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La réforme onusienne de la coordination humanitaire de 2005

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En 2005, Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, entreprend une réforme administrative de la coordination humanitaire qui s’inscrit à la fois dans le cadre plus général de la réforme des Nations unies et en réaction à la gestion des situations d’urgence après le tsunami dans l’océan Indien en 2004 et au Darfour. Elle renforce le rôle des coordinateurs humanitaires, centralise le financement avec la création du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) et établit un système de clusters, i.e. de groupes de coordination et de partage d’information, réunissant dans un secteur précis (sécurité alimentaire, gestion des camps, éducation, abris d’urgence, télécommunication d’urgence, santé, logistique, nutrition, protection, eau, hygiène et assainissement) les acteurs œuvrant sur le terrain. Ce faisant, les institutions onusiennes déjà existantes (Coordonnateur des secours d’urgence [ERC], Bureau de coordination des affaires humanitaires [ OCHA ], Comité permanent interorganisations [ IASC ]) voient leur rôle consolidé et la place décisive de l’ONU est renforcée par plusieurs mécanismes (comme la désignation d’au moins un chef de file onusien pour chaque cluster). La réforme a renforcé le rôle de la famille onusienne dans l’action humanitaire, croisant technicisation des pratiques de coordination et élargissement du caractère politique des activités de secours. Selon Philippe Ryfman, elle traduit « une volonté d’organiser une gouvernance mondiale de l’humanitaire, avec les Nations unies comme pivot ».

En même temps que le pilotage onusien perdure en s’ajustant à la marge (dispositif mondial de l’aide humanitaire, discours sur les acteurs locaux, Transformative Agenda, Grand Bargain, etc.), il suscite des contestations au-delà des critiques traditionnelles dénonçant le manque d’efficacité, le contournement des principes humanitaires et la lenteur des réformes bureaucratiques. Tout d’abord, plusieurs acteurs ont révélé les effets de hiérarchisation et de reclassement qu’il induit (exclusion des acteurs qui sont éloignés des capitales où se déroule l’essentiel des efforts de coordination ou qui ne partagent pas la langue de travail, ni le jargon des organisations internationales). Ensuite, d’autres acteurs significatifs de l’humanitaire (comme la Turquie, l’Arabie Saoudite, des ONG islamiques ou l’Organisation de la coopération islamique [OCI]) établissent l’essentiel de leur politique humanitaire en dehors de la gouvernance onusienne.

Financements humanitaires, 1999-2017

Source : Nations unies, Financial Tracking Service - OCHA, https://fts.unocha.org 

Commentaire : Depuis 2005, la réforme de la coordination humanitaire organise une gouvernance mondiale de l’humanitaire sous l’égide des Nations unies (renforcement du rôle des coordinateurs, centralisation du financement et clusters réunissant les acteurs sur le terrain). Les diagrammes montrent la diversité des fonds engagés, leur augmentation (multipliés par trois pour les agences onusiennes, par deux pour les ONG et pour la Croix-Rouge) et les poids relatifs des acteurs (l’ONU représente le triple du total des ONG) ou encore les inégalités entre agences onusiennes (le Programme alimentaire mondial, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou l’Unicef bénéficient d’une large part des fonds).

Citation

« La réforme onusienne de la coordination humanitaire de 2005 » Espace mondial l'Atlas, 2018, [en ligne], consulté le 15 mars 2021, URL:
https://espace-mondial-atlas.sciencespo.fr/fr/rubrique-tentatives-de-regulations/focus-6F09-la-reforme-onusienne-de-la-coordination-humanitaire-de-2005.html

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