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Euroscepticisme et Brexit

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L’euroscepticisme, attitude de rejet de la construction européenne, comprend trois grandes familles, les deux premières plutôt de droite et la dernière plutôt de gauche : les souverainistes, qui honnissent l’UE source de transferts de souveraineté vers des institutions supranationales ; les libertariens, qui dénoncent la création d’un super-État, attentatoire aux libertés ; et les antilibéraux, qui critiquent son essence libérale prônant le développement de l’interdépendance économique afin de garantir la paix. Pour tous, les institutions européennes sont perçues comme technocratiques, illégitimes et antidémocratiques. Ces trois courants ont toujours été puissants au Royaume-Uni (RU), où un référendum sur le maintien dans l’Union européenne (UE), en juin 2016, a donné une courte victoire aux partisans du retrait (51,9 % des voix et une abstention de près de 30 %). Durant la campagne, ces derniers avancèrent les arguments traditionnels des eurosceptiques : la sortie de l’UE devait permettre de maîtriser l’immigration, de retrouver une pleine souveraineté économique et de faire des économies en cessant de financer le budget européen.

Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, 23 juin 2016

Sources : The Electoral Commission, www.electoralcommission.org.uk ; https://data.gov.uk 

Commentaire : S’il est délicat de résumer la géographie du vote qui a mené à la victoire du Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’UE), on peut néanmoins signaler que : l’Écosse – historiquement pro-européenne – et le Grand Londres – qui tire une part de sa richesse des activités financières – ont nettement voté pour le maintien dans l’UE. Il en est de même pour la majorité des centres urbains, à l’exception de Birmingham. En revanche, les régions du centre et du centre-est de l’Angleterre, rurales et plutôt pauvres, ont davantage voté pour le Brexit. L’Irlande du Nord, malgré une situation Est/Ouest contrastée, a dans l’ensemble voté pour le maintien dans l’UE.

Entamées en mars 2017, les négociations de sortie doivent définir le nouveau cadre des relations entre l’UE et le RU, en particulier l’accès de ce dernier au marché commun européen. Vital pour l’économie britannique (qui réalise la moitié de ses échanges commerciaux avec l’UE), cet accès est conditionné par les Européens au maintien de la liberté de circulation des personnes. Les négociations portent aussi sur les droits des 3 millions de citoyens européens vivant au RU et sur le million de Britanniques résidant dans l’UE. Enfin, se pose la question de la frontière entre l’Irlande (membre de l’UE) et l’Irlande du Nord (qui fait partie du RU). Si le RU sort de l’union douanière, celle-ci deviendra une frontière extérieure de l’UE – dont le rétablissement menacera les accords de paix de 1998 qui mirent fin à la guerre civile en Irlande du Nord et prévoyaient justement la libre circulation entre les deux parties de l’île.

Pour certains, le Brexit témoigne de la défiance d’une partie de l’opinion publique envers l’Europe fédérale et fait craindre une dislocation du projet européen. Pourtant, en dépit de son rôle politique et économique majeur, le RU ne participait ni à l’espace Schengen, ni à la zone euro. Ainsi, nombre de pro-européens estiment au contraire que son départ devrait lever des obstacles à l’approfondissement de l’intégration européenne.

Citation

« Euroscepticisme et Brexit » Espace mondial l'Atlas, 2018, [en ligne], consulté le 15 mars 2021, URL:
https://espace-mondial-atlas.sciencespo.fr/fr/rubrique-strategies-des-acteurs-internationaux/focus-3F05-euroscepticisme-et-brexit.html

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