Résumé

Le mouvement de libéralisation du commerce mondial se poursuit, malgré les crises économiques, les poussées protectionnistes et l’enchevêtrement des logiques opposées d’acteurs multiples (États du Nord et du Sud, entreprises, OMC, ONG, etc.).

La valeur des exportations mondiales de marchandises a augmenté de 32 % en 10 ans et s’élève à 16 000 milliards de dollars en 2016 ; celle des services commerciaux d’environ 64 %, soit 4 770 milliards de dollars. Parmi les marchandises, les biens manufacturés et surtout les produits agricoles connaissent une forte croissance (respectivement +37 % et +67 %) alors que les exportations de combustibles et de produits miniers ont diminué de 10 % suite à la baisse des prix du pétrole.

Commerce mondial de marchandises et de services, 2006-2016

Source : Organisation mondiale du commerce (OMC), www.wto.org 

Commentaire : Selon les statistiques de l’OMC, le commerce mondial de marchandises a nettement augmenté depuis 2006, malgré les fortes irrégularités de la courbe (impact de la crise de 2008, tassement depuis 2014). Les courbes du haut montrent l’évolution du volume, exprimé en dollars : le commerce de marchandises y est trois fois supérieur à celui des services, en 2016. Les courbes du bas, en base 100 (100 = la valeur en 2006), montrent davantage l’évolution dans le temps et, en la matière, le commerce des services a davantage cru que celui des marchandises.

Acteurs d’une mondialisation sélective

Des bases de données très complètes (ONU/ COMTRADE et OMC) permettent de saisir les évolutions du commerce mondial mais ne rendent pas totalement compte de la complexité des accords commerciaux régionaux ou bilatéraux. La comptabilisation des échanges aux frontières est insuffisante et obsolète, la notion de pays d’origine ne montre pas la chaîne de valeur ajoutée ni le commerce intra-firme, et certains acteurs sont encore mal connus (PME, commerce en ligne, etc.).

Commerce de marchandises, 2016

Source : OMC, stat.wto.org  

Commentaire : Les données de l’OMC utilisées pour cette carte sont agrégées en grandes régions, ce qui produit une image simple et lisible mais qui masque d’importantes asymétries (la Chine représente 76 % des exportations de l’Asie) et répète des concepts qu’il conviendrait de nuancer (la « triade » au Nord qui concentrerait la majorité des échanges commerciaux). Les flèches du commerce interrégional montrent à la fois les enchevêtrements, une hiérarchie et, souvent, une dissymétrie entre les exportations et les importations (entre l’Asie et l’Amérique du Nord par exemple). Les cercles du commerce intrarégional montrent les échanges entre États à l’intérieur d’une zone ; ils sont à considérer avec précaution, car ils dépendent en partie du nombre d’États ou du niveau d’intégration économique, d’où la forte valeur en Europe.

L’émergence des grands pays du Sud s’est faite par l’abandon des politiques protectionnistes de substitution aux importations et par l’ouverture commerciale. Entrée à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001, la Chine joue un rôle majeur aussi bien dans ses rapports avec les deux autres grands pôles du commerce mondial que sont les États-Unis et l’Europe (44 % des exportations et 45 % des importations mondiales à eux trois en 2016) que dans le commerce Sud-Sud.

Même si les changements technologiques jouent un rôle important dans la diminution des emplois manufacturiers, la libéralisation du commerce est souvent pointée comme principale responsable de la désindustrialisation des pays du Nord. Les remèdes avancés par certains, notamment les partis populistes, sont le retour au protectionnisme par la hausse des barrières tarifaires aux importations (taxes de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium aux États-Unis en mars 2018, mesures de lutte contre la plateforme de e-commerce chinoise Alibaba, etc.) ou la renégociation des accords régionaux conclus sous l’égide de l’OMC.

Si les petites et moyennes entreprises représentent une part importante de l’emploi dans le monde, leur contribution au PIB est moindre que celle des grandes entreprises (productivité plus faible) et leur participation au commerce n’est que du tiers du total alors qu’elles représentent les trois quarts des exportateurs. Elles rencontrent de nombreux obstacles sur les marchés : peu d’économie d’échelle sur les coûts fixes, lourdeur des procédures douanières, manque d’informations, difficultés d’accès aux financements et insuffisance des politiques publiques de soutien. Le commerce électronique est une opportunité que l’OMC, l’ONU, l’Union européenne et l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) essaient de mieux mesurer. Il profite surtout aux PME les plus récentes et les plus agiles, nées avec la mondialisation accélérée.

Infrastructures mondiales

Tous les acteurs du commerce mondial bénéficient de la fluidification des transports de marchandises. Depuis les années 1950, les containers standardisés et l’équipement des ports en portiques et quais spécialisés ont contribué à l’abaissement des coûts et à la transformation de la géographie mondiale des échanges. Le réseau des routes maritimes et l’infrastructure des grands ports (dont certains sont de véritables hubs) sont pour l’Asie, et plus généralement pour le Sud, des outils d’intégration dans l’économie mondiale (et l’objet d’investissements fructueux pour les entreprises du Nord). Les activités liées au commerce maritime sont concentrées entre les mains de puissants armateurs et opérateurs de terminaux ; les entreprises asiatiques y prennent une place croissante.

Les 100 premiers ports de marchandises dans le monde, 2016

Source : Lloyd’s List, « Top 10 0 ports 2017 », www.lloydslist.com 

Commentaire : La Lloyd’s List est l’acteur historique et principal du marché de l’assurance et de la réassurance. Il analyse les activités du commerce maritime, dont les ports de marchandises. Ces infrastructures s’appuient essentiellement sur les containers et constituent l’outil de l’intégration dans l’économie mondiale. Leur géographie montre un chapelet qui jalonne les routes maritimes reliant l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Les plus grands ports – en termes de trafic – se concentrent en Asie de l’Est où se trouvent 12 des 15 premiers ports (dont 8 en Chine), alors que Rotterdam, longtemps premier port du monde, n’occupe aujourd’hui que la 12e position.

Plus récemment, le développement de l’ internet et du nombre de ses usagers a permis la croissance du e-commerce, dominé par deux firmes mondiales très dynamiques, Amazon (États-Unis) et Alibaba (Chine), qui comptent au total plus de 750 millions de clients en 2016. Elles sont cependant conçues selon deux modèles différents : alors qu’Amazon stocke dans ses entrepôts, vend et expédie en s’appuyant sur de puissantes infrastructures et un personnel nombreux dans le monde entier (300 000 salariés en 2016), la plateforme chinoise est seulement un intermédiaire entre des millions de vendeurs et des centaines de millions de clients.

Difficile régulation multilatérale

En 1947, le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) promeut le libre-échange comme facteur de paix et la non-ratification par les États-Unis de la Charte de La Havane le transforme en un instrument durable de négociations multilatérales en dehors de l’ONU, incluant toujours plus de pays, de produits et de sujets. La superposition d’accords partiels qui en découle débouche en 1994 sur l’accord de Marrakech qui donne naissance à l’Organisation mondiale du commerce, structure permanente d’encadrement et de régulation des échanges commerciaux, dotée d’un Organe de règlement des différends (ORD) disposant d’un pouvoir de sanction (entre 1995 et 2016 plus de 500 différends ont été soumis à l’ORD). Les Accords de l’OMC (marchandises, services et propriété intellectuelle) encadrent la libéralisation des échanges (et ses exceptions), les pays membres s’engagent à réduire les obstacles dans la transparence et à régler leurs différends, mais peuvent prévoir des dispositions particulières et progressives pour les pays en développement (PED). En 1999, l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations à Seattle se heurte aux désaccords entre l’Union européenne et les États-Unis, à une contestation par les pays du Sud des thèmes abordés et à l’irruption des mouvements altermondialistes. Entre 1996 et 2017, 11 conférences ministérielles se succèdent, articulant des logiques d’ États aux intérêts divergents et très inégalement dotés de capacités de négociation (fonctionnaires hautement spécialisés et cabinets d’avocats) avec celles de firmes transnationales concurrentes qui s’appuient sur les lobbies puissants. Le cycle de Doha, lancé fin 2001, comprend 20 domaines de négociations. En 2018, il se trouve toujours dans une impasse qui témoigne des difficultés à réguler le commerce mondial.

Différends à l’Organisation mondiale du commerce, 1995-2018

Source : Organisation mondiale du commerce (OMC), www.wto.org

Commentaire : L’Organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC dispose d’un pouvoir de sanction dans l’arbitrage des différends commerciaux entre États membres. La matrice montre que les deux géants commerciaux que sont les États-Unis et l’Union européenne (UE, celle-ci siégeant en tant que telle et au nom de ses États membres) concentrent la majorité des plaintes : qu’ils en déposent ou en soient l’objet, entre eux et avec de nombreux autres pays, dont les émergents, Chine en tête. Devenue en 2001 le 143e État membre de l’OMC, celle-ci ne s’oppose, elle, qu’à ces deux partenaires.

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