Résumé

Problème complexe, transnational et multi-acteurs, le réchauffement de la planète est une conséquence directe des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. En dépit de la signature du premier accord universel à Paris en 2015, le régime climatique international reste inadapté pour répondre à l’urgence écologique et pour traiter les causes structurelles des changements climatiques.

En 1979, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (ONU Environnement) organisent, avec trois autres instances onusiennes, la première conférence mondiale sur le climat. C’est sous les auspices de ces deux organisations qu’a été créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, renforçant les interactions entre science et politique qui sont au cœur du régime climatique international.

Indicateurs du changement climatique

Sources : NASA , https://climate.nasa.gov ; NOAA, www.noaa.gov ; CDIAC, ht tp://cdiac.ess-dive.lbl.gov 

Commentaire : Depuis 1958, chaque décennie présente une concentration en CO2 dans l’atmosphère supérieure à celle de la décennie précédente. L’augmentation s’accélère, de sorte qu’en 2018, elle est supérieure de 30 % à celle de 1958. Sur un temps plus long, de plusieurs centaines de milliers d’années, l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines est brusque et sans commune mesure aux variations cycliques précédentes : la concentration n’avait jamais dépassé 300 ppmv, y compris au plus fort des quatre épisodes interglaciaires précédents. Enfin, en matière de température moyenne mensuelle globale, la tendance est similaire : depuis 1880, les années les plus récentes sont toujours plus chaudes, les plus anciennes plus froides.

Causes et conséquences du réchauffement

Selon le GIEC, les trois dernières décennies ont été les plus chaudes depuis 1850. Entre 1880 et 2012, la température moyenne à la surface de la Terre (d’environ 14 °C) a augmenté de 0,85 °C. Ce réchauffement, d’un rythme et d’une ampleur inédits, est la conséquence directe de l’augmentation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (principalement du dioxyde de carbone ou CO , mais aussi du méthane, du protoxyde d’azote, des perfluorocarbones, des hydrofluorocarbones et de l’hexafluorure de soufre). Alors que les émissions de CO résultent principalement de la consommation d’ énergies fossiles (transports, électricité, chauffage, etc.), de certaines industries comme la cimenterie et de la déforestation, les émissions anthropiques de méthane proviennent surtout de l’agriculture et de l’élevage. Mais l’identification des pollueurs dépend de la façon de comptabiliser les émissions (par habitant ? par pays ? émissions des produits importés ?) et de l’échelle de temps choisie (depuis la révolution industrielle ? émissions actuelles ?).

Émissions de CO₂, 2016 

Source : Global Carbon Project, Carbon Budget 2017, www.globalcarbonproject.org 

Commentaire : Le Global Carbon Project est un programme mondial, financé par des ONG, qui développe la connaissance scientifique sur les gaz à effet de serre. Les estimations d’émissions de CO2 de ce réseau sont une référence. Si l’on considère les émissions par pays, la Chine émet le plus – près du tiers des émissions mondiales – devant les États-Unis. Au-delà de ces deux principaux émetteurs, la géographie mondiale s’avère assez similaire de celle du poids économique des États (selon le PIB). Lorsqu’elles sont ramenées par habitant, ces émissions de CO2 montrent une géographie plus proche de celle d’un niveau de développement humain (IDH), à l’exception de l’Europe, où les valeurs sont moindres que dans les pays du Golfe, d’Amérique du Nord, en Russie ou en Australie. Elles sont les plus faibles dans les pays dits du « Sud » (Afrique, Asie du Sud).

Alors que le réchauffement touche inégalement les régions du globe, l’Arctique subissant le maximum, les conséquences des changements climatiques sont inéquitablement réparties. La hausse du niveau des mers menace particulièrement les petits États insulaires les moins développés et la multiplication des événements climatiques extrêmes concerne davantage les régions vulnérables aux ouragans, cyclones et tempêtes tropicales. La variabilité climatique affecte le stress hydrique et la productivité agricole, qui, en retour, met en péril la sécurité alimentaire et les conditions d’existence des populations les plus dépendantes de l’agriculture. Les changements climatiques interviennent dans des contextes de vulnérabilité où ils exacerbent certains risques : en l’absence de réponses politiques appropriées, ils peuvent engendrer des déplacements forcés et des tensions économiques, sociales et politiques. Leurs causes et conséquences sont interdépendantes et se renforcent mutuellement. L’exposition inégale aux risques climatiques dépend donc de la région concernée, de la vulnérabilité des personnes touchées, des réponses politiques adoptées et d’autres facteurs transversaux.

Montée des océans et risques côtiers, 2018

Sources : Arenstam Gibbons et Nicholls (2006) ; Centre for Climate Adaptation (s.d.), Hinkel et al. (2014) ; IFEN (2006), IPCC (2014), Nicholls et al. (2008), Rowling (2014) ; Siméoni et Ballu (2012), Win (2014), Wöffler et al. (2012).

Commentaire : Cette carte, tirée de l’Atlas des migrations environnementales, montre la vulnérabilité des populations côtières à la montée des océans. Deux aspects sont représentés : la densité de population des côtes affectées par un niveau de crue centennale, ainsi que les principales agglomérations urbaines exposées aux inondations extrêmes. Ces deux indicateurs, assez imbriqués, montrent que les populations côtières d’Asie sont, de loin, les plus touchées (Bangladesh, Pakistan, Inde, Vietnam, Indonésie, Chine, Japon). Les autres régions ne sont que plus localement affectées, tout en concernant des millions de personnes : Pays-Bas, delta du Nil, côtes brésiliennes, sud des États-Unis.

Nombre de catastrophes naturelles, 1980-2017

Source : NatCatService, Munich RE, http://natcatservice.munichre.com  

Commentaire : Munich RE est une entreprise de réassurance (qui assure les assureurs donc) qui a développé une activité d’expertise sur les catastrophes naturelles. Selon cet acteur, le nombre total d’événements recensés a été multiplié par trois depuis 1980. Les tempêtes et plus encore les inondations sont les types de catastrophe qui ont le plus augmenté depuis.

Cadrer le problème climatique

Certains travaux ont qualifié le réchauffement climatique de problème complexe (wicked problem) : difficile à diagnostiquer et n’ayant pas de réponse simple. Alors qu’aucune autorité centrale ne peut imposer des mesures pour réduire les émissions de GES, les changements fondamentaux nécessaires pour décarboner l’économie globale reposent sur des décisions coûteuses touchant aux modes d’organisation de nos sociétés (énergie, logement et construction, transport, alimentation, etc.). Mais ces décisions résultent inévitablement de la perception et du cadrage du problème (environnemental, économique, juridique, éthique, international, individuel, etc.). Les solutions proposées peuvent être complémentaires, mais elles peuvent aussi reposer sur des choix incompatibles (par exemple croissance verte versus décroissance). Le système de gouvernance transnationale fragmentée dans lequel elles s’inscrivent peut même les rendre contre-productives en sectorialisant le problème climatique, en déresponsabilisant le politique et en perpétuant le système à l’origine des changements climatiques.

Adoptée à Rio en 1992, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) institutionnalise le processus de négociations internationales en matière de climat. Après l’échec du sommet de Copenhague en 2009, qui tentait de remplacer le Protocole de Kyoto signé en 1997, la COP21 a conduit à la signature du premier accord universel sur le climat (Accord de Paris) en décembre 2015. Reposant sur des engagements volontaires de la part des États, cet accord pose le principe de responsabilité commune mais différenciée et insiste sur la responsabilité historique des pays industrialisés. Il est toutefois de plus en plus contesté en raison de l’essor des pays émergents, la Chine étant désormais le plus gros pollueur mondial (en valeur absolue des émissions) devant les États-Unis. L’accord jongle entre politiques d’ atténuation, visant à réduire les GES et à limiter la hausse de la température globale à 2 °C, et politiques d’ adaptation, s’attachant à renforcer la capacité des États à s’adapter aux effets des changements climatiques.

Les négociations climatiques intègrent un nombre croissant d’acteurs (scientifiques, ONG, think tanks, acteurs du monde des affaires, autorités locales, etc.) et sont structurées par les jeux d’ alliances entre intérêts économiques et politiques et par les coalitions qui permettent, notamment aux pays les plus vulnérables, de faire entendre leur voix. Le régime climatique onusien reste pourtant en décalage avec le réel (globalisation des marchés, exploitation des énergies fossiles, concurrence économique et enjeux de souveraineté nationale, etc.). Ce « schisme de réalité », identifié par Stefan Aykut et Amy Dahan, caractérise un système centré sur l’action collective globale qui ignore les initiatives locales et non étatiques, se focalise sur le décompte des émissions plus que sur les causes structurelles à l’origine des changements climatiques et reste isolé des sphères régulant notamment l’énergie, le commerce et le développement. Ce décalage est renforcé par les contradictions inhérentes à l’instauration d’objectifs ambitieux mais inatteignables (tels que le seuil des 2 degrés).

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