Résumé

Les organisations internationales (OI) représentent la forme la plus courante de multilatéralisme. Plus souvent critiquées qu’applaudies, elles montrent pourtant une capacité à perdurer et à s’adapter, même si se profilent d’autres institutions de coopération comme les clubs. Souvent considérées comme les instruments des États les plus puissants, les OI sont aussi des bureaucraties dont l’influence sur la scène internationale est significative.

Une organisation internationale (OI) est « une structure formelle, durable, établie par un accord entre ses membres (gouvernementaux et/ou non gouvernementaux), à partir de deux ou plusieurs États souverains, dans le but de poursuivre un intérêt commun aux membres » (Clive Archer). Cette définition large se réfère tant aux organisations intergouvernementales (OIG), qu’aux ONG internationales et, éventuellement, aux firmes multinationales. Elle permet d’englober dans la réflexion la coopération interétatique et la solidarité transnationale, qu’encourage le rapprochement entre les sociétés, et de mieux percevoir les convergences qui se sont opérées entre tous ces acteurs. Ainsi, les institutions internationales non gouvernementales de météorologie nées à partir de 1872 s’inter- gouvernementalisent durant la première moitié du xx e siècle pour devenir l’Organisation météorologique mondiale en 1950.

Selon une acception plus stricte et plus courante, l’OI entendue comme OIG constitue la forme la plus répandue de multilatéralisme. Les premières sont créées au xix e siècle et s’attachent surtout à des problèmes techniques communs, telle l’Union internationale du télégramme (1865) qui devient l’Union internationale des télécommunications, ou l’ Union postale universelle (1874). En 1919, la Société des Nations (SDN) est la première OI à vocation universelle et à compétence générale. Le bilan d’échec qui la caractérise, s’il est en partie justifié en termes de sécurité collective et d’incapacité à attirer le plus grand nombre, ne rend pas justice aux innovations (comme la création de la fonction publique internationale) et aux avancées en matière économique et sociale qu’elle a suscitées. LOrganisation des Nations unies (ONU), une « SDN avec des dents », les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international [FMI] et Banque mondiale [BM]), le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), qui perdure en raison de la non-ratification des statuts d’une Organisation internationale du commerce négociés à La Havane (1948), constituent l’ossature de l’ordre international libéral de l’après-seconde guerre mondiale, mis en place sous le leadership des États-Unis. Contrairement à la SDN, ces OI sont parvenues à s’universaliser et la règle pour les États est désormais à la multi-appartenance. Depuis lors, les OI, régionales, universelles, sectorielles, généralistes couvrent la plupart des domaines de la politique internationale, leur mandat se superposant souvent, suscitant de la concurrence entre elles.

Admissions à l’ONU, 1945-2018

Source : Nations unies, www.un.org 

Commentaire : Ce document retrace la chronologie de l’admission des 193 États membres actuels des Nations unies. Dès les années 1960, les nouvelles entrées reflètent pour une large part l’indépendance de la majorité des États d’Afrique (décolonisation) mais aussi d’Asie centrale (effondrement de l’URSS) ou des Balkans (éclatement de la Yougoslavie). Les « non-membres » demeurent : d’une part les observateurs (Vatican, Palestine), d’autre part les territoires au statut encore mal défini (Sahara occidental, Taïwan, Kosovo).

Conseil de sécurité des Nations unies, 2018

Source : Nations unies, www.un.org 

Commentaire : Contrairement à l’Assemblée générale de l’ONU, où tous les États siègent et possèdent une voix, le nombre de sièges au Conseil de sécurité de l’ONU est restreint (15) et les pouvoirs inégalement répartis. Cinq États en sont membres permanents et détiennent un droit de veto (États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni) et dix autres États sont élus selon une répartition géographique, quelques pays étant nettement plus souvent désignés (Japon, Brésil, Argentine, Pakistan, Italie, Inde puis Colombie).

Résilience des organisations internationales

Plus souvent critiquées (pour leur anachronisme, leur inefficacité, leur déficit démocratique, leur caractère technocratique, etc.) qu’applaudies, la plupart des OI montrent pourtant une capacité à perdurer et à s’adapter, qu’il s’agisse de bricolages (évolution des méthodes de travail au Conseil de sécurité) ou de réinvention de rôle (à l’exemple de l’ OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord], alliance militaire créée pendant la guerre froide, qui s’est renouvelée à la fin de la bipolarité). Au-delà de réformes organisationnelles médiatisées, les OI changent en s’ajustant et en participant aux évolutions des hiérarchies internationales et aux transformations normatives et cognitives. Même si leur nombre a augmenté par rapport au début du xx e siècle, l’observation des OI et de leurs évolutions dans le temps long ne permet pas de constater une tendance linéaire à l’accroissement. Il arrive que certaines disparaissent (SDN, Pacte de Varsovie) ou tombent en désuétude. En outre, si l’OI a représenté la forme la plus classique de coopération internationale, la configuration multilatérale se caractérise aujourd’hui par la multiplication d’autres institutions comme les clubs, qui se constituent de plus en plus en dehors des OI (G7/G8, G20 dit financier).

Organisations intergouvernementales, 1909-2017

Source : Union des associations internationales, https://uia.org 

Des bureaucraties internationales

Du fait de leur caractère intergouvernemental, les OI sont souvent considérées comme le reflet des interactions entre les États et l’instrument des plus puissants. Néanmoins, ce sont aussi des administrations, ce qui conduit à déplacer le regard vers les secrétariats et à les étudier comme des acteurs autonomes dont l’influence s’exerce par la création et la diffusion de savoirs (rôle des chercheurs à la BM), par leur place dans les processus de négociation (préparation d’avant-projets) et dans la mise en place des accords (rôle de la BM, du PNUD [Programme des Nations unies pour le développement] et du PNUE [Programme des Nations unies pour l’environnement] dans l’établissement des Bureaux nationaux Ozone dans les administrations nationales). Les bureaucraties internationales, du fait de la diffusion en leur sein de réformes inspirées du new public management et de la promotion de bonnes pratiques, participent ainsi des processus de technicisation des discours et de dépolitisation des OI. Les nombreuses recherches qui envisagent les OI comme des administrations participent au renouvellement des réflexions et analyses sur les fonctionnaires internationaux, sur leur profil sociologique, sur leur relation à leur État d’origine, sur leur politisation et sur la constitution de corps séparés de fonctionnaires internationaux (la fonction publique européenne notamment).

Nationalités du personnel du Secrétariat de l’ONU, 2016

Source : Nations unies, Composition du Secrétariat : données démographiques relatives au personnel (A/72/123), 2017, www.un.org 

Commentaire : Cette carte montre les nationalités du personnel du Secrétariat de l’ONU en 2016. Les effectifs des missions de paix et des agences spécialisées ne sont pas comptabilisés. Bien que les nationalités du personnel onusien répondent partiellement à des quotas, les plus nombreuses viennent d’Afrique centrale (RDC, Soudan, Kenya), mais les cadres y sont sous-représentés, puis des États-Unis, de la France, etc. La part des cadres est élevée chez les ressortissants de petits États insulaires, d’Europe, d’Asie du Nord-Est et, dans une moindre mesure, d’Amérique du Sud.

Mots-clés

Citation

« Organisations internationales » Espace mondial l'Atlas, 2018, [en ligne], consulté le 11 mars 2020, URL:
https://espace-mondial-atlas.sciencespo.fr/fr/rubrique-strategies-des-acteurs-internationaux/article-3A01-organisations-internationales.html

Références

  1. Archer Clive, International Organizations, Londres, Routledge, 2015.
  2. Biermann Frank et Siebenhüner Bernd (eds), Managers of Global Change : The Influence of International Environmental Bureaucracies, Cambridge (Mass.), The MIT Press, 2009.
  3. Devin Guillaume, Les Organisations internationales, Paris, Armand Colin, 2016 [2e éd.].
  4. Georgakakis Didier et Lassalle Marine de, « Les très hauts fonctionnaires de la Commission européenne : genèse et structure d’un capital institutionnel européen », Actes de la recherche en sciences sociales, 166-167, mars 2007.
  5. Klein Asmara, Laporte Camille et Saiget Marie (dir.), Les Bonnes Pratiques des organisations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.
  6. Louis Marieke et Maertens Lucile (dir.), « Quand l’international passe au vert : l’appropriation de la question environnementale par les organisations internationales », Études internationales, numéro spécial, 47 (1), 2016.
  7. Müller Birgit (coord.), dossier « L’anthropologie des organisations internationales », Critique internationale, 54 (1), 2012.
  8. Nay Olivier et Petiteville Franck (coord.), dossier « Le changement dans les organisations internationales », Critique internationale, 53 (4), 2011.
  9. Petiteville Franck (coord.), dossier « La (dé)politisation des organisations internationales », Critique internationale, 76 (3), 2017.
  10. Reinalda Bob (ed.), Routledge History of International Organization : From 1815 to the Present Day, Londres, Routledge, 2009.

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