Altermondialismes
L’altermondialisme fait une irruption mondiale en 1999 lors de la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle et se manifeste régulièrement à toutes les conférences suivantes. Il revendique une « autre mondialisation » émancipée de l’idéologie libérale et ne traitant pas les denrées alimentaires, les produits culturels et les services publics comme des marchandises. Depuis le lancement du Forum social mondial (FSM) en 2001 à Porto Alegre (Brésil), présenté comme une alternative au Forum économique mondial annuel de Davos, le réseau mondial des associations citoyennes pour un autre monde possible (Charte des principes du FSM de 2002) s’est régulièrement réuni et a essaimé en forums locaux, régionaux ou continentaux. Se revendiquant comme pluraliste, horizontal, réticulaire, non directif, autogéré et refusant tout texte final fédérateur, le FSM, s’il a largement diffusé ses idées, semble en partie essoufflé.
Forum social mondial, 2001-2018

Commentaire : La carte – construite avec une projection adaptée au sujet traité qui positionne les pays du Sud en haut – montre l’essaimage du Forum social mondial (FSM) depuis son lancement en 2001 à Porto Alegre (Brésil), comme une alternative au Forum économique mondial annuel de Davos. Ce réseau altermondialiste mondial reste cependant très centré sur le Brésil.
Le débat public sur le commerce international est aussi porté par des ONG qui l’insèrent plus largement dans les questions sociales (fin de l’exploitation et respect des droits humains dans la production et la vente), éthiques (la campagne du collectif « Éthique sur l’étiquette »), environnementales (Zero Waste) ou l’économie circulaire. Ces organisations de la société civile avancent des propositions concernant les clauses sociales des accords commerciaux, la certification, la labellisation et l’étiquetage des produits et les circuits de commerce équitable. Dès les années 1970, prônant d’autres formes de commerce, elles ont mis en relation directe des petits producteurs du Sud à qui les prix sont garantis et des consommateurs du Nord qui achètent des produits plus chers mais plus justes et plus diversifiés issus des agricultures paysannes dont les savoirs et savoir-faire sont ainsi sauvegardés (« not aid, but trade ») ; ces initiatives sont cependant discutées par certains chercheurs, qui en montrent l’ambivalence et y voient une perpétuation des rapports de domination prévalant en situation coloniale. Enfin, certaines ONG parviennent, comme dans le cas du Forum mondial de la banane et après une période de négociations extrêmement tendues à l’OMC, à intégrer les structures de gouvernance multilatérales liées à la production et la commercialisation des produits agricoles (FAO). Leur engagement permet à la fois de diffuser de nouvelles conceptions du commerce et de sa régulation, d’associer les acteurs de la société civile aux partenariats public-privé et d’ouvrir des espaces de transformation des organisations internationales.
- mondialisation > Mondialisation
- Le terme mondialisation renvoie à un ensemble de processus multidimensionnels (économiques, culturels, politiques, financiers, sociaux, etc.) qui reconfigurent l’espace mondial. Ces processus ne consistent pas seulement en un changement d’échelle généralisé vers le mondial car ils ne convergent pas nécessairement, ne touchent pas tous les individus et n’ont pas sur eux les mêmes effets. Plus que l’intensification des échanges de tous types, l’internationalisation des économies ou l’essor des connexions, la mondialisation contemporaine désigne les transformations de l’organisation spatiale des relations économiques, politiques, sociales et culturelles.
- culturels > Culture
- Ce qui distingue l’existence humaine de l’état de nature, c’est-à-dire les processus par lesquels l’homme utilise et développe ses capacités intellectuelles. Selon Clifford Geertz (1973), la culture est un système de significations communément partagées par les membres d’une collectivité sociale, qui en font usage dans leurs interactions. Les cultures ne sont donc pas figées, elles se transforment au gré des pratiques sociales et sont à la fois porteuses de logiques d’inclusion et d’exclusion. Le culturalisme est une conception qui considère que les croyances supposées collectives et les appartenances à telle ou telle culture prédéterminent les comportements sociaux.
- services publics > Service public
- Activité d’intérêt général exercée par une collectivité publique, ou un organisme privé sous le contrôle de l’administration. Les missions attribuées au service public se sont étendues, des fonctions régaliennes traditionnelles (police, défense, justice, finances publiques, diplomatie) au secteur administré non marchand (éducation, santé, protection sociale, activités culturelles et sportives, etc.) et au secteur marchand, industriel et commercial (transports, énergie, eau, télécommunications, etc.). Le service public repose sur quelques principes fondamentaux : l’égalité d’accès et de traitement des usagers, la continuité, l’accessibilité, la neutralité et la transparence des services, et leur adaptation aux évolutions de l’intérêt général. Les notions de service d’intérêt général et de service universel, déployées au sein des institutions européennes et de certaines institutions internationales, redéfinissent – non sans controverses – le périmètre de l’action publique face à la libéralisation de certains de ses secteurs.
- ONG > Organisation non gouvernementale
- L’usage de cette expression s’est développé à la suite de son insertion dans l’article 71 de la Charte des Nations unies. Il n’existe pas de statut juridique international des ONG, si bien que ce sigle désigne des acteurs très différents selon les discours et les pratiques. Il s’agit généralement d’associations constituées de manière durable par des particuliers en vue de réaliser des objectifs non lucratifs, souvent liés à des valeurs et des convictions (idéologiques, humanistes, écologiques, religieuses, etc.) et non des intérêts. Actives tant à l’échelle locale que mondiale, sur des thèmes divers, les ONG se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers, mais sont d’importances très inégales en termes de budget, de personnel et de développement.
- droits humains > Droits de l’homme
- Corps de droits et devoirs fondamentaux inaliénables, imprescriptibles et universels, attachés à la personne humaine. Circonscrits aux seuls « droits naturels » (libertés fondamentales considérées comme consubstantielles à la nature humaine) aux xviie et xviiie siècles, les droits humains sont élargis pour inclure les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux aux fondements de la liberté et de la dignité humaines. Les droits humains ont été constitutionnalisés dans la plupart des régimes démocratiques. Ils font également l’objet de nombreux textes de protection à l’échelle régionale et internationale.
- société civile > Société civile
- À l’échelle nationale, la société civile désigne une entité sociale distincte de l’État et dépassant les individus et les groupes qui la composent (classes sociales, catégories socioprofessionnelles, générations…). La notion de société civile mondiale est apparue au cours des années 1970 (John Burton, World Society) et désigne l’ensemble des relations sociales construites hors du contrôle de l’État sur la scène internationale par la mobilisation de ressortissants de tous les pays pour revendiquer des régulations infra ou supranationales. L’expression masque toutefois une grande diversité. La notion de société-monde apparaît pendant les années 1990 chez les géographes et désigne le processus le plus englobant de création d’un espace social à l’échelle de la planète.
- Nord
- Voir Nord et Sud
- gouvernance > Gouvernance
- Inspirée de la gestion et de l’entreprenariat, l’expression gouvernance globale renvoie aux institutions formelles et informelles, mécanismes et processus par lesquels s’établissent et se structurent les relations entre États, citoyens, marchés et organisations internationales et non gouvernementales à l’international. Le système de gouvernance globale tend à articuler les intérêts collectifs, à établir des droits et obligations, à arbitrer les différends et à déterminer les modes de régulation appropriés aux objets et acteurs concernés. La gouvernance prend différentes formes : gouvernance multilatérale universelle, gouvernance de club (réservée à certains membres comme le G7/8/20), gouvernance polycentrique (juxtaposition d’instruments de régulation et de gestion à différentes échelles), etc.
- régulation > Régulation
- Le terme régulation désigne l’ensemble des processus et des mécanismes qui permettent le fonctionnement normal et régulier d’un système. Appliquée à l’international, l’expression désigne l’ensemble des processus, des mécanismes et des institutions qui œuvrent à la correction des déséquilibres susceptibles de menacer l’ordre mondial ainsi qu’à la prévisibilité du comportement des acteurs, donc à la stabilité. Elle est étroitement liée aux notions de gouvernance et de biens publics mondiaux.
- partenariats public-privé > Partenariat public-privé
- Mode de financement et de gestion des équipements de services publics (hôpitaux, adduction d’eau, autoroutes, etc.) permettant à une entité publique de déléguer à un opérateur privé le financement, la construction et/ou l’exploitation et la maintenance du bien, tout en en restant propriétaire. En échange, celui-ci reçoit une rétribution de la part de l’État (sous forme de loyer) ou fait payer les services aux usagers. S’il dispense les gouvernements d’assurer eux-mêmes les financements nécessaires, ce système est néanmoins critiqué car il entraîne une privatisation des bénéfices et, assez souvent, une hausse significative du coût final pour la collectivité (somme des loyers versés par l’État très supérieure à l’investissement, augmentation des prix payés par les usagers, etc.).
- organisations internationales > Organisation internationale
- Selon Clive Archer, une OI est « une structure formelle, durable, établie par un accord entre ses membres (gouvernementaux et/ou non gouvernementaux), à partir de deux ou plusieurs États souverains, dans le but de poursuivre un intérêt commun aux membres ». Marie-Claude Smouts désigne trois traits distinctifs des OI : elles procèdent d’un « acte fondateur » (traité, charte, statut), s’inscrivent dans un cadre matériel (siège, financement, personnel), et constituent un « mécanisme de coordination ».