique affecte le stress hydrique et la productivité agricole, qui, en retour, met en péril la sécurité alimentaire et les conditions d’existence des populations les plus dépendantes de l’agriculture. Les changements climatiques interviennent dans des contextes de vulnérabilité où ils exacerbent certains risques : en l’absence de réponses politiques appropriées, ils peuvent engendrer des déplacements forcés et des tensions économiques, sociales et politiques. Leurs causes et conséquences sont interdépendantes et se renforcent mutuellement. L’exposition inégale aux risques climatiques dépend donc de la région concernée, de la vulnérabilité des personnes touchées, des réponses politiques adoptées et d’autres facteurs transversaux.
Montée des océans et risques côtiers, 2018

Commentaire : Cette carte, tirée de l’Atlas des migrations environnementales, montre la vulnérabilité des populations côtières à la montée des océans. Deux aspects sont représentés : la densité de population des côtes affectées par un niveau de crue centennale, ainsi que les principales agglomérations urbaines exposées aux inondations extrêmes. Ces deux indicateurs, assez imbriqués, montrent que les populations côtières d’Asie sont, de loin, les plus touchées (Bangladesh, Pakistan, Inde, Vietnam, Indonésie, Chine, Japon). Les autres régions ne sont que plus localement affectées, tout en concernant des millions de personnes : Pays-Bas, delta du Nil, côtes brésiliennes, sud des États-Unis.
Nombre de catastrophes naturelles, 1980-2017

Commentaire : Munich RE est une entreprise de réassurance (qui assure les assureurs donc) qui a développé une activité d’expertise sur les catastrophes naturelles. Selon cet acteur, le nombre total d’événements recensés a été multiplié par trois depuis 1980. Les tempêtes et plus encore les inondations sont les types de catastrophe qui ont le plus augmenté depuis.
Cadrer le problème climatique
Certains travaux ont qualifié le réchauffement climatique de problème complexe (wicked problem) : difficile à diagnostiquer et n’ayant pas de réponse simple. Alors qu’aucune autorité centrale ne peut imposer des mesures pour réduire les émissions de GES, les changements fondamentaux nécessaires pour décarboner l’économie globale reposent sur des décisions coûteuses touchant aux modes d’organisation de nos sociétés (énergie, logement et construction, transport, alimentation, etc.). Mais ces décisions résultent inévitablement de la perception et du cadrage du problème (environnemental, économique, juridique, éthique, international, individuel, etc.). Les solutions proposées peuvent être complémentaires, mais elles peuvent aussi reposer sur des choix incompatibles (par exemple croissance verte versus décroissance). Le système de gouvernance transnationale fragmentée dans lequel elles s’inscrivent peut même les rendre contre-productives en sectorialisant le problème climatique, en déresponsabilisant le politique et en perpétuant le système à l’origine des changements climatiques.
Adoptée à Rio en 1992, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) institutionnalise le processus de négociations internationales en matière de climat. Après l’échec du sommet de Copenhague en 2009, qui tentait de remplacer le Protocole de Kyoto signé en 1997, la COP21 a conduit à la signature du premier accord universel sur le climat (Accord de Paris) en décembre 2015. Reposant sur des engagements volontaires de la part des États, cet accord pose le principe de responsabilité commune mais différenciée et insiste sur la responsabilité historique des pays industrialisés. Il est toutefois de plus en plus contesté en raison de l’essor des pays émergents, la Chine étant désormais le plus gros pollueur mondial (en valeur absolue des émissions) devant les États-Unis. L’accord jongle entre politiques d’ atténuation, visant à réduire les GES et à limiter la hausse de la température globale à 2 °C, et politiques d’ adaptation, s’attachant à renforcer la capacité des États à s’adapter aux effets des changements climatiques.
Les négociations climatiques intègrent un nombre croissant d’acteurs (scientifiques, ONG, think tanks, acteurs du monde des affaires, autorités locales, etc.) et sont structurées par les jeux d’ alliances entre intérêts économiques et politiques et par les coalitions qui permettent, notamment aux pays les plus vulnérables, de faire entendre leur voix. Le régime climatique onusien reste pourtant en décalage avec le réel (globalisation des marchés, exploitation des énergies fossiles, concurrence économique et enjeux de souveraineté nationale, etc.). Ce « schisme de réalité », identifié par Stefan Aykut et Amy Dahan, caractérise un système centré sur l’action collective globale qui ignore les initiatives locales et non étatiques, se focalise sur le décompte des émissions plus que sur les causes structurelles à l’origine des changements climatiques et reste isolé des sphères régulant notamment l’énergie, le commerce et le développement. Ce décalage est renforcé par les contradictions inhérentes à l’instauration d’objectifs ambitieux mais inatteignables (tels que le seuil des 2 degrés).
- Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)
- Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est l’instance onusienne d’expertise scientifique en matière de changements climatiques. Créé en 1988 sous les auspices du Programme des Nations unies pour l’environnement et de l’Organisation météorologique mondiale, il a pour mandat de fournir « des évaluations scientifiques, coordonnées à l’échelle internationale, de l’ampleur, de la chronologie et des effets potentiels de l’évolution du climat sur l’environnement et les conditions socio-économiques et [de formuler] des stratégies réalistes pour agir sur ces effets ». Divisé en trois groupes de travail, il publie un rapport d’évaluation tous les 5-6 ans (le dernier date de 2013-2014) accompagné d’un résumé à l’attention des décideurs, approuvé par les États.
- énergies fossiles > Énergies fossiles
- Ensemble des sources d’énergie issues de la décomposition de matière organique dans le sol sur des millions d’années (et qui sont donc, par définition, non renouvelables). Constituées d’un assemblage de molécules de carbone et d’hydrogène (on parle d’hydrocarbures), elles existent sous forme solide (charbon), liquide (pétrole) ou gazeuse (gaz naturel). Leur combustion, nécessaire pour produire de la chaleur transformable en énergie, engendre inévitablement la formation de gaz carbonique (CO2), l’un des gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans l’atmosphère est responsable du réchauffement climatique global.
- déforestation > Déforestation
- La déforestation résulte de l’exploitation des ressources en bois (planches, papier, fibres, production de charbon de bois, etc.) et des coupes d’arbres en vue d’utiliser le sol pour d’autres activités. Elle est souvent pratiquée pour remplacer la forêt par différentes formes d’exploitation agricole (monocultures, productions fourragères, etc.) ou le développement d’infrastructures. Jusqu’au milieu du xxe siècle, elle concernait principalement les forêts tempérées, puis s’est étendue aux forêts tropicales. Depuis les années 1990, les acteurs du secteur privé ont remplacé les États en tant que principaux responsables de la déforestation. En 5 000 ans, 1,8 milliard d’hectares de forêts ont disparu.
- stress hydrique > Stress hydrique
- Selon l’ONU, on parle de stress hydrique lorsque l’approvisionnement annuel en eau descend en dessous de 1 700 m3 par personne et par an, de pénurie d’eau lorsque l’approvisionnement annuel passe sous le seuil de 1 000 m3, et de pénurie absolue lorsqu’il atteint moins de 500 m3.
- sécurité alimentaire > Sécurité alimentaire
- Apparue lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1974, la notion de sécurité alimentaire a été progressivement développée, intégrant différentes dimensions – accès, disponibilité, qualité, stabilité – que la définition du Sommet de 1996 a réunies : « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. » Elle est une des sept dimensions de la sécurité humaine définie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1994.
- déplacements > Déplacés
- Selon l’Organisation internationale pour les migrations, le terme désigne les personnes ou groupes qui ont été forcés ou contraints à fuir ou quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement reconnues d’un État. En anglais IDPs (internally displaced persons).
- risques > Risque
- Perception et prise en compte des dangers et menaces à l’égard des individus et de l’environnement. Apparue scientifiquement et politiquement à la fin du xixe siècle avec l’émergence d’un État-providence destiné à faire face aux nouveaux risques sociaux, la notion de risque s’est développée lors des dernières décennies avec la mondialisation des échanges et des innovations scientifiques et technologiques. Dans La Société du risque (1986), le sociologue allemand Ulrich Beck analyse le passage de sociétés « modernes » construites sur le dogme de la croissance économique et du progrès technique à des sociétés « postmodernes » centrées sur la production, la gestion et la régulation des risques. En témoigne l’essor du principe de précaution, destiné à anticiper les conséquences possibles ou probables d’une catastrophe dite naturelle ou industrielle, d’une épidémie ou d’une innovation technologique pour protéger les populations concernées.
- décarboner > Décarboner
- La décarbonisation ou le post-carbone est une expression utilisée pour décrire la réduction des émissions de dioxyde de carbone à zéro. Employée par les ONG environnementales dans leur plaidoyer de lutte contre les changements climatiques, elle renvoie plus largement à un projet de société sans utilisation d’énergies fossiles.
- croissance > Croissance
- Augmentation soutenue et à long terme de la production de richesses économiques d’un pays, c’est-à-dire de son PIB. La croissance économique n’est pas synonyme de développement. Sa mesure à l’aide d’outils purement économiques et monétaires est de plus en plus insatisfaisante en raison de la déterritorialisation et de la transnationalisation des activités économiques, de l’absence de prise en compte de la création de richesses non monétisables (alphabétisation, savoir scientifique ou culturel…) et surtout de l’encouragement au productivisme qu’elle implique, malgré les destructions (écologiques notamment) potentielles qu’engendre une croissance pensée uniquement sous le prisme de l’économie et de la rentabilité financière.
- gouvernance > Gouvernance
- Inspirée de la gestion et de l’entreprenariat, l’expression gouvernance globale renvoie aux institutions formelles et informelles, mécanismes et processus par lesquels s’établissent et se structurent les relations entre États, citoyens, marchés et organisations internationales et non gouvernementales à l’international. Le système de gouvernance globale tend à articuler les intérêts collectifs, à établir des droits et obligations, à arbitrer les différends et à déterminer les modes de régulation appropriés aux objets et acteurs concernés. La gouvernance prend différentes formes : gouvernance multilatérale universelle, gouvernance de club (réservée à certains membres comme le G7/8/20), gouvernance polycentrique (juxtaposition d’instruments de régulation et de gestion à différentes échelles), etc.
- Protocole de Kyoto
- Le Protocole de Kyoto est un traité international sur les changements climatiques négocié par les États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1997. Entré en vigueur en 2005, il s’agit du premier accord juridiquement contraignant engageant les parties prenantes à atteindre des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il concerne les pays industrialisés qui peuvent s’appuyer sur des mécanismes de flexibilité établis dans le protocole (permis négociables, mise en œuvre conjointe, mécanismes de développement propre). Le refus du Sénat des États-Unis de ratifier le traité et le retrait du Canada en 2011 ont lourdement remis en cause la crédibilité de l’accord.
- atténuation > Atténuation
- Les politiques d’atténuation cherchent à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement planétaire global. Privilégiés dans le régime climatique international de 1992 à 2009, les objectifs d’atténuation reposaient sur le principe de responsabilités communes mais différenciées : tous les pays doivent participer à la lutte contre les changements climatiques mais en fonction de leurs contributions historiques et de leurs capacités respectives. Cette différenciation est de plus en plus contestée par les pays industriels en raison de l’essor croissant des économies émergentes comme la Chine.
- adaptation > Adaptation
- Les politiques d’adaptation œuvrent à mettre en place des mesures favorisant l’adaptation des sociétés aux nouvelles conditions climatiques et aux effets néfastes des changements (variabilité climatique, catastrophes naturelles, élévation du niveau de la mer, etc.). L’adaptation des sociétés aux changements climatiques est privilégiée depuis 2009 par un régime climatique international qui était jusqu’alors dominé par le principe d’atténuation. Elle a pourtant été la première solution mobilisée dès les années 1970 pour justifier des politiques économiques environnementales préservant l’utilisation des énergies fossiles. Aujourd’hui, les États mettent en œuvre des plans nationaux d’adaptation aux changements climatiques afin d’en limiter les effets.
- négociations > Négociation
- Pratique destinée à obtenir un accord entre des acteurs publics ou privés pour satisfaire les intérêts matériels et symboliques des participants par des concessions mutuelles. Les négociations internationales constituent l’une des modalités de résolution pacifique des différends et peuvent se dérouler bilatéralement (entre deux acteurs) ou multilatéralement (trois acteurs ou plus). Elles débouchent souvent sur un document officiel (déclaration commune, accord de paix, traité commercial, convention internationale). Les négociations collectives désignent les négociations se déroulant au sein d’une entreprise entre l’employeur et les représentants du personnel (appartenant généralement aux organisations syndicales) concernant l’application du droit du travail.
- alliances > Alliance
- L’alliance est un engagement entre deux États ou plus cherchant à assurer leur coopération dans les domaines de la sécurité internationale et de la défense afin de créer une menace dissuasive face à un État tiers, d’accroître la puissance de ses membres dans la perspective d’une guerre ou d’empêcher les pays alliés de former d’autres alliances. Les alliances peuvent être institutionnalisées ou plus informelles, permanentes (OTAN) ou temporaires (coalitions dans les guerres du Moyen-Orient). Facteurs d’apaisement quand l’effet dissuasif joue, elles sont aussi créatrices d’instabilité quand la rigidité des alignements peut mener à l’escalade militaire, comme en 1914.
- nationale > Nation
- Communauté politique fondée sur la conscience de caractéristiques partagées et/ou d’une volonté de vivre ensemble. On oppose habituellement une conception politique et une conception culturelle de la nation, qui, dans la pratique, s’influencent mutuellement et tendent à se rapprocher. Dans la conception politique, la nation est inventée et produite par un État, le territoire précède la nation et en dessine les contours (conception dite française, fondée sur le creuset républicain et le droit du sol). Dans l’acceptation culturelle de la nation, une culture communément partagée produit la nation. Le projet national consiste à rassembler cette population sur un même territoire (conception culturelle ou romantique ou « allemande » de la nation, fondée sur le droit du sang). Cette conception est en soi porteuse de conflits et peut conduire à l’épuration ethnique ou au génocide (Allemagne nazie, Grande Serbie, etc.).