Menaces sur l’information
Depuis 2002, l’ ONG Reporters sans frontières établit un classement mondial de la liberté de la presse annuel, sur lequel s’appuie son travail de plaidoyer pour la liberté d’information. Ce classement évalue les politiques en matière de presse dans 180 pays, selon une série de critères indispensables à cette liberté (pluralisme et indépendance des médias, cadre légal, transparence, autocensure, sécurité des journalistes, etc.). Il est établi à partir de l’exploitation de questionnaires qualitatifs (en 20 langues) adressés à des experts dans chaque pays et croisés avec les remontées d’une veille sur les violences que les journalistes ont pu subir. L’ensemble constitue la base du calcul des indices et, depuis 2013, du score annuel de chaque État (de 0 – le meilleur – à 100 – le pire). Il permet de suivre les évolutions nationales, régionales et globales dans le temps. L’édition 2018 pointe une détérioration accrue des conditions et du climat de travail des journalistes et la menace que cela constitue pour la démocratie. À l’hostilité envers les médias non conformes, portée et encouragée par les régimes autoritaires, s’ajoutent aujourd’hui des pressions, des dénonciations et des propos haineux véhiculés par des entrepreneurs et responsables politiques au sein même des régimes démocratiques (media bashing), notamment en Europe et aux États-Unis, largement relayés par les réseaux sociaux.
Liberté de la presse, 2018

Commentaire : Cette collection de trois cartes est issue des rapports de l’ONG Reporters sans frontières, qui défend la liberté de la presse et la protection des sources et des journalistes. Ces rapports, annuels depuis 2002 et établis à partir d’enquêtes, confirment l’aggravation de l’hostilité envers les journalistes dans de très nombreux pays du monde. La première carte montre que dans plus du tiers des pays la situation est difficile ou très grave ; la deuxième cumule le nombre de journalistes et collaborateurs tués (1 400 depuis 2001), principalement dans les zones de conflits (291 en Irak, 228 en Syrie) mais aussi dans les régions de très fortes tensions sociales et politiques (Mexique, Philippines) ; la troisième montre que la géographie des journalistes emprisonnés correspond à celle des États autoritaires qui les censurent (Chine, Turquie, Égypte, Syrie, etc.).
- ONG > Organisation non gouvernementale
- L’usage de cette expression s’est développé à la suite de son insertion dans l’article 71 de la Charte des Nations unies. Il n’existe pas de statut juridique international des ONG, si bien que ce sigle désigne des acteurs très différents selon les discours et les pratiques. Il s’agit généralement d’associations constituées de manière durable par des particuliers en vue de réaliser des objectifs non lucratifs, souvent liés à des valeurs et des convictions (idéologiques, humanistes, écologiques, religieuses, etc.) et non des intérêts. Actives tant à l’échelle locale que mondiale, sur des thèmes divers, les ONG se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers, mais sont d’importances très inégales en termes de budget, de personnel et de développement.
- démocratie > Démocratie
- Régime politique fondé sur la souveraineté populaire, où la légitimité du pouvoir découle de son acceptation par le peuple. Inspirée du modèle mis en place dans la Grèce antique et du libéralisme promouvant les libertés individuelles, la démocratie est aujourd’hui avant tout représentative et fondée sur un principe d’égalité des citoyens (élections au suffrage universel). Elle est indissociable du respect des droits humains fondamentaux, dont les libertés d’expression, d’association, d’informer, etc. Alors qu’elle s’est progressivement universalisée et tend à devenir la norme, elle ne renvoie pas à un modèle unique car elle dépend toujours du contexte social et culturel de sa mise en place, variable d’un endroit à l’autre et selon les époques.
- entrepreneurs > Entrepreneur politique
- Au sens de Max Weber, l’entrepreneur gère un groupe organisé disposant d’une direction administrative et poursuivant un but précis. L’entrepreneur identitaire ou religieux désigne ainsi tout agent mobilisant des symboles identitaires ou religieux au bénéfice de son capital politique, social, voire économique.