Résumé

Encore marginales face aux énergies fossiles dans le mix énergétique mondial, les énergies renouvelables sont en plein essor. Leur développement récent répond avant tout aux impératifs de lutte contre les changements climatiques. Pourtant, l’inertie des systèmes de production d’énergie et la réticence des autorités publiques à faire supporter par les producteurs d’énergie le coût social et environnemental de leurs activités freinent considérablement la transition énergétique.

Plus un pays est riche, plus il consomme d’énergie. L’accès à l’énergie est une condition essentielle du développement économique, qui entraîne quasi inévitablement une hausse des besoins énergétiques. En moyenne dans le monde, chaque habitant consomme, toutes énergies confondues, environ 2 tonnes d’équivalent pétrole (tep, soit la quantité d’énergie contenue dans une tonne de pétrole, que ce soit sous forme de charbon, d’électricité, de gaz ou autre) par an. Mais alors qu’en Afrique la consommation est de 0,6 tep par an et par habitant, dans l’OCDE elle est de 4,2 tep, avec d’importantes disparités : un Japonais consomme deux fois moins (3,4 tep) qu’un Américain (6,8 tep), malgré un niveau de vie équivalent.

Toujours plus de besoins en électricité

Le niveau de consommation d’énergie dépend non seulement du niveau de développement, mais aussi des politiques énergétiques et des choix de sociétés de chaque pays. La structure du mix énergétique varie considérablement d’un pays à l’autre. La Chine et l’Inde, respectivement premier et quatrième producteurs mondiaux de charbon, y ont massivement recours pour produire leur électricité, tandis que le Brésil utilise l’hydroélectricité, la Russie, le gaz naturel (dont elle possède les plus grandes réserves du monde) et la France, le nucléaire (qui lui fournit plus de 70 % de son électricité, soit près de 20 % de sa consommation totale d’énergie). Le mix énergétique d’un pays peut donc parfaitement se passer du charbon et/ou du nucléaire, au contraire du pétrole qui reste indispensable pour le transport (en dépit du développement de la filière des agrocarburants, substitut au pétrole pour le transport routier au Brésil par exemple).

Depuis les années 1970, la consommation mondiale d’énergie a plus que doublé, alors que peu d’efforts sont faits pour la maîtriser, a fortiori pour la réduire. Mais, dans le même temps, les besoins des sociétés ont évolué, avec une envolée de la consommation d’électricité, multipliée par quatre. Cette tendance devrait s’accélerer avec le développement d’ internet, des objets connectés et surtout du stockage des données informatiques, extrêmement énergivore. Après le charbon au xix e siècle et le pétrole au xx e siècle, l’électricité devient l’énergie stratégique du xxi e siècle. Comme elle n’existe pas à l’état naturel, il faut la produire à l’aide d’énergies primaires. Si le pétrole ne sert quasiment plus à cet usage (depuis les chocs pétroliers des années 1970, il a progressivement été réservé au secteur du transport), le charbon reste central pour la production électrique de certains pays (en particulier la Chine) et le gaz naturel, moins polluant que le charbon et offrant un rendement énergétique élevé, est de plus en plus utilisé.

La prise de conscience du problème climatique et la hausse du prix du pétrole au cours de la décennie 2000 ont favorisé le développement des énergies renouvelables, jusqu’alors négligées au profit des énergies fossiles. Malgré la baisse du prix du pétrole dès 2014, l’engouement pour les énergies renouvelables n’a pas faibli. Si la part des énergies durables (renouvelables et non polluantes) est encore marginale dans le mix énergétique mondial, leur croissance est exceptionnelle depuis une quinzaine d’années, en particulier celle de l’éolien et du solaire.

Consommation mondiale d’énergies renouvelables et nucléaire, 1965-2016

Source : BP, The Statistical Review of World Energy 2017, www.bp.com 

Commentaire : Ces courbes montrent l’ancienneté de la consommation mondiale d’énergies dites « renouvelables » et du nucléaire. L’énergie hydraulique, produite par les barrages, est ancienne et reste la première sur toute la période. L’énergie nucléaire a fortement augmenté au cours des décennies 1970-1980 et stagne depuis. L’usage des énergies éolienne et solaire est plus récent, au cours des années 1990, et se trouve, en 2016, encore marginal au regard de l’hydroélectrique et du nucléaire.

Éolien et solaire

Ces deux énergies ont connu un essor mondial sans précédent, grâce notamment aux aides fiscales des gouvernements pour favoriser une transition vers les énergies propres. La Chine se positionne désormais comme le principal producteur et consommateur d’énergies renouvelables. De plus en plus économiquement rentable, même sans subventions publiques, l’éolien (à terre ou offshore) contribue d’ores et déjà à une part significative de la production électrique de certains pays comme l’Allemagne, l’Espagne et surtout le Danemark, où il couvre 40 % des besoins en électricité. La technologie solaire, très large (panneaux photovoltaïques, centrales solaires thermiques, etc.), reste perfectible mais possède un potentiel énorme puisque le soleil envoie sur terre 10 000 fois plus d’énergie que l’humanité n’en consomme aujourd’hui. L’hydroélectricité, l’énergie renouvelable la plus répandue, progresse peu malgré une technologie mature – et une volonté, de la part de la Chine, d’exporter son savoir-faire (en particulier en Afrique) – en raison de la raréfaction des zones d’exploitation potentielles et de l’opposition qu’elle suscite par son impact sur les écosystèmes (inondation de vastes territoires) et sur les sociétés (déplacement de population). La biomasse, très utilisée dans les pays du Sud (charbon de bois), et les agro-carburants ne sont des énergies durables que si la ressource est renouvelée, ce qui n’est pas toujours le cas. Enfin, d’autres technologies se développent comme la géothermie ou, au stade encore expérimental, les énergies de la mer (marées, courants, vagues, houle).

Consommation d’énergie éolienne et solaire, 2016

Source : BP, The Statistical Review of World Energy 2017, www.bp.com 

Commentaire : Les principaux consommateurs d’énergies éolienne et solaire sont la Chine, les États-Unis, certains États européens (en particulier l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni ou l’Italie), le Japon ou encore l’Inde. La préférence pour l’éolien domine, la consommation mondiale reste trois fois supérieure à celle du solaire, mais résulte des choix politiques et des capacités à mettre en œuvre ces infrastructures de haute technologie, et non pas des seules conditions climatiques.

Le développement des énergies durables fait néanmoins face à différents défis : enjeux de stockage et d’intermittence de la production (en particulier pour l’éolien), disponibilité limitée des matières premières nécessaires pour ces technologies (le lithium pour les batteries de stockage par exemple). Mais leur essor se heurte avant tout à l’inertie des systèmes productifs actuels et aux logiques de rentabilité des firmes, qui produisent l’énergie sans prendre en charge le coût de la pollution qu’elles engendrent. Sans une forte volonté politique d’internaliser les externalités environnementales et d’assumer les véritables coûts de la production énergétique (via une fiscalité de type taxe carbone ou la fixation de normes de pollution strictes) et tant que les énergies fossiles resteront plus rentables que les énergies renouvelables, la transition énergétique vers un monde décarboné sera lente.

Production d’électricité d’origine renouvelable, 2015

Source : Agence internationale de l’énergie (AIE), Electricity Information, 2017, www.iea.org  

Commentaire : Cette carte montre la production d’électricité d’origine renouvelable. En quantité totale – montrée par les points proportionnels –, la Chine apparaît nettement comme le premier producteur, loin devant le Canada, le Brésil ou les États-Unis. En revanche, lorsqu’on la rapporte à la production totale d’électricité – montrée par le dégradé de couleur –, la part du renouvelable n’est majoritaire que dans les pays où l’hydroélectrique est important (Amérique du Sud, Canada, Europe scandinave ou des Alpes, Nouvelle-Zélande) et, dans une moindre mesure en raison de la production très faible, en Afrique.

Électricité renouvelable dans le monde, 1990-2014

Source : Banque mondiale, https://data.worldbank.org
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