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Acteur
Acteur non étatique, Acteurs non étatiques, Acteurs
Individu, groupe, organisation dont les actions affectent la distribution des valeurs et ressources à l’échelle planétaire. L’État a longtemps été considéré comme l’acteur principal sur la scène internationale, mais les acteurs non étatiques se sont multipliés et diversifiés (firmes, organisations non gouvernementales, groupes d’intérêt, mafias, acteurs religieux, etc.) au cours des décennies récentes. La mondialisation contemporaine se traduit par la complexification des rapports entre ces acteurs.
Acteur transnational
Acteurs transnationaux
L’acteur transnational agit dans l’espace mondial, seul ou en réseau, en dépassant le cadre étatique national. Il échappe en partie au contrôle ou à l’action médiatrice des États.
Action humanitaire
Aide humanitaire, Urgence humanitaire
L’action humanitaire répond à l’impératif d’alléger la souffrance humaine et de protéger et sauver des vies dans des situations d’urgence (conflits armés, catastrophes naturelles par exemple). Elle obéit conventionnellement à des impératifs d’impartialité et de non-discrimination de ses bénéficiaires, tandis que l’accès des travailleurs humanitaires et leur protection sur les théâtres de conflits prennent appui sur le droit international humanitaire, notamment sur les Conventions de Genève (1949) et leurs protocoles additionnels. Historiquement liée au mouvement international de la Croix-Rouge (CICR, sociétés nationales et fédération des sociétés nationales), l’action humanitaire est également investie par un nombre croissant d’ONG locales, nationales, internationales, d’États et d’organisations internationales (Union européenne, ONU, Organisation de la coopération islamique par exemple).
Adaptation
Les politiques d’adaptation œuvrent à mettre en place des mesures favorisant l’adaptation des sociétés aux nouvelles conditions climatiques et aux effets néfastes des changements (variabilité climatique, catastrophes naturelles, élévation du niveau de la mer, etc.). L’adaptation des sociétés aux changements climatiques est privilégiée depuis 2009 par un régime climatique international qui était jusqu’alors dominé par le principe d’atténuation. Elle a pourtant été la première solution mobilisée dès les années 1970 pour justifier des politiques économiques environnementales préservant l’utilisation des énergies fossiles. Aujourd’hui, les États mettent en œuvre des plans nationaux d’adaptation aux changements climatiques afin d’en limiter les effets.
Agenda 2030
L’Agenda 2030 pour le développement durable est un plan d’action adopté dans le cadre de l’ONU en septembre 2015 ayant pour but d’éradiquer la pauvreté et de protéger la planète à l’horizon 2030. Il comprend 17 objectifs de développement durable (ODD) communs à tous les États et visant cinq domaines : peuples, planète, prospérité, paix et partenariats. Sur base volontaire, chaque État rend compte annuellement des progrès accomplis. L’agenda 2030 a succédé aux huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) (2005-2015).
Agriculture intensive
Agriculture industrielle
Agriculture caractérisée par un usage massif d’intrants de synthèse (produits phytosanitaires tels qu’engrais chimiques, pesticides, herbicides, fongicides, etc.), par une mécanisation poussée (labour, traitements, récoltes, soins aux animaux), par une sélection variétale et désormais aussi par une ingénierie génétique (OGM). Elle permet ainsi d’augmenter les rendements agricoles à court et moyen termes, au prix d’une atteinte à la biodiversité, à l’environnement et à la santé (pollution des sols, des nappes phréatiques et des cours d’eau souterrains, érosion, désertification). Parmi les alternatives figurent l’agriculture raisonnée, l’agriculture biologique, l’agroécologie et la permaculture.
Agriculture vivrière
Agricultures vivrières, Agriculture paysanne, Agriculture familiale, Agriculture d’autoconsommation
Dominante en nombre d’exploitations et de travailleurs, en surface cultivée et capacité à nourrir, elle comporte toutes sortes de pratiques de cultures ou d’élevage dont la production est destinée à ceux qui produisent (et les surplus au marché local) et joue un rôle important dans la sécurité alimentaire, la gestion des ressources naturelles et la préservation de l’environnement. Dévalorisée (un passé dépassé) ou survalorisée (retour à la terre, agroécologie) et occultée par le modèle dominant d’agro-industrie, elle a souffert du manque d’intérêt des États (besoins d’accès à la terre, l’eau, la technologie, le crédit, la formation). La persistance de la malnutrition, le retour des famines et les critiques contre l’alimentation industrielle incitent aujourd’hui ONG et OI à la placer au cœur des politiques agricoles, sociales et environnementales.
Agrocarburant
Agrocarburants
Carburant liquide issu de plantes cultivées. Les agrocarburants de la première génération sont obtenus à partir d’huiles ou de fermentation alcoolique d’oléagineux (huile de palme, colza), de céréales (maïs, blé) ou de la canne à sucre. La deuxième génération utilise l’ensemble de la plante ou de la biomasse cellulosique (bois, herbe ou autres plantes, comme le jatropha, le miscanthus qui ne rentrent pas dans l’alimentation). Ils ont été critiqués comme concurrents de la production alimentaire (flambée des prix des céréales en 2008 par exemple, dont les conséquences ont été dramatiques pour les populations pour lesquelles elles constituent l’aliment de base).
Agroécologie
Agriculture biologique, Agriculture écologique
En tant que pratique agricole, l’agroécologie intègre l’agriculture biologique dans une gestion écologique plus vaste de l’espace cultivé (compostage, complémentarité entre espèces, haies et futaies, cultures sur buttes, etc.) afin d’améliorer la biodiversité et l’usage de l’eau, de favoriser le reboisement et de lutter contre l’érosion. En tant qu’approche scientifique transdisciplinaire (agronomie, écologie, économie, sociologie), l’agroécologie s’appuie sur les échanges entre agriculteurs, scientifiques, militants sociaux et environnementaux et décideurs politiques. Les débats sur l’agroécologie croisent les thèmes de la transition énergétique, de l’agriculture paysanne, des revendications en matière de souveraineté alimentaire, de l’économie circulaire et des circuits courts retissant le lien entre producteurs et consommateurs (« consom-acteurs »). L’agriculture biologique est caractérisée par le refus d’utiliser des intrants chimiques (ou leur stricte limitation à des cas exceptionnels et temporaires) et des organismes génétiquement modifiés (OGM) et s’efforçe de réhabiliter des pratiques agricoles traditionnelles nécessitant une main-d’œuvre plus nombreuse que l’agriculture intensive (recyclage des matières organiques, rotation des cultures, élevage peu intensif, irrigation traditionnelle, cultures locales).
Aide publique au développement
APD, Aide, Aides, Aide au développement
Dons et prêts accordés par les pays développés (aide bilatérale) et les institutions internationales (aide multilatérale) aux pays en développement et moins avancés : aide alimentaire, assistance technique, assistance militaire, remises de dette, etc. L’aide bilatérale (2/3 de l’aide mondiale) génère des liens de dépendance (obligation d’acheter biens et services aux entreprises du donateur). Mise en place durant la guerre froide et les décolonisations, elle a été utilisée pour créer ou maintenir des liens entre les États-Unis et l’URSS et leur bloc, les anciennes métropoles et leurs anciens empires. L’objectif de porter l’APD à 0,7 % du PIB des pays développés, fixé en 1970 par l’ONU, n’a, sauf exceptions, jamais été atteint. L’Union européenne est la première pourvoyeuse mondiale d’aide. L’aide multilatérale est conditionnée au respect de critères de « bonne gouvernance », économiques et politiques.
Ajustement structurel
Algorithme
Algorithmes
Alliance
Alliances
L’alliance est un engagement entre deux États ou plus cherchant à assurer leur coopération dans les domaines de la sécurité internationale et de la défense afin de créer une menace dissuasive face à un État tiers, d’accroître la puissance de ses membres dans la perspective d’une guerre ou d’empêcher les pays alliés de former d’autres alliances. Les alliances peuvent être institutionnalisées ou plus informelles, permanentes (OTAN) ou temporaires (coalitions dans les guerres du Moyen-Orient). Facteurs d’apaisement quand l’effet dissuasif joue, elles sont aussi créatrices d’instabilité quand la rigidité des alignements peut mener à l’escalade militaire, comme en 1914.
Altermondialiste
Antimondialiste, Altermondialistes
Partisan d’une mondialisation plus équitable et plus humaine ne prenant pas seulement en compte les intérêts économiques des firmes et États les plus puissants. Dans leur majorité, les altermondialistes ne s’opposent pas à la dynamique de mondialisation en elle-même, mais à sa version libérale marchande actuelle et mobilisent les opinions publiques sur les nécessités du développement durable, du commerce équitable, de l’allégement de la dette des pays les plus pauvres. La nébuleuse altermondialiste agrège des mouvements locaux, nationaux et transnationaux, et utilise abondamment internet pour ses mobilisations. Les rassemblements réguliers du Forum social mondial, espace d’échange d’expériences, de débat d’idées et de formulation de propositions en sont un exemple parmi d’autres.
Altérité
L’altérité tient au caractère de ce qui est « autre », extérieur à la référence que constituent les propriétés d’un individu ou d’un environnement socio-politique ou culturel donné. Elle est ici employée dans un sens principalement culturel et politique.
Androcentrisme
Androcentrique
Appréhension du monde, consciente ou non, centrée sur l’existence et le point de vue des êtres humains de sexe masculin. Élaborée par Charlotte Perkins Gilman dans The Man-Made World : Our Androcentric Culture (1911), la notion a depuis été utilisée par les sociologues et les anthropologues (par exemple sur les sociétés patrilinéaires) ainsi que par les mouvements féministes.
Anthrome
Anthropocène
Étymologiquement, « l’ère de l’humain ». De nombreux scientifiques affirment l’avènement d’une nouvelle ère géologique remplaçant l’Holocène (ère qui couvre environ les 11 500 dernières années), qui se caractérise par les effets significatifs (et pour certains irréversibles) des activités humaines sur les écosystèmes naturels et la géologie terrestre. La date de début de cette ère est encore débattue, variant de la révolution industrielle (au début des années 1800) à l’ère atomique (à partir des années 1950).
Atténuation
Les politiques d’atténuation cherchent à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement planétaire global. Privilégiés dans le régime climatique international de 1992 à 2009, les objectifs d’atténuation reposaient sur le principe de responsabilités communes mais différenciées : tous les pays doivent participer à la lutte contre les changements climatiques mais en fonction de leurs contributions historiques et de leurs capacités respectives. Cette différenciation est de plus en plus contestée par les pays industriels en raison de l’essor croissant des économies émergentes comme la Chine.
Autochtone
Peuple autochtone, Communauté autochtone, Autochtones
Bien qu’il n’y ait pas de définition universellement acceptée pour qualifier les peuples autochtones, ou peuples premiers, l’ONU affirme que « les peuples autochtones sont les héritiers et praticiens de cultures et de manières uniques de se lier aux personnes et à l’environnement. Ils ont conservé des caractéristiques sociales, culturelles, économiques et politiques distinctes de celles des sociétés dominantes dans lesquelles ils vivent ». La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée en 2007. Selon l’ONU, les peuples autochtones représentent 370 millions d’individus, formant plus de 5 000 groupes différents, présents dans environ 90 pays sur cinq continents et qui parlent plus de 4 000 langues, dont la plupart sont en voie d’extinction.
Biens communs
Biens communs de l’humanité
Biens considérés comme la propriété commune de l’humanité et dont chacun est responsable pour la survie de tous. Cette notion s’inscrit dans une double tradition philosophique : la conception antique de la communauté, reprise par l’Église catholique, et la conception libérale et utilitaire de la responsabilité individuelle. Elle permet de définir l’intérêt général au sein des sociétés comme la protection des biens communs. À l’échelle mondiale (global commons), la notion invite à la gestion indivisible d’un patrimoine commun de l’humanité, matériel (santé, environnement) et immatériel (paix, droits de l’homme, valeurs transculturelles). Certains biens sont ainsi placés hors de la juridiction des États (haute mer, espace atmosphérique) ou mis hors de cette juridiction (Antarctique).
Biens immatériels
Biens intangibles
Utilisée dans les champs de l’économie, du droit commercial, de la sociologie, la notion de biens immatériels ou intangibles (services, savoirs, compétences, éducation) s’oppose aux biens matériels ou tangibles (matières premières, produits manufacturés et agricoles). On assiste depuis les années 1980 à une marchandisation des biens immatériels, qui ne cesse de croître avec le développement des technologies de l’information. L’Unesco a élargi en 2003 la notion de patrimoine culturel (monuments et objets) à celle de patrimoine immatériel (connaissances et savoir-faire) à protéger de la disparition ou de la marchandisation car participant de la cohésion sociale, de la responsabilité des individus et de la diversité culturelle.
Biens publics mondiaux
Bien public, Bien public mondial
Biens matériels et symboliques dont chacun est dépositaire pour la survie de tous et dont les fonctions sont menacées par le partage souverain (couche d’ozone, diversité biologique, patrimoine culturel de l’humanité, diversité culturelle, connaissances scientifiques, sécurité sanitaire, alimentaire, financière, etc.). Cette notion a été formulée dans le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de 1999 et largement reprise depuis par de nombreux organismes internationaux. On parlera de « biens de club » quand ces biens sont limités à la gestion et à la consommation d’un nombre réduit de participants.
Big data
Ensemble sans cesse alimenté de données numériques, très variées, dont la quantité est tellement considérable que les outils actuellement disponibles ne permettent que partiellement de les traiter. Elles représentent des enjeux scientifiques, commerciaux, de sécurité, de démocratie et de droits humains fondamentaux. Les données sont stockées dans des data centers disséminés sur la planète et traitées par des algorithmes ou suites d’instructions programmées pour résoudre un problème.
Biodiversité
Forgée durant les travaux préparatoires du Sommet de la Terre de Rio en 1992, cette notion, qui désigne au sens strict la diversité du monde vivant, souligne l’unité du vivant, et les interdépendances qui lient les trois composantes de la diversité biologique : gènes, espèces, éco-systèmes. Ce concept fait sortir le vivant du seul champ des sciences de la nature pour l’inscrire au cœur des débats internationaux. La biodiversité est aujourd’hui à la fois un patrimoine mondial à protéger et une source de revenus potentiels âprement disputés entre États, firmes multinationales et communautés locales.
Biome
Biotope
Bipolarité
Multipolarité, Apolarité, Unipolarité
Ces termes renvoient à la répartition de la puissance dans le système international. Selon le nombre de puissances qui dominent (une, deux ou plusieurs), la configuration est qualifiée respectivement d’unipolaire, de bipolaire ou de multipolaire. À des débats, qui animent surtout les courants réalistes en relations internationales, répond l’idée d’apolarité qui souligne la non-pertinence de la lecture de l’espace mondial en termes de pôles de puissance du fait des transformations de cette dernière.
Bloc
Blocs
Notion courante pour désigner l’ensemble des États rassemblés autour de l’un ou l’autre des deux pôles (États-Unis et URSS) pendant la guerre froide. Utilisée depuis pour parler des ensembles régionaux qualifiés de « blocs commerciaux ». Ce terme insiste sur les fermetures et affrontements sans rendre compte de la diversité interne aux ensembles ni de leur dynamisme.
Boom démographique
Boom
Expression imagée pour des changements démographiques brusques. Le « baby-boom » désigne la forte augmentation du taux de natalité en Europe du Nord et Amérique du Nord après la seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 1970. Le « papy- ou mamie-boom » est un effet démographique et économique qui correspond à la conjonction dans le temps de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses nées au cours du « baby-boom » et de la baisse de la natalité intervenue ensuite. Forçant le trait et non sans objectifs politiques, certains parlent aujourd’hui de « bombe démographique » à venir pour les régions du monde où, malgré la diminution de la natalité, l’importance des classes d’âge jeunes laisse augurer d’une forte croissance de la population (Afrique subsaharienne).
Brain drain
La dégradation des universités publiques dans les pays du Sud, conséquence de politiques publiques défaillantes, de l’arrivée de classes d’âge très nombreuses et de l’attractivité des universités du Nord, incite les étudiants du Sud à migrer pour leurs études. Ils peuvent ensuite s’insérer dans le marché du travail du pays où ils ont étudié ou ailleurs, dans un pays du Nord. Cette fuite des cerveaux (médecins, enseignants, chercheurs, ingénieurs, techniciens, etc.), longtemps considérée comme un préjudice et une fatalité pour les pays d’origine, est cependant à reconsidérer. On lui oppose aujourd’hui la notion de brain gain (gain de compétences), fondée sur l’idée que des individus bien formés contribuent à la circulation des savoirs par leurs retours, définitifs ou intermittents, au pays d’origine et que, de plus, ils envoient des remises importantes.
Brain gain
Capitalisme
Économie de marché
Système économique reposant sur la propriété privée des moyens de production et la liberté de marché (liberté d’entreprendre, libre-échange, libre concurrence, etc. ; les fondements du libéralisme). Dans ce système, les détenteurs du capital (distincts des employés qui forment la force de travail et qui, selon Marx, sont exploités) cherchent à maximiser leurs profits (accumulation du capital). Après avoir émergé avec la fin du féodalisme, il s’est imposé lors de la révolution industrielle. Aujourd’hui adopté dans tous les pays (sauf les pays communistes), ce système est multiforme, incluant toujours une intervention (plus ou moins grande) de l’État, comme régulateur (notamment dans le modèle rhénan ou d’économie sociale de marché des pays scandinaves) ou comme acteur et planificateur (Japon, Singapour, France, etc.).
Catastrophe naturelle
Catastrophes naturelles
Terme générique utilisé pour qualifier un événement météorologique, climatique ou géophysique ayant des conséquences sur les sociétés humaines (victimes, pertes économiques et dégâts matériels). La catastrophe dépend de l’événement déclencheur et du degré de vulnérabilité des sociétés. Le terme est utilisé pour décrire des phénomènes soudains (tremblement de terre, ouragan, tempête, etc.) et à évolution lente (sécheresse, désertification, acidification des océans, etc.). La qualification de catastrophe « naturelle » est souvent critiquée comme dissimulant les causes structurelles des crises et les responsabilités politiques engagées tant dans le déclenchement du désastre (mauvaise gestion des ressources, absence de politiques préventives, etc.) que dans les réponses apportées.
Changements climatiques
Changement climatique
L’ONU définit les changements climatiques comme « des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables » (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques [CCNUCC], 1992). L’expression est utilisée pour décrire le réchauffement global à la surface de la Terre dont l’ampleur et la rapidité sont sans précédent dans l’histoire de la planète, et qui est le résultat de l’augmentation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (principalement dioxyde de carbone ou CO2, mais aussi méthane, protoxyde d’azote, perfluorocarbones, hydrofluorocarbones et hexafluorure de soufre).
Choc des civilisations
Passée dans le vocabulaire courant, l’expression « choc des civilisations » a été popularisée par l’article publié en 1993 par Samuel Huntington, qui cherchait à identifier les nouvelles « lignes de fracture » mondiales à la suite de l’effondrement du bloc soviétique. La thèse de Huntington, fortement contestée en raison du caractère indéfini des « blocs civilisationnels » identifiés, était celle de l’émergence de blocs régionaux clivés autour de problématiques identitaires et d’une vision exclusivement culturaliste.
Circulation
Circulations
Hommes, marchandises, services, capitaux, informations, idées, valeurs et modèles sont objets de transferts et d’échanges de plus en plus importants. L’augmentation, la diversification et l’accélération des circulations caractérisent les processus actuels de mondialisation. Elles mettent en relation des espaces économiques et sociaux, par l’intermédiaire de réseaux qui, selon leur densité, leur fluidité, leur débit et leur hiérarchie peuvent profondément les différencier. De toutes les circulations, l’information au sens le plus large du terme est celle qui connaît la croissance la plus rapide, alors que celle des hommes est celle qui rencontre le plus d’obstacles.
Citoyen
Citoyenneté, Citoyens
Issue de l’Antiquité, la citoyenneté désigne la jouissance des droits civiques et politiques au sein des régimes démocratiques (droit de vote, droit d’éligibilité, exercice des libertés publiques). Accordant des droits et des obligations aux citoyens, elle fonde la légitimité de l’État sur le primat de la souveraineté populaire. La citoyenneté est une composante du lien social, les citoyens formant une communauté politique (théorie du contrat social) à laquelle ils doivent une allégeance prioritaire. Selon les périodes et les pays, elle est refusée à certaines catégories de population : femmes, esclaves, pauvres, analphabètes, militaires, étrangers, mineurs. Le traité de Maastricht (1992) a créé une citoyenneté européenne au sein de l’Union européenne.
Civilisation
Civilisationnel, Civilisations
Apparue au xviiie siècle, la notion de civilisation est à manier avec prudence car fortement instrumentalisée et généralement utilisée de façon discriminatoire par opposition à la non-civilisation. Dans son usage courant aujourd’hui, elle désigne une identité collective à très grande échelle, un système d’organisation sociale, économique et politique partagé par un nombre conséquent de sociétés et caractérisé par la production d’œuvres concrètes destinées à la maîtrise des conditions de vie (techniques de contrôle de la nature, écriture, arts, sciences, organisation de la société, etc.).
Club de Rome
Groupe international réunissant des économistes, des scientifiques et des industriels fondé au cours des années 1960 avec pour but de promouvoir la réflexion sur les dimensions économiques, politiques, sociales et naturelles du système global. En 1972, leur rapport Halte à la croissance ? (ou rapport Meadows) a suscité de nombreux débats sur les limites planétaires en matière de croissance démographique, de production alimentaire et d’utilisation des ressources.
Colonisation
Colonie, Colonies, Colonisations
Processus historique qui lie profondément l’Europe au reste du monde. À partir de la fin du xve siècle (grandes découvertes), un vaste mouvement de domination économique, politique et culturelle du monde commence au profit de l’Espagne, du Portugal puis de l’Angleterre, de la France et de la Hollande qui entrent en concurrence pour l’appropriation des richesses à partir de la fin du xvie siècle. Une deuxième vague de colonisation se déroule au xixe siècle, alors que les pays d’Amérique du Sud issus des deux premiers empires sont déjà tous indépendants. La révolution industrielle pousse à la recherche de marchés et la France et l’Angleterre s’affrontent pour le partage d’une partie de l’Asie et de l’Afrique. Les territoires colonisés ont des statuts variables (dominions, protectorats, administration directe).
Commerce électronique
Commerce en ligne, E-commerce
Forme de transactions commerciales développée à partir des années 1990 en parallèle à la croissance des abonnements à internet, qui comprend la publicité, la vente et la distribution de produits et services par l’intermédiaire des réseaux de communication. Largement dominé par des firmes mondiales en pleine croissance, le commerce électronique représente une ouverture mondiale de l’offre à toutes sortes de produits mais sa clientèle, elle aussi mondiale, est inégalement répartie, à l’image des accès à internet. La rapidité de sa diffusion contribue à redessiner la carte des établissements et des emplois du commerce de détail par la concurrence infligée aux magasins de proximité (désertion des centres-villes) et même des périphéries urbaines (crise des grandes surfaces).
Commodification
Commodité
Francisation du terme anglo-saxon commodity utilisé en économie pour désigner les biens normalisés disponibles en grande quantité sur le marché mondial (matières premières, produits agricoles et chimiques de base, composants électroniques, etc.). Par commodification, on désigne le processus de transformation en biens marchands d’une grande partie de l’activité sociale (biens, services, idées, etc.) comme par exemple les forêts, l’eau, les gènes, les services publics, ou la culture, situation devant laquelle les individus et ONG s’interrogent, s’inquiètent ou s’organisent.
Communautaire
Communautarisme, Communautaires
Notions apparues à la fin des années 1970 dans la science politique, qui désignent la construction de l’identité, de l’appartenance et de l’allégeance sur des bases ethniques, linguistiques, religieuses ou sociologiques, à côté, voire contre l’État et le contrat social qu’il est censé garantir. La mondialisation contemporaine modifie profondément le rôle des États et des individus d’une part, les rapports complexes entre universalisme et particularisme d’autre part, ouvrant ainsi des espaces à l’émergence de multiples formes de communautarisme.
Communauté
Communauté internationale, Communautés
Selon le sociologue allemand Ferdinand Tönnies (1855-1936), la communauté (Gemein-schaft) s’oppose à la société (Gesellschaft) et désigne toute forme d’organisation sociale dans laquelle les individus sont liés entre eux par une solidarité, naturelle ou spontanée, et animés par des objectifs communs. Selon l’usage courant, il s’agit de toute collectivité sociale à laquelle on prête une unité, quel que soit son mode d’intégration (communauté internationale, Communauté européenne ou andine ou encore croyants de telle ou telle religion). Le terme ambigu de communauté internationale désigne un ensemble vague d’acteurs politiques (États, organisations internationales, ONG, individus, etc.) fondé sur l’idée d’une humanité unie par des valeurs et des objectifs communs ou une allégeance à des institutions politiques centrales, ce qui est loin d’être le cas.
Conflictualité
Voir Guerre
Conseil de sécurité
Selon la Charte des Nations unies, le Conseil de sécurité détient la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il est composé de cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), qui peuvent chacun faire échouer un projet de résolution par un vote négatif (droit de veto), et de dix membres élus (six jusqu’en 1965) par l’Assemblée générale pour une période non immédiatement renouvelable de deux ans. Ses résolutions ont un caractère contraignant.
Consensus de Washington
Ajustement structurel
Appellation qui recouvre à partir de 1989 les recommandations aux États de l’économiste John Williamson et des institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) en vue de libéraliser leurs économies. Ces plans d’ajustement structurel (discipline et réforme fiscale, réorientation des dépenses publiques, libéralisation des échanges et privatisation des entreprises publiques) ont eu une grande influence en Amérique latine, en Afrique et dans les pays postcommunistes. Leurs résultats économiques ont été variables et leurs conséquences sociales dramatiques dans des États déjà dépourvus de politiques publiques redistributives.
Contrat social
Conçu en Occident aux xvie et xviie siècles, le contrat social désigne l’accord par lequel les êtres humains décident de quitter un état de nature supposé originel pour former une communauté politique. Le contractualisme marque une rupture avec la conception théologique du pouvoir et de sa légitimité en vigueur depuis le Haut Moyen Âge. C’est désormais le peuple – et non plus la volonté divine – qui devient la source du pouvoir civil, le pouvoir des gouvernants reposant sur le consentement des gouvernés (Grotius, Pufendorf, Locke, Rousseau, Hobbes). Au xviiie siècle, la thèse du contrat social nourrit les aspirations libérales et démocratiques à limiter le pouvoir au nom de la volonté générale. Au xxe siècle, elle inspire les réflexions de philosophes sur la justice (John Rawls) ou la démocratie délibérative.
Contrefaçon
La contrefaçon qualifie la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’un droit de propriété intellectuelle sans l’autorisation de son propriétaire (marque, modèle, brevet, droit d’auteur, logiciel, etc.) et en vue de tromper l’acheteur. Elle concerne tous les secteurs économiques et est aujourd’hui stimulée par le e-commerce. C’est une composante importante de la criminalité transnationale (500 milliards de dollars en 2016) dans laquelle les producteurs chinois tiennent une place dominante. Les populations des pays en développement sont particulièrement exposées aux dangers de la vente de médicaments contrefaits, surtout en Afrique.
Cour pénale internationale (CPI)
Cour pénale internationale
Adopté le 17 juillet 1998, le Statut de Rome crée la CPI, compétente pour juger les crimes de guerre, contre l’humanité, de génocide et, depuis 2010, d’agression commis après l’entrée en vigueur du Statut le 1er juillet 2002. Elle peut être saisie par le Conseil de sécurité, le procureur ou un État partie, et fonctionne selon le principe de complémentarité (elle ne remplace pas les systèmes judiciaires nationaux et n’intervient qu’en cas d’incapacité ou d’absence de volonté de ces derniers). Contournée (par les États-Unis notamment), critiquée (pour son inefficacité, ou du fait de l’importance numérique des affaires africaines), la CPI a fait face à des notifications de retrait. Au printemps 2018, seul le Burundi en est sorti (le retrait des Philippines prendra effet en mars 2019).
Couverture médicale
Couverture maladie, Couverture universelle, Couverture médicale universelle, Couverture de santé universelle
Coûts environnementaux
Les coûts environnementaux, ou externalités environnementales, correspondent aux coûts des conséquences environnementales de la production et extraction des ressources primaires (pollution, épuisement des sols, contribution aux changements climatiques, etc.). Parfois difficiles à calculer, les coûts de la détérioration de l’environnement ne sont pas inclus dans le calcul des ressources primaires et de leurs dérivés, qui sont donc sous-évalués. On observe une distribution inégale des coûts environnementaux de production des ressources primaires entre les pays du Sud, exportateurs, et les pays du Nord, importateurs.
Crime contre l’humanité
Crime considéré comme imprescriptible et visant l’assassinat, l’extermination, la déportation, la réduction en esclavage, les persécutions au nom de motifs politiques, religieux ou racistes et tout autre acte humain commis à l’encontre de populations civiles avant ou pendant un conflit armé. Issue de réflexions autour d’un droit international humanitaire en gestation à la fin du xixe siècle, la notion de crime contre l’humanité est utilisée pour la première fois à propos du génocide arménien perpétré par la Turquie en 1915, avant d’être juridiquement établie par le Tribunal militaire international de Nuremberg en 1945, destiné à juger les atrocités commises durant le régime nazi. La qualification de crime contre l’humanité n’a depuis cessé d’être étoffée par différents textes internationaux, dont le Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale en 1998.
Croissance
Augmentation soutenue et à long terme de la production de richesses économiques d’un pays, c’est-à-dire de son PIB. La croissance économique n’est pas synonyme de développement. Sa mesure à l’aide d’outils purement économiques et monétaires est de plus en plus insatisfaisante en raison de la déterritorialisation et de la transnationalisation des activités économiques, de l’absence de prise en compte de la création de richesses non monétisables (alphabétisation, savoir scientifique ou culturel…) et surtout de l’encouragement au productivisme qu’elle implique, malgré les destructions (écologiques notamment) potentielles qu’engendre une croissance pensée uniquement sous le prisme de l’économie et de la rentabilité financière.
Créolisation
Notion d’abord utilisée en linguistique et en anthropologie sociale et culturelle, puis en sciences sociales et en littérature, qui se situe à l’opposé de la thématique des identités exclusives. Née aux Antilles pour décrire une société composite, elle a été largement développée par Édouard Glissant qui l’étend à l’ensemble du monde. Proche des situations de métissage, d’hybridation ou de melting pot, elle montre que la mise en relation de peuples différents permet l’invention d’une nouvelle langue, d’une nouvelle société, différente de la somme des sociétés d’origine, et des manières de vivre déliées des généalogies et assignations identitaires territoriales.
Culture
Culturel, Culturelle, Culturels, Culturelles, Cultures
Ce qui distingue l’existence humaine de l’état de nature, c’est-à-dire les processus par lesquels l’homme utilise et développe ses capacités intellectuelles. Selon Clifford Geertz (1973), la culture est un système de significations communément partagées par les membres d’une collectivité sociale, qui en font usage dans leurs interactions. Les cultures ne sont donc pas figées, elles se transforment au gré des pratiques sociales et sont à la fois porteuses de logiques d’inclusion et d’exclusion. Le culturalisme est une conception qui considère que les croyances supposées collectives et les appartenances à telle ou telle culture prédéterminent les comportements sociaux.
Diaspora
Diasporas
Ensemble de communautés dispersées, souvent sur de très grandes distances, qui restent liées par des échanges économiques, financiers et culturels et se réfèrent à un territoire et une culture d’origine. L’accélération des processus de mondialisation et l’augmentation du nombre des migrants ont stimulé les diasporas anciennes (juive, grecque, arménienne, chinoise, indienne) et en ont créé de nouvelles (pays du Sud). La capacité à préserver les références culturelles d’origine au-delà des générations et indépendamment de la distance est fonction de la densité des réseaux transnationaux qu’elles construisent. Par extension le terme est utilisé par les gouvernements du Sud pour désigner leurs travailleurs migrants au Nord, dont les remises contribuent au PIB.
Dimorphisme
Existence de deux formes distinctes pour une même espèce humaine, animale ou végétale. Les travaux d’anthropologie féministe entrepris depuis les années 2000 soulignent combien le dimorphisme primordial entre les hommes et les femmes a pu être accentué par des pratiques sociales distinctes entre les deux sexes (rationnement alimentaire, sélection matrimoniale, coutumes vestimentaires, division du travail, etc.).
Diplomatie préventive
Théorisée au cours des années 1950 par le secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld, elle cherche à éviter que des différends ne surgissent ou qu’ils se transforment en conflit ouvert. Elle a connu un regain d’intérêt durant les années 1990, sous l’impulsion du secrétaire général des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, confronté à l’évolution des conflits internationaux. De nombreuses organisations multilatérales tentent de mettre en place des mécanismes de prévention des conflits qui nécessitent l’acceptation de médiateurs par les protagonistes, l’instauration d’un climat de confiance, y compris par la pression ou la dissuasion, une connaissance des enjeux locaux et la création de dispositifs d’early warning systems afin d’empêcher toute escalade. Ces instruments s’avèrent néanmoins peu adaptés aux conflits d’aujourd’hui.
Discrimination
Inégalités durables entre des individus ou des groupes dans l’accès à des biens et/ou la mise en œuvre de leurs droits. La discrimination peut être non intentionnelle lorsque l’autorité politique, l’État ou la société ne se préoccupent pas suffisamment de certaines populations (exemple : les personnes âgées), ou repose sur une intention de discriminer en fonction de critères tels que l’origine, le sexe, l’âge, le handicap, l’apparence physique, la langue, les opinions (politiques, syndicales, religieuses, etc.), la situation de précarité ou les mœurs (exemples : apartheid, ségrégation raciale, homophobie, etc.). La lutte contre les discriminations fait désormais l’objet de politiques de protection et de compensation (accès réservé aux logements, à l’emploi, aux études, etc.) et/ou de sanctions des comportements discriminatoires.
Division internationale du travail
Division technique, sociale et spatiale du travail à l’échelle mondiale à l’intérieur des filières de production des entreprises. Elle s’appuie sur la révolution des transports maritimes et aériens et le développement des technologies de l’information. Dans les coûts de production des entreprises, le transport par navires géants et containers a baissé, celui de la main-d’œuvre reste élevé et celui de la recherche et développement (R&D) augmente. Le travail non qualifié est réalisé dans les pays à coûts de main-d’œuvre les plus bas, les produits semi-finis déplacés pour le montage vers des régions à main-d’œuvre plus qualifiée, la R&D et les études de marché vers des régions de haute qualification. Certains pays démontrent une grande capacité à remonter les filières (Corée du Sud, Taïwan et, partiellement, la Chine).
Données personnelles
Toute information relative à une personne physique identifiée ou identifiable, directement ou indirectement : état civil et photographie, adresse postale, téléphone, adresse IP d’ordinateur, dossier médical, données biométriques, déplacements, origine, opinions, etc. Les modes de collecte (depuis des questionnaires jusqu’aux traces laissées par les navigations sur internet ou les réseaux sociaux) et les types d’exploitation (à des fins commerciales, publicitaires, d’influence, de contrôle social étatique, etc.) sont obscurs pour les individus et constituent la base du modèle économique des firmes multinationales du web et des télécommunications. Enjeu de gouvernance mondiale, de démocratie et de liberté individuelle, ces données sont protégées par divers instruments juridiques étatiques ou régionaux qui ont montré leurs insuffisances et tendent à se renforcer (obligation de déclaration, durée de conservation, consentement, sécurisation, capacité à contrôler et sanctionner).
Droit d’ingérence humanitaire
Apparu avec la création de Médecins sans frontières et l’essor du « sans-frontiérisme humanitaire » lors de la guerre du Biafra (1967-1970). Les ONG humanitaires revendiquent un droit d’ingérence et de témoignage lorsque les droits de l’homme leur paraissent violés, remettant en cause le droit humanitaire traditionnel qui respectait les principes de souveraineté, de neutralité et de non-ingérence. Depuis la résolution 43/131 (en 1988) de l’Assemblée générale des Nations unies autorisant l’accès aux victimes pour les ONG agissant dans un but humanitaire, le Conseil de sécurité n’a cessé d’élargir les acteurs impliqués dans l’ingérence humanitaire, passant des ONG aux États et à l’ONU. Cette norme émergente n’est pas dépourvue d’ambiguïtés, notamment dans la conciliation de missions humanitaires et militaires.
Droit international
Ensemble des règles juridiques régissant les relations entre États ou personnes privées dans un cadre international, le droit international comprend traditionnellement deux branches : le droit international public, relatif aux règles entre États et/ou organisations internationales, que ces règles soient explicitées dans des accords ou traités internationaux ou demeurent non écrites (droit coutumier) ; et le droit international privé, qui désigne les règles applicables aux relations entre personnes privées de nationalité différente et sert notamment à trancher les litiges en matière de conflits de juridiction. Cette distinction tend toutefois à s’estomper avec l’essor de droits plus transversaux, par exemple dans le domaine de l’environnement.
Droit international humanitaire
Il cherche à atténuer les souffrances des victimes de conflits armés, à protéger les populations civiles, et impose des obligations aux États les uns envers les autres et à l’égard de leur population. Aussi nommé « droit de la guerre » ou « droit des conflits armés », il a évolué avec leurs transformations. Codifié par le Comité international de la Croix-Rouge (créé en 1863) et la première convention en 1864, il repose sur les principes de neutralité, d’interdiction d’armes préjudiciables et d’immunité aux non-combattants. Les Conventions de Genève de 1949 (blessés et malades dans les forces armées, prisonniers de guerre et protection des civils en temps de guerre) ont été complétées par des Protocoles additionnels en 1977 et en 2005. La Cour pénale internationale (CPI) juge les crimes de guerre, de génocide et les crimes contre l’humanité.
Droits de l’homme
Droits humains
Corps de droits et devoirs fondamentaux inaliénables, imprescriptibles et universels, attachés à la personne humaine. Circonscrits aux seuls « droits naturels » (libertés fondamentales considérées comme consubstantielles à la nature humaine) aux xviie et xviiie siècles, les droits humains sont élargis pour inclure les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux aux fondements de la liberté et de la dignité humaines. Les droits humains ont été constitutionnalisés dans la plupart des régimes démocratiques. Ils font également l’objet de nombreux textes de protection à l’échelle régionale et internationale.
Décarboner
La décarbonisation ou le post-carbone est une expression utilisée pour décrire la réduction des émissions de dioxyde de carbone à zéro. Employée par les ONG environnementales dans leur plaidoyer de lutte contre les changements climatiques, elle renvoie plus largement à un projet de société sans utilisation d’énergies fossiles.
Décolonisation
Décolonisé, Décolonisés
Les empires issus des deux grandes vagues de colonisation sont remis en question par les colonisés dès l’entre-deux-guerres pour s’effondrer après la seconde guerre mondiale. Le Royaume-Uni s’appuie sur le Commonwealth pour sortir du colonialisme avec une relative souplesse, alors que la France perd deux guerres en Indochine et en Algérie. En 1955, la conférence de Bandung réunit les représentants de vingt-neuf pays qui marquent leur soutien aux luttes d’indépendance. L’Espagne et le Portugal sont les derniers États européens à s’accrocher à leurs empires, lesquels s’effondrent en 1975. Si les empires coloniaux ont tous disparu, ils ont laissé des traces dans des territoires qui revendiquent leur indépendance. Depuis un demi-siècle se maintient un processus de colonisation israélien en Palestine.
Déforestation
La déforestation résulte de l’exploitation des ressources en bois (planches, papier, fibres, production de charbon de bois, etc.) et des coupes d’arbres en vue d’utiliser le sol pour d’autres activités. Elle est souvent pratiquée pour remplacer la forêt par différentes formes d’exploitation agricole (monocultures, productions fourragères, etc.) ou le développement d’infrastructures. Jusqu’au milieu du xxe siècle, elle concernait principalement les forêts tempérées, puis s’est étendue aux forêts tropicales. Depuis les années 1990, les acteurs du secteur privé ont remplacé les États en tant que principaux responsables de la déforestation. En 5 000 ans, 1,8 milliard d’hectares de forêts ont disparu.
Délinéarisation
Face à l’érosion des audiences et des recettes publicitaires qui leur sont liées, les chaînes de télévision encouragent le replay, un mode de consommation des programmes délinéarisé (par opposition à la consommation en direct), effectué à la demande, par internet et qui garantit aux chaînes de nouveaux revenus.
Démocratie
Démocratique, Démocraties
Régime politique fondé sur la souveraineté populaire, où la légitimité du pouvoir découle de son acceptation par le peuple. Inspirée du modèle mis en place dans la Grèce antique et du libéralisme promouvant les libertés individuelles, la démocratie est aujourd’hui avant tout représentative et fondée sur un principe d’égalité des citoyens (élections au suffrage universel). Elle est indissociable du respect des droits humains fondamentaux, dont les libertés d’expression, d’association, d’informer, etc. Alors qu’elle s’est progressivement universalisée et tend à devenir la norme, elle ne renvoie pas à un modèle unique car elle dépend toujours du contexte social et culturel de sa mise en place, variable d’un endroit à l’autre et selon les époques.
Déplacés
Personnes déplacées, IDPs, Déplacement, Déplacements
Selon l’Organisation internationale pour les migrations, le terme désigne les personnes ou groupes qui ont été forcés ou contraints à fuir ou quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement reconnues d’un État. En anglais IDPs (internally displaced persons).
Dérégulation
Processus consistant à assouplir, voire à supprimer, l’encadrement légal et les normes en vigueur, en particulier dans les domaines économique et financier. Cette tendance de fond, à l’œuvre partout dans le monde depuis les années 1970, repose sur un fondement idéologique. Elle est défendue par les tenants du libéralisme économique, pour qui la régulation des activités économiques et financières par les gouvernements est indésirable car elle constitue un obstacle au bon fonctionnement des marchés.
Désarmement
Thème présent sur l’agenda international depuis le xixe siècle (Conférences de La Haye en 1899 et 1907), le désarmement est un processus qui a pour objectif la réduction ou la suppression des armements et des forces armées d’un État. Il se différencie de la limitation ou de la maîtrise des armements, qui consiste à limiter leur quantité, leur nature et leur usage. Le désarmement peut concerner certaines catégories d’armes (conventionnelles, légères, chimiques, bactériologiques, nucléaires, mines antipersonnel, bombes à sous-munitions, etc.) et s’appliquer à certaines régions (définition de zones dénucléarisées, traités bi- ou multilatéraux).
Développement
Les définitions du développement et de son contraire – le sous-développement – ont beaucoup varié selon les objectifs politiques et les postures idéologiques de ceux qui les énonçaient. Au cours des années 1970, Walt Whitman Rostow le conçoit comme une dynamique quasi mécanique d’étapes successives de croissance économique et d’améliorations sociales, alors que Samir Amin analyse les rapports centre/périphéries, le premier fondant son développement sur l’exploitation des secondes. En Amérique latine, la théorie de la dépendance dénonçait l’ethnocentrisme du modèle universel d’un simple retard à rattraper par la modernisation. Parler de « pays » pauvres ou en développement occulte les inégalités existant aussi à l’intérieur des sociétés (du Nord comme du Sud) et les connexions des individus aux processus de mondialisation.
Développement durable
Le développement durable est une forme de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à satisfaire leurs propres besoins. Notion définie dans le rapport Brundtland (ONU), Notre avenir à tous, elle marque la reconnaissance de la compatibilité entre économie de marché et protection de l’environnement et est, à ce titre, critiquée par certains. S’appuyant sur trois piliers (économique, social et environnemental), le développement durable aspire à atteindre simultanément la croissance économique, une plus grande équité sociale pour limiter les inégalités mondiales et le respect des équilibres écologiques.
Développement humain
Notion apparue au cours des années 1990, qui replace les individus au cœur des processus de développement et analyse la capacité d’une société à créer un environnement dans lequel chacun peut développer tout son potentiel et mener une vie productive et créative conforme à ses besoins et intérêts. Pour le mesurer et comparer les situations et les évolutions, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a élaboré l’indice de développement humain (IDH).
Empire
Empires
Système politique reposant sur la diffusion d’une structure politique à prétention universaliste, l’empire est dirigé par une puissance centrale qui assujettit les populations situées à sa périphérie, à la suite de conquêtes militaires. Il est fréquemment composé de plusieurs entités nationales, ethniques ou religieuses (exemples : empires romain, byzantin, ottoman, napoléonien, russe, austro-hongrois, etc.). Les empires perdurent généralement grâce à une exploitation économique, en particulier dans le cas des empires coloniaux. Les empires se distinguent des États en ce qu’ils sont délimités par des marches floues plutôt que par des frontières encadrant nettement un territoire sur lequel l’autorité politique s’exerce de manière exclusive (marges/limes).
Empire colonial
Empreinte écologique
Pression qu’exercent les sociétés humaines sur les écosystèmes. Cet indicateur sert à mesurer l’impact des activités en évaluant la surface totale biologiquement productive nécessaire à chaque type de mode de vie pour produire les ressources consommées et absorber les déchets produits. Les valeurs (en hectares globaux par habitant) obtenues diffèrent largement selon les sociétés, plus ou moins prédatrices (entre 5 et 10 ha pour l’Amérique du Nord et quelques pays européens, à des chiffres inférieurs à 1 pour l’Inde, l’Indonésie et une partie de l’Afrique). Cette expression est aussi utilisée plus largement pour rendre compte des effets de l’action d’un individu ou d’une institution (firme privée, organisations internationales, projets spécifiques, etc.) en termes de dégradation environnementale.
Entrepreneur politique
Entrepreneur identitaire, Entrepreneur religieux, Entrepreneurs identitaires, Entrepreneurs politiques, Entrepreneurs
Au sens de Max Weber, l’entrepreneur gère un groupe organisé disposant d’une direction administrative et poursuivant un but précis. L’entrepreneur identitaire ou religieux désigne ainsi tout agent mobilisant des symboles identitaires ou religieux au bénéfice de son capital politique, social, voire économique.
Environnement
Environnemental, Environnementale, Environnementales, Environnementaux
L’environnement est entendu largement comme la biosphère dans laquelle les espèces vivantes cohabitent, tandis que l’écologie étudie les rapports entre ces organismes et leur environnement. L’environnement comprend des milieux naturels très différents allant des forêts vierges laissées intactes aux milieux artificialisés exploités et aménagés par l’être humain. Dans une définition restrictive, on entend par questions environnementales les enjeux se rapportant aux ressources naturelles (gestion, exploitation et dégradation) et à la biodiversité biologique (faune et flore). En tant que problème public transversal, l’environnement concerne les enjeux d’organisation des sociétés (modèles de production, transports, infrastructures, etc.) et leurs effets sur la santé humaine et des écosystèmes.
Environnementalisme des pauvres
Mis en évidence dans les travaux de l’économiste Joan Martinez Alier, l’environnementalisme des pauvres comprend l’ensemble des manœuvres de défense de l’environnement conduites, en milieu rural ou urbain, par des populations en situation précaire. Les pauvres, c’est-à-dire les personnes les plus défavorisées qui constituent une majorité dans les pays du Sud et une minorité marginalisée dans les pays du Nord, participent ainsi à la protection des écosystèmes en tentant de préserver leur moyen de subsistance.
Esclavage
Esclave
Du début du xviie siècle à la fin du xixe siècle, l’esclavage constitue la base du développement économique et de l’organisation des sociétés du Nouveau Monde (États du Sud des États-Unis, Antilles, Brésil…). La main-d’œuvre africaine, domestique et agricole, importée et échangée comme marchandise, permet le développement des plantations de sucre, tabac, coton et l’exploitation des métaux précieux. Aujourd’hui, l’Organisation internationale du travail (OIT) définit l’esclavage moderne par la somme des victimes du travail forcé public ou privé (domestique, construction, agriculture), de l’exploitation sexuelle et du mariage forcé.
Espace
Espaces
Terme aux sens et usages multiples, catégorie bien moins abordée par les philosophes que celle du temps et qui a longtemps constitué une difficulté théorique (non consensuelle) pour les géographes dont ce devrait être l’objet central. Contrairement aux représentations courantes d’une étendue naturelle que rempliraient les sociétés, l’espace est un produit social sans cesse reconstruit par les interactions sociales. Il constitue l’une des dimensions de la vie sociale, à la fois matérielle et culturelle. Parler d’espace social n’augure pas de sa forme, territoriale, réticulaire, ou les deux à la fois.
Espace public
Concept du philosophe Jürgen Habermas (1978) selon lequel le politique devient un thème de débat, de publicité et se trouve donc livré à l’opinion publique nationale, laquelle permet une considérable limitation à l’absolutisme. Transposé à l’échelle internationale, on constate le développement d’un tel espace par le fait que des acteurs autres que les États se saisissent de questions qui relevaient auparavant de la souveraineté nationale.
Ethnie
Ethnicité, Clan, Tribu, Ethnocentrisme, Ethnocentrée, Ethniques, Ethnicisation, Ethnies
L’ethnie est une catégorie descriptive apparue à la fin du xixe siècle, construite par les anthropologues et diffusée par les administrateurs coloniaux. Contrairement à la race, elle ne fait pas référence à des critères biologiques mais désigne un groupe d’individus ayant la même origine, la même tradition culturelle, et dont l’unité s’appuie sur la langue, l’histoire, le territoire, les croyances et la conscience d’appartenir au groupe ethnique. Prétendue naturelle, l’ethnie est pourtant un construit social, subi ou revendiqué, à la fois arbitraire et évolutif. Posée comme identité exclusive, elle devient un instrument de mobilisation politique d’autant plus puissant que l’État est en difficulté. L’ethnocentrisme consiste à ne lire le monde qu’à travers sa propre culture et à vouloir imposer cette interprétation.
Excédent naturel
Solde naturel, Solde migratoire
Données calculées par année par les États, collectées et ajustées par les organisations internationales et permettant de mesurer (et prévoir) la croissance démographique. Celle-ci est la somme du rapport entre les naissances et les décès (solde naturel, qui peut être excédentaire ou déficitaire) et du rapport entre entrées et sorties de migrants (solde migratoire qui peut également être excédentaire ou déficitaire). L’indice synthétique de fécondité rapporte le nombre annuel de naissances d’une génération à l’effectif de cette génération, ce qui indique le nombre moyen d’enfants par femme en âge de procréer. On estime qu’il faut atteindre un indice de 2,05 pour un renouvellement des générations.
Firme multinationale
FMN, Firme transnationale, Firmes transnationales, Firme globale, Firmes globales, Firmes multinationales
Entreprise ayant réalisé des investissements directs à l’étranger (IDE) lui permettant de posséder des implantations qu’elle contrôle entièrement ou partiellement (des filiales). Les premières datent de la fin du xixe siècle ; elles se sont généralisées au début du xxie siècle. La majorité des IDE se font entre pays industrialisés. Plus que multinationales, ces entreprises sont transnationales et ont tendance, pour les plus importantes, à se transformer en entreprises-réseaux globales.
Flexitarisme
Végétalisme, Véganisme
Le flexitarisme est une pratique alimentaire consistant à diminuer la consommation de viande et de poisson sans y renoncer totalement. Le terme évoque une application flexible du végétarisme, qui exclut de l’alimentation les produits issus de l’abattage des animaux (viande, poisson, crustacés, mollusques, gélatine). Le végétalisme exclut également les produits d’origine animale n’ayant pas provoqué la mort de celui-ci (œufs, lait, miel) tandis que le véganisme s’oppose à l’exploitation ou à la cruauté à l’égard des animaux pour l’alimentation, l’habillement (cuir, laine, fourrure), les produits d’hygiène (cire, colorants), les loisirs (corrida, cirque, zoo) et les tests faits sur les animaux.
Flux
L’augmentation des flux de biens matériels, immatériels, de capitaux et de personnes caractérise les processus de mondialisation en cours. Ces mobilités transfrontalières constituent un phénomène spatial dont les géographes et les cartographes, focalisés sur les territoires, ne se sont préoccupés qu’assez tardivement. Ces flux sont organisés en réseaux plus ou moins denses, non parce que les territoires et les lieux sont semblables et interchangeables mais parce qu’ils sont différents et interdépendants. Ils supposent des infrastructures (câbles sous-marins, oléoducs, gazoducs, routes terrestres, maritimes, fluviales, aériennes) et des activités logistiques (intermodalité des ports, aéroports de fret, entrepôts du e-commerce, hubs informationnels, etc.).
Fondamentalisme
Apparu aux États-Unis chez les évangélistes protestants au début du xxe siècle, il existe dans la plupart des religions. Cette modalité de la pratique religieuse est en grande partie une réaction à une modernité qui marginalise le religieux. Il est le fait d’un mélange d’éléments de tradition religieuse et de modernité technique, et se caractérise par l’ancrage dans une interprétation littérale des textes ou des principes fondamentaux d’une religion. Le messianisme désigne la mobilisation, sur une base religieuse, annonçant un avenir radieux pour les malheureux et les pauvres, qui s’oppose aux institutions en place. Il se développe sur le terreau des inégalités et des frustrations, qui permet de passer du registre religieux au registre politique.
Frontière
Frontières
Ligne au-delà de laquelle cesse la souveraineté étatique. Elle se distingue des marges floues ou limites des empires. N’ayant rien de naturel, ces constructions historiques lentes, plus ou moins endogènes, et plus ou moins objet de contestations et de violence, sont profondément modifiées par les processus de mondialisation contemporains. Les intégrations régionales les transforment, les atténuent, voire les suppriment et les repoussent ; les acteurs transnationaux les traversent ou les contournent en même temps qu’elles se sont fermées aux migrations et que de nouvelles frontières (sociales, culturelles) sont érigées.
Fédéralisme
Fédéral, Fédérale, Fédérales, Fédéré, Fédéraux
À l’échelle nationale, le fédéralisme est un mode de gouvernement accordant une forte autonomie aux communautés politiques fédérées en son sein. La répartition des compétences entre le niveau fédéral et le niveau fédéré de gouvernement, strictement définie dans les principes, reste souvent modulable dans la pratique (paradiplomatie des provinces québécoises, des Länder allemands, des cantons suisses ou des États du Brésil). À l’échelle internationale, le modèle fédéral est défendu au sein de l’Union européenne par les partisans d’une intégration politique plus forte et plus aboutie, par opposition aux défenseurs du modèle souverainiste, davantage intergouvernemental et interétatique.
G20 (dit commercial)
G20 dit commercial
Il s’agit d’une coalition créée lors de la conférence ministérielle de l’OMC à Cancún en 2003. L’appellation G20 renvoie aux 20 États qui ont signé la proposition sur l’agriculture alternative à celle des États-Unis et de l’Union européenne le 2 septembre 2003 (Afrique du Sud, Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Costa Rica, Cuba, Équateur, Guatemala, Inde, Mexique, Pakistan, Paraguay, Pérou, Philippines, Salvador, Thaïlande, Venezuela). Ce groupe, qui a pour leaders le Brésil et l’Inde, réunit des pays très variés en termes de trajectoires économiques et politiques mais également de stratégies diplomatiques et d’intérêts (y compris sur les questions agricoles).
G20 (dit financier)
G20, G20 dit financier
Club composé des membres du G8, de 11 autres États développés (Corée du Sud, Australie) ou émergents (Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Argentine, Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie) et de l’Union européenne. Il se réunit au niveau des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales depuis 1999, à la suite de nombreuses crises économiques. Devenu une rencontre au plus haut niveau (chefs d’État et de gouvernement) depuis 2008, il traite de questions financières, commerciales et de développement.
G7/G8
G7, G8
Suite aux rencontres informelles du Library Group (composé des représentants des États-Unis, de la France, de la RFA, du Japon et du Royaume-Uni), le président français Valéry Giscard d’Estaing réunit les chefs de gouvernement de six États en 1975 (l’Italie est ajoutée à la liste). Devenu G7 (Canada) en 1976, puis G8 (Russie) en 1997, il est aujourd’hui revenu à une configuration à sept depuis la suspension de la Russie (en raison de ses positions en Crimée). D’abord essentiellement économique et financier, l’agenda du G7-G8 s’est ensuite élargi pour traiter de questions de sécurité, politiques et sociales. Ce club de grandes puissances paraît peu légitime et peu représentatif et ses sommets donnent régulièrement lieu à des manifestations.
G77
Le G77 est une coalition de plus de 130 États. Il se présente comme un groupe de « pays en développement ». La solidarité du G77 se cristallise lors des négociations de la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement en 1964. Initialement mobilisé sur les thématiques du développement, le G77 est aujourd’hui également actif dans d’autres négociations, comme celles concernant le changement climatique par exemple.
Genre
Genres
Construction historique, sociale, culturelle et psychologique d’une bicatégorisation entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et les représentations qui leur sont associées (masculin/féminin). Issue des travaux féministes des années 1970, la notion de genre se déploie aux États-Unis au cours des années 1980, puis en Europe à partir des années 1990, avant de se rapprocher de la littérature sur les minorités sexuelles. Elle appréhende les relations entre les sexes comme un rapport de pouvoir (historiquement construit autour de l’infériorisation matérielle et symbolique des femmes par rapport aux hommes) qui ne peut être isolé des autres rapports de pouvoir que sont la classe sociale, la race, l’âge ou le handicap.
Gouvernance
Gouvernance globale
Inspirée de la gestion et de l’entreprenariat, l’expression gouvernance globale renvoie aux institutions formelles et informelles, mécanismes et processus par lesquels s’établissent et se structurent les relations entre États, citoyens, marchés et organisations internationales et non gouvernementales à l’international. Le système de gouvernance globale tend à articuler les intérêts collectifs, à établir des droits et obligations, à arbitrer les différends et à déterminer les modes de régulation appropriés aux objets et acteurs concernés. La gouvernance prend différentes formes : gouvernance multilatérale universelle, gouvernance de club (réservée à certains membres comme le G7/8/20), gouvernance polycentrique (juxtaposition d’instruments de régulation et de gestion à différentes échelles), etc.
Greenwashing
Le greenwashing, aussi appelé vernis vert en français, rend compte d’une action destinée à tromper les consommateurs et consommatrices à l’égard des pratiques environnementales d’une entreprise ou des bénéfices environnementaux d’un produit ou service. Il peut s’appuyer sur un langage évasif, des images suggestives et/ou des allégations non pertinentes. Plus largement, il s’agit de détourner l’attention en mettant en avant des actions mineures en faveur de l’environnement, dissimulant des dégradations plus graves et les causes profondes de la dégradation environnementale.
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)
GIEC
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est l’instance onusienne d’expertise scientifique en matière de changements climatiques. Créé en 1988 sous les auspices du Programme des Nations unies pour l’environnement et de l’Organisation météorologique mondiale, il a pour mandat de fournir « des évaluations scientifiques, coordonnées à l’échelle internationale, de l’ampleur, de la chronologie et des effets potentiels de l’évolution du climat sur l’environnement et les conditions socio-économiques et [de formuler] des stratégies réalistes pour agir sur ces effets ». Divisé en trois groupes de travail, il publie un rapport d’évaluation tous les 5-6 ans (le dernier date de 2013-2014) accompagné d’un résumé à l’attention des décideurs, approuvé par les États.
Guerre
Guerres, Conflit, Conflits
Affrontement violent entre groupes armés sur des valeurs, des statuts, des pouvoirs ou des ressources rares, et dans lequel le but de chacun est de neutraliser, d’affaiblir ou d’éliminer ses adversaires. Cette violence armée collective organisée peut être le fait d’États (via leurs armées nationales) ou de groupes non étatiques ; elle peut opposer plusieurs États (guerre interétatique) ou se dérouler à l’intérieur d’un État (guerre civile). Progressivement codifiées et encadrées par le droit, les premières sont devenues rares, tandis que les secondes, aujourd’hui essentiellement causées par la défaillance institutionnelle des États, tendent à s’internationaliser, à perdurer (parfois des décennies) et à être extrêmement meurtrières, surtout pour les populations civiles.
Guerre froide
Période d’affrontement idéologique, géopolitique, économique et culturel entre les États-Unis et l’URSS entre la fin des années 1940 et la fin des années 1980. Le débat reste vif entre historiens quant aux dates précises de son début (révolution bolchevique de 1917 ? 1944 ? 1947 ?) et de sa fin (chute du mur de Berlin en 1989 ou éclatement de l’URSS en 1991 ?). Les deux superpuissances ont constitué autour d’elles deux blocs aux degrés de cohésion variables. Cette bipolarisation du monde a en partie occulté les autres dynamiques politiques, économiques et sociales.
Génocide
Génocides
Crime visé par la convention internationale du 9 décembre 1948. Sa définition pointe des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, sous forme soit : a) de meurtre de membres du groupe ; b) d’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) de soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) de mesures cherchant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) de transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Géographie
Géographie politique, Géohistoire, Géographique
Géographie : science sociale qui a pour objet la connaissance de la production et de l’organisation de l’espace. Cet espace sert à la reproduction sociale ; il est différencié et organisé. Géographie politique : étude de la dimension spatiale de l’organisation politique, généralement au sein des États. Géohistoire : étude géographique des processus historiques (diachronique).
Géopolitique
Géostratégie
Étude des rivalités de pouvoir pour des territoires, généralement d’États, en concurrence pour l’espace et dont le mode d’action est l’usage, direct ou indirect, de la violence organisée. Traduction du terme allemand Geopolitik (1897), ses définitions et ses usages ont varié dans le temps. Friedrich Ratzel et Rudolf Kjellén considèrent les rapports entre la politique de l’État et les données « géographiques », Karl Haushofer traite des rapports entre le sol, le sang et la race et définit l’espace vital qui fonde la propagande nazie (d’où l’abandon postérieur du terme) et Halford John Mackinder parle des bases « géographiques » de la puissance militaire, opposant les foyers continentaux aux couronnes maritimes. Plus récemment, Yves Lacoste insiste sur l’importance des représentations, l’idée de nation étant pour lui la plus forte des représentations géopolitiques. La géostratégie est la géopolitique orientée vers l’action (militaire ou économique).
Hard power
Humanitaire
Humanitaires
Hybridation
Hybridations
Croisement entre deux variétés d’une même espèce, l’hybridation renvoie par extension à la formation de tout système politique, religieux, institutionnel, économique, culturel, etc., synthétisant différentes influences.
Hydro-hégémonie
L’hégémonie hydrologique qualifie la position dominante d’un acteur, principalement un État, sur des ressources en eau partagées. Les hégémons maintiennent l’asymétrie des relations entre États riverains grâce à des avantages relatifs dans trois domaines : position physique d’accès aux ressources (en amont et en aval), puissance (hard et soft power), et capacités matérielles à capter et conserver les ressources. C’est bien la combinaison des trois attributs qui permet l’hydro-hégémonie. Alors que la Thaïlande est un exemple d’hydro-hégémon situé en amont (bassin partagé avec le Vietnam), l’Inde (bassin partagé avec le Népal) et l’Afrique du Sud (bassin partagé avec le Lesotho) illustrent une hydro-hégémonie en aval.
Hétéronormativité
Hétéronormative
Structuration sociale genrée fondée sur la répartition des individus en deux – et seulement deux – catégories (ou bi-catégorisation) de sexe (homme ou femme), découlant d’une dualité sexuelle biologique (mâle ou femelle) et s’accompagnant d’une injonction à la reproduction hétérosexuelle. L’hétéronormativité suppose une concordance entre le sexe biologique, la sexualité, l’identité de genre et les rôles de genre, et peut être le ferment de l’hétérosexisme (discriminations à l’encontre des LGBT).
Identité
Identitaire, Identitaires, Identités, Identité nationale
Notion ambiguë, plurielle, subjective, souvent instrumentalisée ou manipulée. Aucune identité n’est prédestinée ni naturelle, mieux vaut donc parler de construction identitaire, ou de processus de construction de représentations élaborées par un individu ou un groupe. Ces représentations ne sont ni stables ni permanentes et définissent l’individu ou le groupe à la fois par lui-même, par rapport ou en opposition aux autres, et par les autres. Les individus et les groupes en usent selon leurs intérêts et les contraintes propres à la situation dans laquelle ils se trouvent ; il s’agit donc d’une construction dans l’interaction. Cette combinaison d’appartenances, d’allégeances et de reconnaissance interne et externe est un processus complexe, plus ou moins conscient et contradictoire, toujours dans la combinaison et la recomposition.
Immigration
Impérialisme
Impérial, Impériales, Impérialiste
Désignant initialement une stratégie ou une doctrine politique d’expansion coloniale, l’impérialisme instaure un rapport de domination politique, économique ou culturelle d’un État sur un ou plusieurs autres. De manière plus récente, il concerne également la domination économique, culturelle ou juridique d’un acteur international (éventuellement non étatique) sur un autre (rapports Nord-Sud, hégémonie culturelle, etc.). Cette notion est notamment utilisée par les analystes marxistes, pour lesquels l’impérialisme est lié au mode de production capitaliste.
Indice de Gini
Indice de développement humain
IDH
Concept inspiré de l’économiste indien et prix Nobel d’économie Amartya Sen. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publie en 1990 un Rapport annuel sur le développement humain qui utilise ce nouvel outil d’analyse du développement. L’IDH est un indicateur composite (1/3 PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, 1/3 espérance de vie à la naissance et 1/3 niveau d’instruction). Il varie de 0 (exécrable) à 1 (excellent) et indique le développement et le bien-être social de la population d’un pays. Depuis 1995, l’indicateur sexospécifique du développement humain (ISDH) intègre les inégalités hommes/femmes dans le calcul de l’IDH.
Indice de pauvreté humaine
IPH
Il se décompose en deux variantes. La première, l’IPH1, concerne les pays en développement et tient compte de cinq critères : probabilité de décéder avant 40 ans, analphabétisme, pourcentage de personnes privées d’accès aux services de santé, pourcentage de personnes privées d’accès à l’eau potable, pourcentage d’enfants de moins de 5 ans souffrant d’insuffisance pondérale. La seconde, l’IPH2, concerne les pays développés et se décompose en quatre critères : probabilité de décéder avant 60 ans, illettrisme, pourcentage de personnes en deçà du seuil de pauvreté, pourcentage de chômeurs de longue durée. L’indice de Gini, mis au point par le statisticien italien Corrado Gini, mesure l’inégalité d’une distribution dans une société donnée (par exemple de revenus) et varie de 0 (égalité complète) à 100 (inégalité extrême).
Indice synthétique de fécondité
Individu
Individus, Individuel, Individuels, Individualisme, Individuation, Individuelle
L’individu est un acteur social élémentaire dont la place va croissant dans les processus de mondialisation pour de multiples raisons, parmi lesquelles : la circulation accélérée des idées, des valeurs et des informations, la possibilité de construire des réseaux d’échange et de solidarité sans proximité physique, la création de réseaux d’experts internationaux, la lutte pour le respect des droits humains et les demandes de démocratie.
Industrialisation
Désindustrialisation
Développé à partir de la révolution industrielle en Europe occidentale puis aux États-Unis et dans leurs annexes coloniales, le processus d’industrialisation est en transformation constante (structures, productions et localisations). Les firmes se réorganisent à l’échelle du monde (division internationale du travail). Les IDE et les délocalisations sont à la base du couple désindustrialisation/industrialisation, avec d’un côté l’abandon des espaces industriels traditionnels (fermeture d’usines, suppression d’emplois, démantèlement des réseaux de sous-traitance), et de l’autre l’ouverture d’usines dans les pays émergents et du Sud. La valeur ajoutée des industries manufacturières augmente grâce aux gains de productivité (innovation et R&D) et à l’externalisation des services aux entreprises (maintenance, transport, logistique, recherche, informatique, publicité).
Informel
Informelle
Institutionnalisation
Désinstitutionnalisation
L’institutionnalisation désigne le processus qui tend à organiser le fonctionnement de la société de façon pérenne. Il inclut la création et la mise en œuvre de systèmes de règles, de normes, de routines, de rôles et de croyances partagées par un groupe social. Ce processus concrétise des valeurs générales sous la forme d’institutions durables, généralement formelles et codifiées (le droit, les tribunaux, le parlement, la monnaie, l’Église, le mariage, etc.). Le terme est également utilisé pour désigner la création d’organisations en charge de l’application d’une décision politique. À l’inverse, la pérennité de pratiques instituées peut être remise en cause par un processus de désinstitutionnalisation, par lequel le système codifié est transformé, remplacé ou abandonné.
Institutions
Institutionnalisme, Institutionnalise, Institutionnelle
Le terme institution désigne des structures sociales (règles, normes, pratiques, actions, rôles) durables, organisées de façon stable et dépersonnalisée, qui participent à la régulation des rapports sociaux. Elle peut être formalisée dans des organisations (internationales ou non). L’institutionnalisme en science politique aborde les objets de l’analyse politique par une étude de leur fondement structurel et de leur modèle organisationnel plutôt que par la prise en compte de leur rapport à la société.
Institutions financières internationales
Institution financière internationale
Nées de la conférence internationale de Bretton Woods en juillet 1944 qui prévoit la création du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, elles participent de la logique libérale, œuvrent à garantir la stabilité monétaire par le respect des taux de change et à aider la reconstruction d’après-guerre. Le poids des États-Unis et des pays industrialisés est prépondérant dans le FMI et, à partir de 1982, la crise de la dette lui donne un rôle croissant. Il promeut des politiques d’ajustement structurel en Afrique et Amérique latine et dans les anciens pays communistes après 1989. Les crises économiques et/ou financières (années 1990 et 2000) les obligent à évoluer (États stables, non corrompus, capables de mener des politiques de lutte contre la pauvreté incluant des organisations de la société civile).
Interdépendance
Interdépendances
Mode de relation fondée sur une interaction dense et continue entre entités sociales et politiques, conduisant à une réduction de l’autonomie de chacune d’entre elles qui se trouvent en partie reconstruites l’une en fonction de l’autre. Appliquée aux États notamment dans le contexte de la mondialisation, elle implique une réduction ou une modulation de la souveraineté, de même qu’une relativisation de la puissance : l’interdépendance suppose en effet une dépendance du faible à l’égard du fort, tout autant qu’une dépendance partielle du fort à l’égard du faible.
Internet
Internet des objets
Interconnexion à l’échelle mondiale de réseaux informatiques locaux permettant d’échanger textes, images, sons, vidéos grâce à un protocole unique (TCP/IP). Inventé aux États-Unis (années 1960) par des chercheurs et militaires, le réseau n’a cessé de croître, de se ramifier et d’innover. Au début des années 1990, les navigateurs rendent internet accessible au grand public. Les connexions à haut débit permettent les transferts de données de plus en plus volumineuses, la multiplication des activités en ligne et le passage d’une logique de stock d’informations à celle de flux continu. Le web 2.0, communautaire et interactif, stimule les échanges entre usagers, modifie les comportements sociaux et les mobilisations en leur donnant une visibilité instantanée. Les États non démocratiques en pratiquent régulièrement la censure. L’internet des objets désigne la connexion entre le réseau et des objets de types variés dits objets connectés.
Intersectionnalité
L’intersectionnalité rend compte de la pluralité des structures de domination et des effets cumulés de la combinaison des inégalités de genre, de classe, de race mais aussi relatives à l’âge, au handicap ou à l’orientation sexuelle. Entrepris durant les années 1990 pour analyser les discriminations à l’égard des femmes noires aux États-Unis, les travaux sur l’intersectionnalité ont démontré les effets pluriels de la combinaison des rapports sociaux, ne se limitant pas, en dernière instance, aux seuls rapports économiques. Par extension, une approche intersectionnelle prend en considération l’intrication et l’articulation de ces inégalités dans les stratégies de résistance et de mobilisation.
Intervention internationale
Intervention, Intervenir
L’intervention est, pour James Rosenau, une rupture dans le mode conventionnel de relations, qui a pour but d’affecter l’autorité politique de l’autre acteur. Pour Hedley Bull, elle désigne l’interférence coercitive, par un acteur extérieur, dans les affaires d’une entité politique. Pascal Vennesson emprunte à ces deux références lorsqu’il considère que l’intervention internationale est une action coercitive mise en œuvre par un acteur international qui affecte l’autorité politique d’un autre. Les interventions internationales peuvent être directes ou indirectes, ouvertes ou clandestines, faire intervenir la force armée ou non (sanctions économiques). L’ingérence est un cas spécifique d’intervention sans le consentement des autorités chez lesquelles on s’ingère.
Intégration
Notion à usages multiples. Elle s’oppose à « ségrégation » à propos de l’incorporation des étrangers dans les sociétés d’accueil dont l’intégration suppose plus qu’une simple inclusion par juxtaposition (multiculturalisme) mais se différencie d’une assimilation. L’intégration spatiale fait référence à l’incorporation progressive d’espaces périphériques et marginalisés dans le système spatial du centre. Le problème de la désintégration du lien social se pose quand des groupes cumulent des phénomènes d’exclusion économique, sociale, politique et spatiale. Les processus de mondialisation qui relient les sociétés mais maintiennent ou creusent les écarts sociaux, économiques, sanitaires et culturels entre et au sein de ces sociétés, créent et reproduisent une situation de déficit d’intégration sociale mondiale de plus en plus visible par les exclus.
Intégration régionale
Régionalisme, Régionalisation
L’intégration régionale est tantôt définie comme un processus (« la tendance vers la création volontaire d’unités politiques plus larges », Ernst Haas), tantôt comme un état (« l’obtention, au sein d’un territoire, d’un sens de la communauté et d’institutions et de pratiques suffisamment fortes et diffusées pour assurer, pendant un long moment, des attentes de changement pacifique parmi la population », Karl Deutsch). Le régionalisme, qui est « un processus principalement étatique de création et maintien d’institutions et d’organisations régionales entre au moins trois États » (Tanja Börzel et Thomas Risse), ne recherche pas nécessairement une plus grande intégration. La régionalisation renvoie à l’intensification des interactions entre les acteurs d’une région.
Investissement direct à l’étranger
IDE
Tout investissement motivé par la volonté d’une entreprise d’acquérir un intérêt durable (participation supérieure à 10 % des droits de vote) et une influence significative dans la gestion d’une entreprise résidant dans un autre pays. Cette opération, impliquant une relation à long terme (à l’inverse des investissements dits « spéculatifs »), peut se faire par la création d’une entreprise nouvelle ou, plus généralement, par la prise de contrôle de tout ou partie d’une entreprise existante par le biais d’achats et de fusions. Les IDE, dont la majorité concerne des flux Nord-Nord, sont à la base de la mondialisation des firmes multinationales.
Inégalité
Inégalités
Répartition inégale des biens, matériels et/ou immatériels, considérés comme nécessaires ou désirables. Outre les inégalités de revenus (internes, internationales et mondiales), les inégalités, cumulatives, se mesurent également en matière d’accès aux services publics (accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à un logement, à la justice, à une sécurité effective, etc.), à la propriété et plus largement aux ressources naturelles, ainsi qu’en matière d’expression politique ou de capacité de réaction face au risque écologique. Lorsque ces inégalités se fondent sur des critères prohibés par la loi, elles constituent des discriminations.
Islamisme
Islamiste, Islamistes
L’islamisme désigne une série de courants de pensée fondés sur une interprétation politique de l’islam, dont ils font à la fois le fondement des institutions et un guide pour l’action. Les mouvements islamistes contemporains se conçoivent le plus souvent dans une logique contestataire, et ont assis leur dynamisme sur la critique d’institutions corrompues ou inaptes à remplir leurs promesses, notamment en matière de développement humain (c’est par exemple le cas des partis inspirés du mouvement des Frères musulmans). L’islamisme ne doit cependant pas être réduit à cette dimension : la diversité d’interprétation des textes fondateurs de l’islam (le Coran et la Sunna) a pu favoriser leur mobilisation à des fins conservatrices (Arabie Saoudite) autant que révolutionnaires (Iran).
Justice environnementale
La notion de justice environnementale repose sur le constat que les populations pauvres et minoritaires sont exposées de manière disproportionnée aux risques environnementaux et aux effets néfastes des dégradations environnementales (pollution urbaine, conséquences des changements climatiques, etc.). Elle implique une reconnaissance des droits environnementaux, notamment en termes de participation, de chaque individu. Dans le contexte des changements climatiques, la justice climatique renvoie à l’équité intragénérationnelle, en particulier entre les pays développés et les pays en développement, et à l’équité intergénérationnelle considérant les actions, droits et besoins des générations actuelles et futures.
Libre-échange
Doctrine et pratique économique qui prône la diminution puis la suppression des barrières commerciales tarifaires et non tarifaires entre les États en général, et entre États d’un ensemble régional dans le cas des zones de libre-échange. Après la seconde guerre mondiale, il est conçu comme moyen de promouvoir la paix et le développement au nom de l’idée selon laquelle le protectionnisme est facteur de guerre.
Libéralisme
Libéral, Libérale, Libéralisation, Libéraux, Libérales
Issu de la philosophie des Lumières, le libéralisme désigne un corpus de philosophie politique plaçant la préservation des droits individuels au centre de sa conception de la société et de l’ordre politique. En découlent, d’une part, des mécanismes de protection de l’individu face aux risques d’arbitraire étatique, lesquels se traduisent la plupart du temps par la préférence pour un ordre politique démocratique ; d’autre part, l’importance accordée au respect de la propriété privée, dont découle la préférence pour une implication minimale de l’État dans l’économie et son repli sur la sphère régalienne. Derrière ce consensus, il existe de nombreux débats quant au degré d’implication de l’État dans l’économie, la protection des individus ou celle d’un ordre politique et de normes sociales données, qui se traduisent par différentes déclinaisons du libéralisme (courants ordo-libéraux à l’allemande, libertariens ou encore libéraux-conservateurs).
Libéralisme (en relations internationales)
Ensemble de courants théoriques en relations internationales qui considèrent l’individu comme l’acteur fondamental de la politique internationale, l’État n’étant qu’un intermédiaire entre les deux. En vogue durant l’entre-deux-guerres, il s’intéresse aux conditions de coopération entre intérêts antagonistes, à la possibilité de résoudre pacifiquement les conflits, notamment par le droit, et au rôle du libre-échange.
Lobby
Lobbys, Lobbies, Lobbying
Groupe de pression ou d’intérêt dont le but est d’influencer les autorités politiques pour qu’elles prennent des décisions dans l’intérêt des membres composant le lobby. Selon les cultures politiques des différents États, les lobbies sont plus ou moins reconnus et acceptés dans le jeu politique, et plus ou moins transparents et licites dans leurs méthodes et actions. La technicité croissante des négociations commerciales et l’imbrication complexe des niveaux et processus de décision les conduisent à se doter de fonds proportionnels aux enjeux qu’ils défendent et à recourir à des experts de haut niveau pour préparer leurs dossiers. Ils jouent un rôle important dans les processus d’élaboration des législations aux États-Unis, dans les institutions de l’Union européenne ou encore à l’OMC.
Local
Glocal
Mafia
Mafieuse, Mafias
Le terme désigne à l’origine des groupes criminels italiens et s’applique aujourd’hui de manière générique à tous les réseaux d’économie illégale fonctionnant sur la base du crime organisé (drogue, racket, prostitution, contrefaçon, etc.). Acteurs transnationaux les moins bien connus, ce sont des groupes très organisés, strictement hiérarchisés et en développement rapide dans les États incapables de les contrôler ou bien qui les tolèrent (Russie, Chine, Mexique, Colombie), où leur poids dans l’économie peut être considérable.
Maintien de la paix
L’ONU définit le maintien de la paix comme « une technique conçue pour préserver la paix, aussi fragile soit-elle, une fois que les combats ont cessé et pour appuyer la mise en œuvre des accords facilités par ceux qui sont chargés du rétablissement de la paix » (Doctrine Capstone, 2008). Il se différencie du rétablissement de la paix qui concerne les conflits en cours, et de l’imposition de la paix qui comprend l’application de mesures coercitives dont l’usage de la force. La notion de consolidation de la paix renvoie à la fois au processus complexe de création des conditions d’une paix pérenne et aux mesures ciblées pour réduire le risque de reprise du conflit et jeter les bases d’un développement durable. Ces principes orientent, non sans susciter des critiques, la conduite des missions de paix.
Malnutrition
La malnutrition est un déséquilibre régulier de la ration alimentaire quotidienne en quantité et/ou en qualité (obèses des pays riches ou personnes sans alimentation satisfaisante en raison de leur pauvreté). La famine est définie comme la rupture absolue de nourriture pour des populations entières, entraînant à brève échéance la mort si rien n’est fait pour interrompre le processus. Entre malnutrition et famine, la sous-alimentation correspond à une accessibilité amoindrie à la nourriture en raison de circonstances économiques (flambée des prix) ou d’une raréfaction des disponibilités (en période de soudure entre deux récoltes notamment) ou chronique (conflictualité durable).
Marché financier
Marchés financiers
Lieu de rencontre des investisseurs (détenteurs de capitaux) et des agents économiques (entreprises, ménages, États) en quête de financement. C’est là que sont émis (marché primaire) et que s’échangent (marché secondaire) les divers actifs financiers (titres de créance, obligations, etc.) ou de propriété (actions), matières premières, devises, produits dérivés, etc., et que se fixe leur prix en fonction de l’offre et de la demande (cotation). Par extension, le terme désigne l’ensemble des acteurs financiers (banques commerciales ou d’affaires, fonds d’investissement, etc.) présents sur ces marchés.
Melting pot
Métaphore étatsunienne (creuset dans lequel on fond le métal) et mythe de référence dans un pays construit par l’immigration, il est fondé sur le principe de l’assimilation d’immigrants de toutes provenances autour de valeurs partagées. Il nécessite l’abandon des appartenances anciennes et une véritable renaissance (born again). En fait, le mythe n’a jamais vraiment fonctionné, surtout pas pour les Noirs qui constituent la première minorité, issue de la traite des esclaves, une immigration violente et forcée ; il a donc été dénoncé dès les années 1960 par les mouvements pour les droits civiques. Depuis, la diversification des flux migratoires et l’hispanisation des États-Unis sont à la source d’autres métaphores, salad bowl ou mosaic, qui insistent davantage sur la coexistence de communautés séparées que sur leur fusion.
Microcrédit
Microfinance
Crédit de faibles montants accordé à des personnes ou entreprises ayant des ressources insuffisantes pour recourir au système bancaire traditionnel. Alors qu’il caractérisait à l’origine des pratiques informelles, le microcrédit est aujourd’hui encouragé par les institutions internationales. En 2006, le prix Nobel de la paix a été attribué à Muhammad Yunus et à la banque qu’il a fondée, la Grameen Bank. Forme ancienne de microcrédit répandue sur tous les continents, la tontine constitue une forme d’épargne collective dans laquelle les membres d’un groupe bénéficient à tour de rôle des crédits (monétaires ou non) cumulés par ce groupe.
Migrant
Migration, Migrations, Migrer, Migratoire, Migrants, Migrantes
Déplacement d’individus quittant durablement leur pays (émigration) pour se rendre dans un autre pays (immigration), de façon volontaire ou forcée (guerre, pauvreté, chômage, atteinte aux droits humains, conditions climatiques, etc.), et souvent en séjournant de façon plus ou moins temporaire dans différents pays dits de transit. Inhérents à l’histoire de l’humanité, les processus migratoires suscitent la mise en place de différents dispositifs de politiques publiques liés au contexte politique, économique et culturel ainsi qu’à la conception de la nationalité. Les États d’accueil s’efforcent d’organiser, parfois d’attirer (besoin de main-d’œuvre, exploitation de certains territoires, naturalisations, etc.), et plus souvent de restreindre l’immigration (contrôle aux frontières, quotas, titres de séjour, etc.). Les États de départ tentent, dans la plupart des cas, de maintenir des relations avec les nationaux et communautés diasporiques installées à l’étranger.
Migrant environnemental
Migrants environnementaux, Migration environnementale
La migration environnementale rend compte des déplacements de populations, volontaires ou forcés, de courte durée ou permanents, sur des distances plus ou moins longues, en raison des conditions environnementales de départ (dégradations progressives, catastrophes naturelles soudaines, etc.). L’Organisation internationale pour les migrations définit les migrants environnementaux comme « les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraints de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent ».
Minorité
Minorités
Tout groupe social qui, dans une société donnée, se trouve en situation d’infériorité par rapport à un groupe dominant. Cette situation s’exprime de façon quantitative, mais se définit aussi par référence à des données qualitatives de nature culturelle (minorités linguistiques, religieuses, ethniques, nationales, voire sociales). L’appartenance à une minorité peut faire l’objet d’une auto-identification, d’une assignation identitaire, de différents types de discriminations. Elle peut déboucher sur des politiques d’ingénierie sociale, de discrimination positive ou négative, ou encore des demandes de protection et de reconnaissance.
Mission de paix
Opération de maintien de la paix
Conduites par les organisations internationales, les missions de paix revêtent différentes formes. Historiquement, elles ont été conçues par l’ONU durant la guerre froide, en réponse aux blocages au sein du Conseil de sécurité limitant l’application d’autres mesures coercitives. Ces missions n’autorisaient l’intervention des Casques bleus qu’avec l’accord des parties concernées, après la fin des hostilités pour maintenir un cessez-le-feu. D’autres modalités ont été ensuite déployées, s’appuyant sur des mandats robustes (peace enforcement), des fonctions élargies (missions multidimensionnelles et consolidation de la paix) et des partenariats avec d’autres organisations (mandats hybrides). Ces instruments d’intervention font l’objet de nombreuses critiques (principes et mise en œuvre).
Mix énergétique
Répartition des différences sources d’énergie primaire (charbon, pétrole, gaz naturel, nucléaire, etc.) utilisées pour la production de l’énergie consommée sous forme d’électricité, d’essence, etc. Le mix énergétique de chaque pays reflète la disponibilité des sources d’énergie ainsi que les choix politiques et industriels favorisant certaines sources d’énergie, à l’exemple du nucléaire en France. Les énergies fossiles dominent encore largement le mix énergétique mondial.
Moderne
Modernité, Postmodernité, Postmodernes, Modernes
Définie suivant le modèle des pays les plus industrialisés vers lequel, dans une perspective évolutionniste, convergeraient toutes les sociétés dites moins avancées, la modernité se caractérise essentiellement par la place croissante de l’économie, de l’innovation technique, des régimes démocratiques de type occidental, ou encore de la bureaucratie rationnelle légale. Cette conception, dénoncée par maints travaux pour son évolutionnisme naïf, reste implicitement présente dans de nombreux discours d’acteurs politiques et dans un grand nombre de recherches. Sont qualifiés de postmodernes des courants artistiques et philosophiques de la seconde moitié du xxe siècle qui critiquent et déconstruisent la notion de modernité.
Mondialisation
Globalization
Le terme mondialisation renvoie à un ensemble de processus multidimensionnels (économiques, culturels, politiques, financiers, sociaux, etc.) qui reconfigurent l’espace mondial. Ces processus ne consistent pas seulement en un changement d’échelle généralisé vers le mondial car ils ne convergent pas nécessairement, ne touchent pas tous les individus et n’ont pas sur eux les mêmes effets. Plus que l’intensification des échanges de tous types, l’internationalisation des économies ou l’essor des connexions, la mondialisation contemporaine désigne les transformations de l’organisation spatiale des relations économiques, politiques, sociales et culturelles.
Multiculturalisme
Le multiculturalisme désigne, dans son acception socio-politique courante, un principe de gestion de la diversité linguistique, culturelle, religieuse ou ethnique à l’intérieur d’une même entité politique. Il permet aux groupes concernés d’interagir sur la base d’un socle de principes partagés, sans pour autant abandonner leurs caractéristiques identitaires et tout en continuant donc à fonctionner sur une base communautaire. Le multiculturalisme canadien était pensé à l’origine pour fondre l’identité québécoise dans la nation et couper court aux revendications autonomistes. Il est souvent opposé à la conception française de l’universalisme, qui rejette le traitement différencié des citoyens. Si les deux modèles sont contestés, leur représentation politique reste source de clivages.
Multilatéralisme
Multilatéral, Multilatérale, Multilatérales
Considérer le multilatéralisme comme une coopération internationale impliquant au moins trois États revient à le réduire à une simple technique alors que celui-ci se double d’une dimension qualitative et normative présente dès la Société des Nations. Selon Franck Petiteville, le multilatéralisme est ainsi une forme d’action collective internationale dont la finalité est de produire « de(s) normes et de(s) règles visant à établir un ordre international coopératif régissant les interdépendances internationales ». L’apparition de l’adjectif « multilatéral » à la fin de la décennie 1940 est concomitante de la prise de conscience de cette dimension.
Multinationale
Multinationales
Médiation
Médiations
Mode de résolution pacifique des différends impliquant le recours à un intermédiaire, le médiateur, afin d’aider les parties en conflit à trouver une issue négociée par des concessions mutuelles. Le médiateur est censé intervenir avec impartialité et en toute indépendance. Réglementée sur le plan international par la Convention de La Haye (1907), la médiation s’est déployée dans le cadre de la Société des Nations (SDN) puis surtout de l’Organisation des Nations unies. La médiation est également pratiquée au sein des États démocratiques afin de résoudre des litiges mineurs (médiation familiale, culturelle, judiciaire, etc.).
Mégalopole
Les concepts concernant l’urbain ne sont ni stables ni partagés entre les disciplines et les pays aux définitions statistiques variables. La métropolisation est un mouvement de concentration de populations, d’activités, de valeur dans des ensembles urbains de grande taille (économies d’échelle, accessibilité vs étalement, engorgements, pollution, fragmentation socio-spatiale, etc.). Les grandes agglomérations mondiales constituent l’architecture des processus de globalisation (pôles décisionnels, nœuds des réseaux physiques). Un double mouvement combine une dispersion des activités de production grâce au développement des mobilités matérielles et immatérielles, et une surconcentration urbaine de l’innovation. L’augmentation rapide de la population urbaine mondiale et la densification des interrelations incitent à abandonner l’analyse hiérarchique pour lui préférer celle d’un ensemble réticulaire mondial.
Métissage
Métissages, Métisse
Mélange ou hybridation, biologique et/ou culturel, il s’accélère à la période contemporaine mais concerne les temps longs de l’histoire de l’humanité. C’est l’obsession du modèle de l’État national territorial fermé aux circulations et homogène en termes d’identité (voire d’ethnie ou de race dans certains cas) et de culture, qui occulte cette dimension présente dans presque toutes les sociétés du monde. Certaines périodes de mobilité accrue des populations sont des accélérateurs de métissage (« découverte » du Nouveau Monde, colonisation du xixe siècle et depuis la fin du xxe siècle). Certains régimes politiques ont tenté ou tentent de le nier et le combattent (obstacles aux mariages « mixtes », relégations, ghettoïsation, déplacements de populations, épurations ethniques, exterminations, génocides).
Nation
Nations, National, Nationale, Nationales, Nationaux
Communauté politique fondée sur la conscience de caractéristiques partagées et/ou d’une volonté de vivre ensemble. On oppose habituellement une conception politique et une conception culturelle de la nation, qui, dans la pratique, s’influencent mutuellement et tendent à se rapprocher. Dans la conception politique, la nation est inventée et produite par un État, le territoire précède la nation et en dessine les contours (conception dite française, fondée sur le creuset républicain et le droit du sol). Dans l’acceptation culturelle de la nation, une culture communément partagée produit la nation. Le projet national consiste à rassembler cette population sur un même territoire (conception culturelle ou romantique ou « allemande » de la nation, fondée sur le droit du sang). Cette conception est en soi porteuse de conflits et peut conduire à l’épuration ethnique ou au génocide (Allemagne nazie, Grande Serbie, etc.).
Nationalisme
Néonationalisme, Nationalistes
Attitude ou doctrine politique consistant, pour un groupe social, à revendiquer la primauté des intérêts nationaux et le droit de former une nation souveraine. Le nationalisme peut revêtir la forme d’une lutte pour l’indépendance et pour le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » de type irrédentiste (annexion de territoires partageant une même culture et/ou langue), séparatiste (constitution d’un nouvel État en marge de celui existant) ou anti-impérialiste (lutte contre une puissance colonisatrice). Il peut aussi se faire hégémonique en reposant sur la volonté d’étendre l’influence et les intérêts d’une nation et de son (ses) État(s) au-delà des frontières (réunification, quête de sécurité et/ou de puissance, xénophobie, etc.). La diversité des mouvements nationalistes permet d’en identifier dans l’ensemble du spectre politique, d’autant qu’ils évoluent selon les contextes historiques. Lorsqu’il se teinte de populisme, le nationalisme produit un « national-populisme » combinant la primauté de l’intérêt national et l’appel à un sursaut de peuples contre les élites en place.
Nationalité
Nationalités
Juridiquement, la nationalité exprime l’appartenance légale d’un individu à un État, selon les règles édictées par celui-ci. La nationalité provient d’une filiation (droit du sang), de la naissance sur un territoire (droit du sol), ou s’acquiert par naturalisation. La notion de nationalité est liée au développement de l’État-nation et à la notion de citoyenneté, bien que les statuts de ressortissant et de citoyen ne se recoupent pas systématiquement (régimes non démocratiques, discrimination de certaines catégories de population selon des critères ethniques, religieux, linguistiques ou sociaux).
New Deal
Vaste programme politique et économique mis en place entre 1933 et 1938 par le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt pour répondre aux conséquences économiques et sociales de la Grande Dépression qui fit suite à la crise financière de 1929. Il visa en particulier à soutenir les couches les plus pauvres de la population (programme d’assistance sociale d’urgence, loi de protection syndicale, subventions agricoles, etc.), à réguler les marchés financiers (réforme des banques, création d’une autorité de régulation des marchés financiers, etc.) et à redynamiser l’économie étatsunienne. Ce programme posa les bases de l’État-providence aux États-Unis, jusqu’à ce que la vague libérale des années 1980 entame le démantèlement progressif de ses acquis sociaux et économiques.
Nomade
Nomadisme, Nomades
Le nomadisme pastoral pour lequel le territoire est un parcours de lieu en lieu régresse sous l’effet de contraintes étatiques (contrôle des frontières, contrôle social, attribution de territoires et de points d’eau, coupure des parcours), de crises politiques et de conflits, de politiques de développement inadéquates et de crises climatiques et écologiques. La sédentarisation en milieux urbains précaires mène à la disparition des nomades ou à leur rébellion (Touaregs). On qualifie aussi de nomadisme les mobilités contemporaines (physiques et virtuelles) à l’échelle planétaire. Métropolisation, mobilité résidentielle, tourisme international, délocalisations/relocalisations des entreprises, migrations, développement des technologies de l’information modifient les rapports aux lieux et les comportements.
Nord
Nord et Sud
Nord-Sud
Métaphores spatiales récentes qui, comme les autres appellations autour du sous- ou mal-développement, insistent davantage sur l’homogénéité de chacun des deux mondes, les oppositions entre eux, les lignes de fracture, au risque de faire oublier que les circulations et les échanges (économiques, démographiques, culturels, politiques) relient et que des fractures sociales et politiques sont présentes dans chacun des deux ensembles.
Nouvel ordre économique international
NOEI
Notion portée par les pays du tiers-monde au cours des années 1960 et 1970 afin d’en appeler à un rééquilibrage des relations économiques et commerciales fortement asymétriques entre les États développés et le monde en développement. Parmi les principes revendiqués figurent le droit pour un État au contrôle de ses richesses (exemple : nationalisations), le principe de prix justes et stables pour les exportateurs de matières premières, la garantie de débouchés et un traitement préférentiel pour les pays du tiers-monde, le contrôle de l’activité des firmes multinationales ou l’indemnisation des « dommages » subis pendant la colonisation. Le NOEI se décline également dans le domaine de l’information avec l’appel à instaurer un « nouvel ordre mondial de l’information et de la communication » (NOMIC). Ces revendications se heurtent à la résistance de la plupart des pays développés, puis au tournant néolibéral des années 1980, avant de ressurgir au sein des mobilisations altermondialistes à partir des années 1990.
Négociation
Négociations
Pratique destinée à obtenir un accord entre des acteurs publics ou privés pour satisfaire les intérêts matériels et symboliques des participants par des concessions mutuelles. Les négociations internationales constituent l’une des modalités de résolution pacifique des différends et peuvent se dérouler bilatéralement (entre deux acteurs) ou multilatéralement (trois acteurs ou plus). Elles débouchent souvent sur un document officiel (déclaration commune, accord de paix, traité commercial, convention internationale). Les négociations collectives désignent les négociations se déroulant au sein d’une entreprise entre l’employeur et les représentants du personnel (appartenant généralement aux organisations syndicales) concernant l’application du droit du travail.
Néolibéral
Néolibéralisme, Néolibérale, Néo-libéral
Utilisé par les courants critiques, le terme néo-libéral ne se rattache à aucune école auto-revendiquée en économie. Il fait généralement référence aux politiques économiques inspirées de l’École de Chicago (Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976) et partiellement appliquées par Margaret Thatcher au Royaume-Uni ou Ronald Reagan aux États-Unis au cours des années 1980, puis recommandées par les institutions économiques et financières telles que la Banque mondiale ou le FMI. Ces politiques se traduisent par un pilotage étatique de mesures de privatisation et de dérégulation des marchés, et se distinguent du libéralisme classique par l’importance accordée à l’efficacité économique par rapport aux libertés politiques.
Néomalthusianisme
Néomalthusienne
L’approche néo-malthusienne postule que la planète Terre est un système fini dont les ressources naturelles sont limitées et mises en péril par la croissance démographique et économique (toutes deux corrélées). Elle s’inspire de Thomas Malthus qui, au XVIIIe siècle, a examiné la relation entre production agricole et croissance démographique, présageant des mécanismes autorégulateurs (guerres, famines, épidémies) pour retrouver l’équilibre. Les fondements empiriques (scénarios irréalistes), les bases théoriques (la croissance économique ne renforce pas la croissance démographique, bien au contraire) et les implications éthiques et politiques (politiques coercitives de contrôle des naissances, etc.) de ces théories ont fait l’objet de nombreuses critiques depuis leur réapparition au cours des années 1960.
OGM
Organisme génétiquement modifié
Issus de la recherche & développement et des investissements dans le génie génétique, les organismes génétiquement modifiés sont obtenus par l’insertion volontaire par l’homme d’un ou plusieurs gènes dans le génome d’un organisme (transgénèse). Cette modification du patrimoine génétique de certaines plantes (soja, maïs, coton, colza principalement) leur permet de mieux résister aux insectes et de tolérer les herbicides. L’entreprise Monsanto en est le premier producteur. Leur usage, en forte croissance dans le monde, est soumis à autorisation, interdit dans certains pays et de plus en plus controversé.
Objectifs du Millénaire pour le développement
OMD, Objectifs de développement durable, ODD
En 2000, les États membres de l’ONU ont adopté les huit OMD portant sur l’élimination de l’extrême pauvreté et sur les grands enjeux humanitaires (faim, accès à l’éducation et à la santé, égalité des sexes, etc.) dans les pays du Sud à l’horizon 2015. Ils ont été très inégalement remplis et ont soulevé différentes critiques : absence d’objectifs pour les droits humains, manque de participation de la société civile dans leurs négociations, objectifs concernant uniquement les pays du Sud. Les ODD leur ont succédé en 2015 répondant en partie à ces critiques. Composés de 17 objectifs et de 169 cibles s’adressant à tous les pays à l’horizon 2030, ils recouvrent de nombreux secteurs : pauvreté, faim, santé, éducation, égalité des sexes, justice sociale, infrastructures, environnement, climat, etc.
Opinion publique
Cette expression désigne l’ensemble des représentations socialement construites et véhiculées par les médias, les sondages, les élites, de ce qu’est censée penser la population sur les questions d’actualité. L’opinion publique sur l’international décrit l’opinion nationale s’exprimant sur les questions internationales. De nombreux acteurs, ONG, associations, firmes ou organisations internationales invoquent « l’opinion publique internationale », lui donnant par là même une certaine existence sociale. Pourtant, la transposition à l’échelle internationale d’un concept déjà contesté à l’échelle nationale pose problème : l’essor des mobilisations et des solidarités transnationales, exprimées à travers des mouvements de protestation ou de lobbying, n’exprime pas pour autant une opinion mondiale.
Opération de maintien de la paix
Organisation internationale
OI, Organisations internationales
Selon Clive Archer, une OI est « une structure formelle, durable, établie par un accord entre ses membres (gouvernementaux et/ou non gouvernementaux), à partir de deux ou plusieurs États souverains, dans le but de poursuivre un intérêt commun aux membres ». Marie-Claude Smouts désigne trois traits distinctifs des OI : elles procèdent d’un « acte fondateur » (traité, charte, statut), s’inscrivent dans un cadre matériel (siège, financement, personnel), et constituent un « mécanisme de coordination ».
Organisation non gouvernementale
ONG
L’usage de cette expression s’est développé à la suite de son insertion dans l’article 71 de la Charte des Nations unies. Il n’existe pas de statut juridique international des ONG, si bien que ce sigle désigne des acteurs très différents selon les discours et les pratiques. Il s’agit généralement d’associations constituées de manière durable par des particuliers en vue de réaliser des objectifs non lucratifs, souvent liés à des valeurs et des convictions (idéologiques, humanistes, écologiques, religieuses, etc.) et non des intérêts. Actives tant à l’échelle locale que mondiale, sur des thèmes divers, les ONG se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers, mais sont d’importances très inégales en termes de budget, de personnel et de développement.
Paiements pour services écosystémiques
Mécanisme de transactions volontaires dans lequel un service écosystémique défini est rémunéré par un acheteur en échange de la mise à disposition de ce service. Étendus aux services environnementaux, il s’agit d’instruments incitatifs impliquant acteurs privés et publics qui consistent à offrir une rémunération en contrepartie de mesures encourageant la protection de l’environnement. Développés au cours des années 1990 en écologie, les concepts de services écosystémiques et de capital naturel étaient initialement pensés comme des métaphores pour promouvoir les politiques de conservation. Ils ont depuis été transformés en mécanismes financiers innovants qui confèrent une valeur monétaire à la nature dans le but d’assurer sa préservation, au risque de privatiser et marchandiser.
Paix
La définition de la paix fait l’objet de nombreux débats. Une définition restrictive de la paix l’entend comme l’absence de conflit (paix négative). Les peace studies ont réinterprété cette définition en intégrant les conditions de réalisation de la paix : la paix positive correspond à l’intégration au sein de la société humaine. Associée au concept de violence structurelle, la paix positive est alors entendue plus largement comme la justice sociale. Parmi les différentes théories de la paix, la paix démocratique ou paix libérale affirme, non sans critique, que les démocraties libérales n’entrent pas en guerre entre elles et ne combattent que des États non libéraux (cette approche nuance le postulat de Kant, Vers la paix perpétuelle, 1795).
Paradis fiscal
Paradis fiscaux
Territoire profitant de sa souveraineté pour proposer des régimes fiscaux ou juridiques dérogatoires (secret bancaire, taxation faible ou nulle, procédures rapides et souples, obligations administratives très limitées voire inexistantes, etc.) dont se servent les firmes multinationales, les fonds spéculatifs, les individus fortunés ou encore les réseaux mafieux pour échapper au fisc et aux autorités judiciaires de leur pays d’origine. Maillons essentiels de la mondialisation financière, les paradis fiscaux sont certes considérés comme une menace pour la stabilité économique mondiale mais bénéficient de fait de la complaisance des grands États qui cherchent plus à profiter du système qu’à le changer, et possèdent presque tous des paradis fiscaux placés sous leur contrôle.
Paramilitaire
Paramilitaires
Parité de pouvoir d’achat
PPA
Méthode de calcul permettant de comparer la valeur relative des différentes monnaies en tenant compte, outre du taux de change, des écarts de pouvoir d’achat et de niveau de vie d’un pays à l’autre. Cela permet par exemple de comparer le coût relatif (dans le budget d’un ménage moyen) de l’acquisition d’un même bien dans différents pays. Plusieurs institutions internationales calculent régulièrement les PIB nationaux en PPA afin de pouvoir effectuer des comparaisons internationales entre les niveaux de vie des pays, même si celles-ci restent aléatoires.
Partenariat public-privé
PPP, Partenariats public-privé
Mode de financement et de gestion des équipements de services publics (hôpitaux, adduction d’eau, autoroutes, etc.) permettant à une entité publique de déléguer à un opérateur privé le financement, la construction et/ou l’exploitation et la maintenance du bien, tout en en restant propriétaire. En échange, celui-ci reçoit une rétribution de la part de l’État (sous forme de loyer) ou fait payer les services aux usagers. S’il dispense les gouvernements d’assurer eux-mêmes les financements nécessaires, ce système est néanmoins critiqué car il entraîne une privatisation des bénéfices et, assez souvent, une hausse significative du coût final pour la collectivité (somme des loyers versés par l’État très supérieure à l’investissement, augmentation des prix payés par les usagers, etc.).
Pauvreté
Désignant initialement le manque de ressources économiques, la notion de pauvreté s’est élargie, au cours des dernières décennies, afin d’inclure les différentes composantes du dénuement : conditions sanitaires déplorables, faible niveau d’éducation, inégalités sociales et de genre, violations des droits humains, atteintes à l’environnement, vulnérabilité accrue face aux catastrophes dites « naturelles ». L’indice de développement humain (IDH) élaboré par le Programme des Nations unies pour le développement au milieu des années 1990 (ainsi que sa variante genrée, l’indice sexospécifique de développement humain, ISDH) ou l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) conçu par des chercheurs de l’université d’Oxford en 2010 s’inspirent des travaux d’Amartya Sen sur les capacités (capabilities) en identifiant les privations dont sont victimes les pauvres en termes de santé, d’éducation et de niveau de vie.
Pays développé
Pays développés, Pays sous-développé, Sous-développés, Pays riche, Pays riches, Pays pauvre
Lors de son discours d’investiture de 1949, le président des États-Unis Harry S. Truman dessine, dans son 4e point, les contours d’un programme d’aide aux « pays sous-développés ». Cette expression désigne l’ensemble des pays considérés comme « en retard » par rapport à ce qui devient désormais un modèle à atteindre : celui des pays développés, industrialisés, dont la croissance est alors plus forte et le niveau de vie plus élevé. Pays sous-développés, en voie de développement, ou en développement (selon l’évolution de la terminologie), pays développés, aucune expression ne vient modifier la perspective linéaire et évolutionniste de cette vision, ni nuancer le caractère homogénéisant et réifiant de ces ensembles.
Pays en développement
PED
Pays émergent
Pays émergents
Cette expression est issue d’un discours d’acteurs économiques et financiers qui, au cours des années 1980, qualifient d’émergents les marchés où l’investissement, bien que risqué, est rentable. En faisant la part belle à la croissance et en suggérant une idée de décollage, elle traduit une façon linéaire et occidentalo-centrée de penser le développement. Reprise et contestée par des acteurs politiques, cette expression désigne l’insertion internationale, économique, politique et/ou diplomatique de certains pays. Elle invite à interroger les usages de cette labellisation par des acteurs qui la revendiquent ou la rejettent.
Peace studies
Voir Paix
Permaculture
Pratique intégrant l’agroécologie dans la construction et le fonctionnement d’installations humaines durables et résilientes, inspirées des interactions dans les écosystèmes naturels. Combinant l’agroécologie avec les énergies renouvelables ou l’écoconstruction, la permaculture (contraction de permanent (agri)culture) peut être utilisée en milieu rural ou urbain, à une échelle individuelle ou locale (éco-village) ou plus collective (entreprise, ville « en transition »). Elle repose sur trois principes éthiques complémentaires : la protection de la Terre, celle des humains et le partage équitable des ressources.
Permis de polluer
Les permis de polluer reposent sur le principe pollueur-payeur, en assignant le poids financier des externalités environnementales (pollution, dégradations, épuisement des ressources, etc.) aux responsables et non à l’ensemble de la collectivité. Fréquemment utilisées au niveau national, les taxations environnementales prévoient le versement de redevances pour l’utilisation des ressources ou l’empreinte écologique, sous la forme d’émissions de gaz à effet de serre par exemple. Le marché des droits à polluer fait souvent référence aux instruments économiques mis en œuvre dans le cadre du Protocole de Kyoto pour la vente et l’achat de crédits carbone.
Plan Marshall
Lancé en 1948, le plan Marshall est un vaste programme d’aide à la reconstruction de l’Europe. Près de 13 milliards de dollars de l’époque (soit l’équivalent d’environ 100 milliards de dollars actuels) furent distribués aux pays européens réunis dans l’Organisation européenne de coopération économique (devenue depuis l’Organisation pour la coopération et le développement économique, OCDE). Outre la nécessité d’aider les pays européens à rebâtir leurs économies, le plan Marshall avait aussi pour but d’offrir un débouché à la production industrielle étatsunienne (alors que les commandes militaires refluaient du fait de la fin de la guerre) et de prévenir la montée en puissance des partis communistes en Europe de l’Ouest en luttant contre la pauvreté (politique d’endiguement de Truman).
Politique agricole commune
PAC
Prévue par le traité de Rome en 1957 et entrée en vigueur en 1962, la politique agricole commune est l’un des piliers historiques de la construction européenne. Elle œuvre au développement et à la modernisation de l’agriculture (auto-suffisance et sécurité des approvisionnements, modernisation, gains de productivité, stabilisation des marchés, développement des exportations). Avec un tiers du budget total de l’UE (contre 70 % durant les années 1970), elle a fait de l’UE une puissance agricole mondiale. Dénoncée comme coûteuse, favorable aux gros exploitants et à l’agrobusiness (contre les petits producteurs), encourageant l’agriculture productiviste (aux dépens de l’environnement) et faussant les règles du marché (protectionnisme, aides à l’exportation, au détriment des pays en développement), elle est régulièrement remise en cause malgré ses incessantes réformes au fil des années.
Politique européenne de voisinage
PEV
Politique lancée en 2004 à l’occasion de l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale dans le but d’organiser les relations avec les nouveaux voisins de l’Est et du Sud qui n’entrent pas dans un projet d’adhésion (Algérie, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Égypte, Géorgie, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Moldavie, Palestine, Syrie, Tunisie et Ukraine). Grâce à un financement d’environ 2 milliards d’euros par an, son objectif est d’étendre les politiques communautaires à ces États voisins et de promouvoir leur modernisation démocratique et économique, sans pour autant les faire entrer dans le cadre institutionnel de l’UE. La Russie, qui souhaite être traitée par l’UE comme partenaire privilégié, a refusé d’être intégrée dans la PEV.
Populisme
Populismes
Le populisme désigne un ensemble de discours politiques qui ont en commun d’opposer le peuple, qu’ils prétendent incarner, à des élites politiques et économiques accusées de confisquer la souveraineté populaire et de détourner les institutions à leur profit (le « système »). Dans l’arène internationale, les populismes se rejoignent pour dénoncer une mondialisation qui ne bénéficierait qu’à une minorité, mais se distinguent entre des courants revendiquant une forme d’internationalisme (par exemple les mouvements bolivariens) et ceux qui se superposent à un discours identitaire ou néo-nativiste (les populismes d’extrême droite en Europe notamment).
Principe de précaution
Le principe de précaution est invoqué lorsque la science ne permet pas de déterminer un risque avec certitude. Il avance que cette absence de certitude scientifique ne doit pas être un prétexte pour ne pas prendre les mesures nécessaires à la prévention d’un risque ou à l’atténuation de ses potentiels effets néfastes. Selon la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (1992), pour pouvoir recourir au principe de précaution, les dommages occasionnés doivent être « graves ou irréversibles ». Mais en droit international de l’environnement, il existe plusieurs définitions de ce principe, ce qui fait varier son interprétation, sa portée et sa mise en œuvre.
Productivisme/Productiviste
Productiviste
Mode d’organisation de la vie économique qui cherche à privilégier la production sur tous les autres objectifs possibles de l’économie. L’amélioration de la productivité s’est faite par la modification des techniques de production et l’innovation (fordisme et taylorisme dans l’industrie automobile). Dans l’agriculture, elle se traduit par l’utilisation massive d’engrais et de pesticides. Quand la productivité devient une fin en soi, indépendamment d’une réflexion sur les risques d’épuisement des ressources naturelles (matières premières et énergies fossiles), on peut alors parler de productivisme. Les débats mondiaux sur cette question sont d’autant plus complexes que les pays émergents, par volonté propre ou par délocalisations des entreprises européennes, étatsuniennes et japonaises, revendiquent d’en profiter à leur tour.
Produit intérieur brut
PIB
Indicateur économique mesurant la richesse produite par les investissements et les dépenses de consommation des ménages, des entreprises et de l’État à l’intérieur d’un pays (à distinguer du revenu national brut, qui mesure la richesse créée globalement par les seuls acteurs économiques nationaux). Très utilisé par les économistes (en particulier le PIB par habitant), il comprend de nombreux biais : il ne considère que les activités marchandes, ne tient pas compte des externalités négatives (destruction de l’environnement pas exemple), élude la question des inégalités sociales et spatiales, et postule (à tort) l’existence d’une corrélation entre richesse et niveau de développement. D’autres outils statistiques ont été développés pour tenter de pallier ces défauts (indice de développement humain, indice de Gini, etc.).
Propriété intellectuelle
Terme qui recouvre les droits d’utilisation d’une « création intellectuelle » : droits d’auteur d’œuvres littéraires et artistiques, et droits de propriété industrielle (marques de fabrique et indications géographiques, ainsi que la protection des inventions – brevets –, des dessins et modèles industriels). Alors que les idées et les connaissances représentent une part de plus en plus importante de la valeur ajoutée des biens vendus dans le monde, ces droits cherchent à protéger les investissements dans la recherche et développement et à en pérenniser les financements. L’Accord sur les droits de propriété intellectuelle (ADPIC), signé en 1994 dans le cadre de l’OMC, harmonise ces protections par des règles internationales communes qui obligent les États membres à lutter contre la contrefaçon et le piratage.
Protection sociale
Couverture sociale
Aides permettant aux personnes de faire face aux risques de l’existence sans compromettre leurs conditions de vie : maternité, charges de famille, maladie, invalidité, chômage, vieillesse, etc. Trois systèmes d’inspiration et d’objectifs distincts existent et s’influencent réciproquement. L’assistance sociale consiste en un revenu minimum destiné à instaurer une solidarité entre les personnes pour lutter contre la pauvreté. Elle est versée sous condition de ressources et non sur la base de cotisations préalables (exemple : régime beveridgien en Grande-Bretagne). L’assurance sociale a pour but de prévenir les risques de perte de revenus en offrant des prestations sociales financées par des cotisations sur les salaires (exemple : régime bismarckien en Allemagne). La couverture universelle a pour objectif de couvrir certains types de dépenses pour l’ensemble des individus, les prestations étant versées sans conditions de revenus ni de cotisation en étant identiques pour tous (exemple : couverture sanitaire universelle).
Protectionnisme
Protectionnistes
Opposé du libre-échange, le protectionnisme désigne une doctrine politique et une pratique d’État qui tend à mettre en place des mesures de protection des industries et services nationaux face à la concurrence étrangère (barrières tarifaires et non tarifaires principalement). Après la seconde guerre mondiale, le protectionnisme a été considéré comme un facteur d’aggravation des antagonismes politiques et des rivalités commerciales pouvant mener à la guerre, et le libre-échange est devenu un objectif partagé pour répondre aux besoins des entreprises et atteindre les objectifs de croissance. Ce dernier étant de plus en plus contesté, d’abord par les pays du Sud, mais aussi dans certains pays développés, le protectionnisme fait sa réapparition comme doctrine, comme programme politique ou comme menace (par exemple dans les rapports États-Unis/Chine depuis l’élection de Donald Trump).
Protocole de Kyoto
Le Protocole de Kyoto est un traité international sur les changements climatiques négocié par les États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1997. Entré en vigueur en 2005, il s’agit du premier accord juridiquement contraignant engageant les parties prenantes à atteindre des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il concerne les pays industrialisés qui peuvent s’appuyer sur des mécanismes de flexibilité établis dans le protocole (permis négociables, mise en œuvre conjointe, mécanismes de développement propre). Le refus du Sénat des États-Unis de ratifier le traité et le retrait du Canada en 2011 ont lourdement remis en cause la crédibilité de l’accord.
Puissance
Puissances, Puissants
Capacité d’un acteur politique à imposer sa volonté aux autres. Comparable à la notion de pouvoir à l’échelle interne, la puissance n’existe pas dans l’absolu mais s’inscrit dans la relation à l’autre puisqu’elle dépend des rapports de force et de la perception qu’en ont les acteurs. Pivot de l’approche réaliste des relations internationales, elle y est conçue dans un registre géostratégique (hard power fondé sur la contrainte et la coercition, notamment militaire). La vision transnationaliste en propose une interprétation plus diversifiée, intégrant des facteurs d’influence (soft power économique, culturel, etc., de Joseph Nye) et soulignant l’importance de maîtriser les différents registres de puissance, du hard au soft (« puissance structurelle » de Susan Strange).
Race
Groupe biologique du règne animal homogène et se distinguant des autres par des caractères physiques héréditaires. Si les travaux scientifiques n’ont cessé de démontrer l’unicité de la race humaine, plusieurs doctrines politiques ont toutefois appliqué cette notion aux populations humaines depuis le xixe siècle, en dépit de la reconnaissance des droits fondamentaux de la personne humaine et de condamnations judiciaires dans de nombreux États ainsi qu’à l’échelle internationale (Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948). Dans un sens très différent – mais qui n’empêche pas toutefois certaines confusions –, la notion de race est aujourd’hui utilisée dans les statistiques officielles, le droit positif et certains travaux de sciences sociales, principalement aux États-Unis et au Canada, pour décrire et analyser les principes d’organisation sociale et les valeurs des différentes communautés ethniques.
Racisme
Le racisme repose sur des préjugés affirmant l’existence de races humaines et les hiérarchisant entre elles. Il produit, encourage ou tolère des comportements de haine, de mépris ou de refus vis-à-vis de personnes supposées appartenir à des races différentes – et jugées inférieures – et peut justifier la mise en œuvre de politiques discriminatoires (exemples : traites coloniales, antisémitisme, apartheid, etc.). Les formes contemporaines de racisme véhiculent l’idée que des différences irréconciliables de culture, de religion et/ou de civilisation justifient la séparation des nations, des communautés ethniques et/ou religieuses entre et/ou au sein des États, et s’insurgent contre la diversité et le métissage culturels, l’ouverture des frontières ou certains types de migrations.
Recherche et développement
R&D
Investissements des entreprises (en interne ou externalisé) dans les activités de recherche fondamentale, appliquée et expérimentale pour développer des connaissances permettant la création de nouveaux produits et des gains de productivité. Ces activités sont centrales dans la concurrence entre les firmes multinationales, leurs logiques de déploiement dans l’espace mondial (moins délocalisées que la production matérielle), les négociations internationales (brevets), les liens États/entreprises (recherche publique/privée) et les rapports Nord/Sud.
Reconnaissance
Validation par un individu, un groupe ou une institution d’une pratique, d’une situation ou d’une identité revendiquée. Intrinsèquement relationnelle et socialisatrice, la reconnaissance peut être formelle ou informelle, réciproque ou unilatérale. La réflexion sur la reconnaissance, très présente en philosophie (notamment chez Hegel), a fait l’objet de développements plus récents en sciences sociales autour de la « lutte pour la reconnaissance » (Axel Honneth) et du déni de reconnaissance. La reconnaissance internationale est un acte discrétionnaire par lequel un sujet de droit international (généralement un État ou une organisation internationale) accorde une valeur juridique à une situation ou une action (accession au pouvoir d’un gouvernement de façon non constitutionnelle, déclaration unilatérale d’indépendance, intervention militaire, etc.).
Religieux
Religieuse, Religieuses, Religion, Religions
Il n’existe pas d’acception universelle de la notion de religion, pas plus qu’il n’existe de distinction claire entre religion et secte. De manière générale, une religion est un système de croyances impliquant une distinction entre le profane et le sacré, et se manifeste par un ensemble d’actes rituels permettant de matérialiser cette distinction. Est religieux celui qui pratique ou revendique une religion, mais également celui qui fait de la religion sa profession et y consacre sa vie.
Remises
Transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine, dites remises migratoires (remittances), effectués soit directement par les individus soit par le biais d’entreprises de transfert de fonds aux coûts variables. Ces remises sont recensées et étudiées par la Banque mondiale. Selon les pays elles peuvent représenter une part importante du PIB en même temps qu’elles permettent aux familles des migrants de se nourrir, se soigner et consommer un minimum, et aux collectivités villageoises de financer des équipements dans lesquels leurs États n’ont pas investi (écoles, centres de santé, etc.).
Responsabilité de protéger
Responsibility to Protect, R2P
Ce principe, au cœur du rapport de la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États, est adopté par l’Assemblée générale des Nations unies lors du sommet mondial de 2005. Il reconnaît que les États sont responsables de la protection de leur population. S’ils ne peuvent ou ne veulent assurer cette protection, la communauté internationale peut « mener en temps voulu une action collective résolue, par l’entremise du Conseil de sécurité, conformément à la Charte, notamment son Chapitre VII ».
Responsabilité sociale des entreprises
RSE
Ensemble des procédures et stratégies mises en œuvre de manière volontaire (c’est-à-dire non contraignantes, même si généralement adoptées sous la pression des acteurs de la société civile) par les entreprises pour prendre en compte, dans leur gestion et leurs activités, les attentes sociétales en matière de protection de l’environnement, de défense des droits de l’homme, de lutte contre la corruption, etc. Concrètement, la RSE se traduit par des séries d’engagements pris par les entreprises (chartes éthiques, codes de conduite, etc.) et le financement de quelques projets de développement local. Elle est néanmoins critiquée pour n’être souvent qu’un simple outil de communication (greenwashing), et pour être un frein à la mise en place de contraintes légales sous prétexte d’autorégulation.
Ressources naturelles
Risque
Risques
Perception et prise en compte des dangers et menaces à l’égard des individus et de l’environnement. Apparue scientifiquement et politiquement à la fin du xixe siècle avec l’émergence d’un État-providence destiné à faire face aux nouveaux risques sociaux, la notion de risque s’est développée lors des dernières décennies avec la mondialisation des échanges et des innovations scientifiques et technologiques. Dans La Société du risque (1986), le sociologue allemand Ulrich Beck analyse le passage de sociétés « modernes » construites sur le dogme de la croissance économique et du progrès technique à des sociétés « postmodernes » centrées sur la production, la gestion et la régulation des risques. En témoigne l’essor du principe de précaution, destiné à anticiper les conséquences possibles ou probables d’une catastrophe dite naturelle ou industrielle, d’une épidémie ou d’une innovation technologique pour protéger les populations concernées.
Réalisme
Réaliste
Approche théorique des relations internationales supposant que celles-ci sont construites sur une dichotomie entre l’interne et l’externe, le réalisme en déduit quelques postulats de base, parmi lesquels la centralité de l’État et sa quête de puissance, en vue d’assurer sa survie dans un environnement international nécessairement belligène puisque dépourvu de toute autorité supra-étatique.
Réfugié
Réfugiés
Personne se trouvant à l’extérieur de son pays et à qui le pays dans lequel elle se trouve a reconnu le statut de réfugié tel que défini dans la Convention de Genève de 1951, qui accorde la protection et l’assistance du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à toute personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Ce terme ne doit pas être confondu avec celui de demandeur d’asile, correspondant aux personnes ayant fui leur pays et ayant déposé auprès des autorités du pays d’accueil ou du HCR une demande d’asile afin de bénéficier du statut de réfugié. Un réfugié a donc été demandeur d’asile mais tous les demandeurs d’asile ne voient pas leur demande acceptée (ces déboutés du droit d’asile doivent alors quitter le territoire).
Régime international
Régimes internationaux
Notion utilisée en relations internationales par différents courants théoriques (réalistes, libéraux, constructivistes) depuis la fin des années 1970. Elle désigne des « systèmes de coopération fonctionnelle » qui se déploient à l’échelle internationale. Selon Stephen Krasner, les régimes internationaux sont constitués « de principes, normes, règles et procédures de décision, implicites ou explicites, autour desquels convergent les attentes des acteurs dans un domaine donné des relations internationales » (International Regimes, 1983). Institutionnalisés (organisations intergouvernementales) ou non, ils englobent généralement des acteurs étatiques et non étatiques (ONG, firmes, experts, etc.) dans des domaines sectoriels de la coopération internationale (commerce, santé, environnement, droits humains, etc.).
Régime politique
Régimes politiques
Au sens courant du terme, la notion désigne les institutions politiques d’un État, tandis que celle de système politique, plus vaste, intègre les divers acteurs politiques et sociaux agissant en leur sein (partis politiques, syndicats, médias, associations, électeurs, etc.). Les nombreux critères de différenciation entre les régimes politiques varient selon les auteurs et les périodes, tendant à se démultiplier et à se sophistiquer (nombre des dirigeants, procédures de désignation des gouvernants, degré de séparation des pouvoirs entre législatif, exécutif et judiciaire, relations entre gouvernants et gouvernés, etc.).
Régulation
Régulation internationale, Régulation internationaux, Régulations
Le terme régulation désigne l’ensemble des processus et des mécanismes qui permettent le fonctionnement normal et régulier d’un système. Appliquée à l’international, l’expression désigne l’ensemble des processus, des mécanismes et des institutions qui œuvrent à la correction des déséquilibres susceptibles de menacer l’ordre mondial ainsi qu’à la prévisibilité du comportement des acteurs, donc à la stabilité. Elle est étroitement liée aux notions de gouvernance et de biens publics mondiaux.
Réseau
Réticulaire, Réseaux
La géographie classique a toujours survalorisé les surfaces, les territoires, les pays et les terroirs, mais l’analyse des réseaux est maintenant placée au cœur de sa démarche. Ils sont définis comme un espace où la distance est discontinue, et composés de nœuds reliés par des lignes. Ils sont soit matériels (réseaux de transport de personnes, de biens ou d’énergie, câbles informatiques et autoroutes de l’information), soit immatériels. Partiellement dématérialisés (internet par exemple), ils sont le fait aussi bien d’individus que d’organisations. Les philosophes (Gilles Deleuze et Félix Guattari), les sociologues (Manuel Castells), les politistes (James Rosenau) et les économistes utilisent ce concept pour analyser les logiques réticulaires de fonctionnement des individus.
Résilience
Résilient
Le concept de résilience revêt un grand nombre d’acceptions en fonction de la discipline concernée : en psychologie, il s’agit de la capacité d’un individu à s’adapter après un traumatisme ; en écologie, de la capacité des écosystèmes à faire face à un changement d’état, à reprendre leur état initial ou à maintenir leurs fonctions essentielles. Utilisée pour qualifier individus, communautés, États, ou encore systèmes économiques, la résilience est passée d’une notion descriptive à un instrument prescriptif pour orienter les politiques d’adaptation aux changements climatiques. Son utilisation a été critiquée car elle tend à perpétuer le système en place, plutôt que de le transformer, et à attribuer la responsabilité de l’adaptation aux individus plutôt qu’aux États responsables des changements climatiques.
Résolution pacifique des différends
Résolution pacifique d’un différend
Ensemble de dispositifs juridiques et politiques permettant de résoudre un conflit interétatique sans recourir à la force. La résolution (ou le règlement) pacifique des différends peut se faire par la négociation directe – bilatérale ou multilatérale – entre les protagonistes ou par l’intervention d’une tierce partie (État, organisation internationale, juridiction internationale, acteur privé, religieux ou individu, etc.) sous forme de médiation, de bons offices, d’arbitrage ou d’enquête judiciaire. Codifiés à partir du début du xxe siècle, ces dispositifs se sont développés sous l’égide de l’ONU, dont la Charte établit la double compétence obligatoire de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, et la prédominance de ce dernier dans l’examen d’un différend.
Réticulaire
Réticulaires
Voir Réseau
Révolution verte
Transformation rapide des conditions de la production agricole lancée au cours des années 1960 dans les pays du Sud (surtout en Asie) par les États, les organismes de développement et les firmes de l’agrobusiness pour lutter contre la malnutrition, la pauvreté et la propagation des révolutions communistes. Elle s’est traduite par l’utilisation d’engrais, de pesticides et de semences sélectionnées, par une mécanisation et par une forte augmentation des rendements qui ont globalement fait reculer la malnutrition quantitative. Ses conséquences sociales (liquidation de l’agriculture familiale par endettement) et environnementales (pollution et dégradation des sols et de l’eau, réduction de la biodiversité) sont importantes. L’étape suivante est la généralisation des organismes génétiquement modifiés (OGM).
Sanctions
Sanction
Les sanctions, négatives ou positives, désignent la pratique par laquelle un/des État/s ou des organisations internationales mettent en place des mesures coercitives (embargo, retrait d’ambassadeur, interdiction de visa, gel des avoirs bancaires à l’étranger) ou des incitations (aide économique) pour persuader un autre État, ou certains individus en son sein, de mettre un terme à une action en cours, de revenir au statu quo ou d’agir. Elles peuvent exercer leur effet coercitif directement, en visant des dirigeants politiques, ou plus indirectement en favorisant le mécontentement populaire vis-à-vis du régime. Un débat sur leur efficacité oppose ceux qui les considèrent comme un instrument de pression sans engagement militaire à ceux qui soulignent le coût social et humain sur les groupes les plus défavorisés.
Serveur racine
Serveurs racines
Un serveur est une machine reliée au réseau qui fournit informations et services à ses clients sous forme de messages adressés à des ordinateurs. Un seul serveur fournit plusieurs services en même temps à ses clients (un usager, un ordinateur ou un autre logiciel). Un serveur racine (dupliqué sur plusieurs serveurs dans le monde) contient toutes les données de correspondance entre les noms de domaine et les adresses IP du réseau internet. Les treize serveurs racines sont administrés et coordonnés par l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), société de droit californienne à but non lucratif. De nombreuses voix réclament que ses compétences de régulation d’internet soient transférées à un organisme international sous la supervision de l’ONU.
Service public
Services publics
Activité d’intérêt général exercée par une collectivité publique, ou un organisme privé sous le contrôle de l’administration. Les missions attribuées au service public se sont étendues, des fonctions régaliennes traditionnelles (police, défense, justice, finances publiques, diplomatie) au secteur administré non marchand (éducation, santé, protection sociale, activités culturelles et sportives, etc.) et au secteur marchand, industriel et commercial (transports, énergie, eau, télécommunications, etc.). Le service public repose sur quelques principes fondamentaux : l’égalité d’accès et de traitement des usagers, la continuité, l’accessibilité, la neutralité et la transparence des services, et leur adaptation aux évolutions de l’intérêt général. Les notions de service d’intérêt général et de service universel, déployées au sein des institutions européennes et de certaines institutions internationales, redéfinissent – non sans controverses – le périmètre de l’action publique face à la libéralisation de certains de ses secteurs.
Société civile
Sociétés civiles
À l’échelle nationale, la société civile désigne une entité sociale distincte de l’État et dépassant les individus et les groupes qui la composent (classes sociales, catégories socioprofessionnelles, générations…). La notion de société civile mondiale est apparue au cours des années 1970 (John Burton, World Society) et désigne l’ensemble des relations sociales construites hors du contrôle de l’État sur la scène internationale par la mobilisation de ressortissants de tous les pays pour revendiquer des régulations infra ou supranationales. L’expression masque toutefois une grande diversité. La notion de société-monde apparaît pendant les années 1990 chez les géographes et désigne le processus le plus englobant de création d’un espace social à l’échelle de la planète.
Soft power
Sororité
Sororités
Équivalent féminin de la fraternité, la notion de sororité est utilisée dans la littérature et les mobilisations féministes à partir des années 1970 afin de souligner les rapports de solidarité et les conditions de vie similaires entre femmes dans des environnements ou contextes androcentriques.
Sous-développement
Sous-traitance
Situation dans laquelle une entreprise fait réaliser par une autre entreprise (le sous-traitant) une partie de sa production, ou une partie des tâches administratives ou de services (comptabilité, service de nettoyage, accueil téléphonique, etc.). Le recours à la sous-traitance s’explique par la recherche de coûts de main-d’œuvre bas pour des tâches peu qualifiées. C’est un moyen, pour les firmes multinationales, de délocaliser leur production dans des pays où la rémunération du travail est faible, généralement dans les pays en développement.
Souveraineté
souveraine
Notion politique conçue au Moyen Âge afin de légitimer l’indépendance d’États naissants (France, Angleterre) à l’égard du Pape et de l’Empereur, et reprise par de nombreux théoriciens (Bodin, Grotius, Schmitt). Désigne la prétention de l’État à ne reconnaître aucune autorité supérieure à la sienne sur son territoire. Elle justifie des représentations politiques et juridiques plus qu’elle ne décrit les rapports de pouvoir existants. Socle du système international, des principes d’égalité juridique entre les États et de non-intervention dans les affaires intérieures, elle s’oppose à l’ingérence. Dans les États démocratiques, elle est attribuée au peuple « souverain », qui légitime les institutions et les gouvernants par son vote. Les processus d’intégration régionale se construisent à partir de délégations de souveraineté des États.
Souveraineté populaire
Idée développée par les théoriciens du contrat social (Hobbes, Rousseau, etc.) selon laquelle la souveraineté (l’autorité politique suprême) réside dans le peuple, entité abstraite désignant l’ensemble des citoyens, en opposition à la nation qui forme un tout supérieur à la somme des individus. Principe fondamental de la démocratie, elle implique le suffrage universel, chaque individu détenant une part égale de cette souveraineté, et justifie le recours aux référendums et aux pratiques de démocratie directe.
Spill over
Débordement
Principe selon lequel toute initiative introduite dans un domaine de l’action publique tend à déborder sur les autres domaines. Ainsi en est-il de l’hypothèse voulant que tout renforcement de l’intégration économique de l’Europe ait à terme des effets mécaniques de renforcement de son intégration politique, sans même que des initiatives soient prises dans ce domaine.
Stress hydrique
Selon l’ONU, on parle de stress hydrique lorsque l’approvisionnement annuel en eau descend en dessous de 1 700 m3 par personne et par an, de pénurie d’eau lorsque l’approvisionnement annuel passe sous le seuil de 1 000 m3, et de pénurie absolue lorsqu’il atteint moins de 500 m3.
Subprimes
Crise des subprimes
Crise financière née de l’explosion d’une bulle immobilière aux États-Unis à l’été 2008. Après avoir reçu des prêts hypothécaires octroyés avec complaisance par les banques qui transformaient ces créances en titres négociables sur les marchés (titrisation), les ménages se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts, provoquant, par effet domino, une série de faillites bancaires et financières (Lehman Brothers, Bernard Madoff, etc.), une récession économique et la défiance des marchés financiers envers le risque de défaut de paiement d’États (Grèce, etc.). Malgré les dégâts économiques et sociaux de cette crise, elle n’a pas remis en cause les principes de fonctionnement du système financier, les tentatives de régulation de l’administration Obama ayant été rapidement annihilées par son successeur.
Subsidiarité
Principe de partage de compétences et de pouvoirs qui attribue à un organe, à une institution ou à une collectivité territoriale, compétents par principe, l’essentiel des actions, l’institution de niveau supérieur n’intervenant que de manière subsidiaire, c’est-à-dire de manière exceptionnelle et en complément. Le principe de subsidiarité est appliqué au sein de l’Union européenne depuis le traité de Maastricht (1992) afin de répartir les compétences entre les États membres et l’Union.
Substitution des importations
Substitution aux importations
Notion et pratiques développées par la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL/ONU) dans le but d’industrialiser un pays en favorisant le développement de productions qui permettent de remplacer les produits importés par une production nationale. Cette politique s’accompagne généralement de mesures protectionnistes afin d’isoler les entreprises nationales de la concurrence extérieure.
Sud
Suds, Sud-Sud
Syncrétisme religieux
Syncrétisme
Agrégation de différents cultes, doctrines ou croyances, pouvant déboucher sur des croyances ou pratiques sui generis. Le syncrétisme peut être le produit d’une volonté explicite de fusion religieuse (ce fut par exemple le cas de la « religion de lumière » imaginée par l’empereur moghol Akbar au xvie siècle) mais il peut aussi résulter de l’hybridation progressive entre une nouvelle influence religieuse et celle(s) qui lui pré-existai(en)t ou encore de la rencontre entre des croyances et pratiques présentes en un même lieu (le kejawen ou javanisme, pratiqué en Indonésie, amalgame ainsi des traditions hindo-bouddhistes, animistes, islamiques voire chrétiennes, selon les lieux et les communautés qui le pratiquent).
Système d’information géographique
SIG
Un système d’information géographique est un ensemble composé de bases de données, de logiciels, de matériel et de compétences humaines, conçu pour rassembler, analyser, gérer et représenter des informations et données géoréférencées (c’est-à-dire comportant des coordonnées en latitude et en longitude). Les SIG sont autant utilisés par les acteurs publics pour gérer un territoire ou un réseau que par ceux du privé pour optimiser leurs activités (marketing).
Système international
Concept phare de l’approche réaliste des relations internationales, le système international désigne l’ensemble d’acteurs qui entretiennent des relations suffisamment régulières pour que « le comportement de l’un soit un facteur nécessaire dans le calcul présidant au comportement de tous les autres » (Hedley Bull). Construit par la perception des acteurs, il est constitué de sous-systèmes (géographiques ou fonctionnels : stratégique, commercial, énergétique, etc.) qui interagissent les uns par rapport aux autres.
Sécurité
Sécuritaire, Sécuritaires, Sécurité collective
Ensemble de représentations et de stratégies qu’un acteur individuel ou collectif tend à élaborer pour réduire les menaces auxquelles il se sent confronté. Dans le domaine international, la sécurité peut prendre la forme : 1) d’un équilibre instable et précaire entre sécurités nationales, gagé sur la puissance des États ; 2) d’un aménagement concerté de cet équilibre (sécurité internationale) ; 3) de la mise en place d’un régime de sécurité qui s’impose à l’ensemble des États qui sont parties prenantes (sécurité collective). Au-delà de la menace tangible, les discours sécuritaires tendent à représenter des objets ou des groupes de personnes comme des dangers pour la sécurité des États, notamment afin de justifier des politiques sécuritaires (état d’urgence, actions militaires, fermeture des frontières, etc.).
Sécurité alimentaire
Insécurité alimentaire
Apparue lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1974, la notion de sécurité alimentaire a été progressivement développée, intégrant différentes dimensions – accès, disponibilité, qualité, stabilité – que la définition du Sommet de 1996 a réunies : « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. » Elle est une des sept dimensions de la sécurité humaine définie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1994.
Sécurité humaine
Développé au cours des années 1990, le concept de sécurité humaine s’appuie sur une vision élargie de la sécurité, au-delà de la sécurité des États et des menaces militaires. Le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de 1994 propose sept composantes (alimentaire, sanitaire, environnementale, politique, économique, individuelle, communautaire) et la définit ainsi : « la protection contre les menaces chroniques, telles que la famine, la maladie et la répression ainsi que la protection contre tout événement brutal susceptible de perturber la vie quotidienne ou de porter préjudice à son organisation dans les foyers, sur le lieu de travail ou au sein de la communauté ». Critiquée pour son manque d’opérationnalité, elle reste une notion clé des relations internationales contemporaines.
Sécurité privée
Privatiser la sécurité
Désigne le phénomène contemporain d’érosion du monopole de la violence physique légitime, traditionnellement dévolu à l’État (Max Weber), qui s’inscrit dans un contexte plus large de privatisation de ses fonctions régaliennes. La faible capacité de certains États à assurer leur propre sécurité entraîne la constitution de milices privées et de groupes d’autodéfense remplaçant une police défaillante. Lorsque des conflits infra-étatiques éclatent, la concurrence pour l’exercice du pouvoir et/ou le contrôle de ressources entraîne la formation de groupes paramilitaires, la participation de mercenaires et l’ascension de seigneurs de guerre (warlords), chefs militaires locaux qui profitent de l’instabilité sociopolitique de l’État pour accroître leur domination politique et territoriale. Les agences de sécurité privée vendent leurs services aux États ou aux entreprises (interventions, surveillance, informations, etc.).
Sémiologie graphique
Établie par Jacques Bertin à la fin des années 1960, elle s’appuie sur des moyens et des méthodes qui permettent de transcrire graphiquement des phénomènes. Elle implique l’organisation logique des données, la mise en évidence d’ensembles homogènes et la communication la plus efficace possible du résultat.
Territoire
Territoriales
Étendue de surface sur laquelle vit un groupe humain. Ce terme recouvre des sens différents selon les disciplines des sciences sociales. Pour les géographes : espace socialisé, construit, où la distance est continue, dont les limites sont plus ou moins précises et dont les territoires étatiques ne sont qu’une des formes. Pour les sociologues et les politistes : un territoire est la construction sociale d’un espace dont le bornage par des frontières en fait le principe structurant d’une communauté politique et permet d’imposer l’autorité de l’État et son contrôle sur la population. Il est lié au contexte, à l’histoire et aux acteurs de sa construction. Max Weber associe étroitement l’État moderne rationnel-légal au critère de territorialité.
Terrorisme
Terroriste, Terroristes
Méthode d’action violente inspirant l’anxiété (la terreur) et généralement utilisée dans une relation asymétrique (le faible s’attaque au fort). Au contraire de l’acte de guerre ou de l’assassinat politique où la cible (l’ennemi) est directement visée par la violence, les victimes du terrorisme sont instrumentales, le but des terroristes étant, à travers la médiatisation de leur violence, de créer un climat de peur et d’insécurité chez tous ceux qui en sont les témoins, et de provoquer ainsi un chaos social, juridique et politique censé affaiblir les États ou les sociétés visés. En l’absence d’une définition unanime du terrorisme, le terme est fréquemment utilisé pour délégitimer les actions de ses adversaires, sans que ceux-ci ne se revendiquent eux-mêmes terroristes.
Théories libérales
Tiers-monde
Tiers-mondisme
La formule tiers-monde, apparue en 1952 sous la plume d’Alfred Sauvy, démographe français, semble datée depuis la fin de la guerre froide. Ainsi dénommé en référence au tiers-état de la Révolution française (Sieyès), le tiers-monde désigne, selon lui, les États, principalement du Sud, qui « ignoré[s], exploité[s], méprisé[s] […] veu[lent] eux aussi être quelque chose ». La volonté de ces acteurs d’imposer des débats Nord/Sud (notamment sur le développement) et plus seulement Est-Ouest souligne la dimension contestataire de leur mobilisation.
Tragédie des communaux
Métaphore utilisée par Garrett Hardin en 1968 pour rendre compte de l’épuisement inéluctable des biens communs (variante du dilemme du prisonnier). Il imagine un pâturage fictif en libre accès : chaque berger a intérêt à y faire paître le plus grand nombre de moutons possible (source de profit supplémentaire), le plus rapidement possible avant son épuisement, sans assumer les coûts de l’entretien du pâturage partagé entre les bergers. La « tragédie des communaux » explique la surexploitation inéluctable des biens communs et les mécanismes à l’origine de la dégradation environnementale. Cette parabole est une référence incontournable dans le domaine de la politique internationale de l’environnement.
Traite négrière
Traite
La traite ou commerce des esclaves africains par les marchands arabo-musulmans existe dès le viie siècle (transsaharienne et vers la péninsule Arabique). Les Européens créent le troisième grand marché d’esclaves entre l’Afrique et les Amériques à partir du milieu du xvie siècle. Ce commerce triangulaire consiste à troquer avec les trafiquants africains des esclaves contre des armes, des objets manufacturés, des textiles, etc., puis à revendre les survivants du voyage aux colons américains (du nord du Brésil au sud des États-Unis), et enfin à revenir en Europe avec les produits tropicaux. Dénoncé par les Encyclopédistes durant la seconde moitié du xviiie siècle, puis par les sociétés abolitionnistes en France et en Angleterre, la traite puis l’esclavage cessent dans les Amériques au cours de la seconde moitié du xixe siècle.
Transition démographique
Du xviiie siècle à nos jours, l’humanité est passée d’un régime démographique de fécondité et mortalité élevées qui s’équilibrent, à un nouveau régime de fécondité et mortalité faibles. Dans un premier temps, les progrès économiques et sanitaires font baisser la mortalité, alors que la fécondité reste élevée, entraînant un excédent des naissances sur les décès et donc une croissance rapide de la population. Dans un second temps, la limitation des naissances réduit cet excédent, situation qui peut aboutir à un non-renouvellement des générations, donc à une diminution de la population s’il n’y a pas d’apport migratoire. Ce modèle théorique, construit à partir de l’observation des évolutions des populations européennes et nord-américaines, postule que toutes les populations du monde vont évoluer de la même façon.
Transition énergétique
Passage du modèle énergétique actuel, fondé sur les énergies fossiles, à un modèle fondé sur les énergies renouvelables et durables (ce qui exclut le nucléaire). Rendue nécessaire en raison du changement climatique et de l’épuisement programmé des énergies fossiles, elle implique une volonté politique de la part des gouvernements qui se traduise par la fixation d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effets de serre (GES) et de hausse de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique.
Transnational
Transnationalise, Transnationale, Transnationales, Transnationaux
Est transnationale toute relation qui, par destination ou par volonté délibérée, se construit dans l’espace mondial au-delà du cadre étatique national et qui se réalise en échappant, au moins partiellement, au contrôle ou à l’action médiatrice de l’État (Bertrand Badie, 1999). Le transnationalisme est une interprétation des relations internationales qui met l’accent sur le rôle des acteurs non étatiques et des flux traversant les frontières. Elle s’est développée à partir des années 1970 en réaction à la domination des analyses réalistes et néoréalistes autour d’auteurs comme Joseph Nye, Robert Keohane ou James Rosenau.
Trente Glorieuses
Expression de l’économiste Jean Fourastié qui désigne la période de forte expansion économique que les pays industrialisés ont connue entre la fin de la seconde guerre mondiale et les chocs pétroliers de 1973 et 1979.
Ubiquité
Désigne la faculté d’être partout en même temps. Cette notion d’abord théologique pour nommer l’omniprésence divine, réutilisée par Paul Valéry à propos de l’art dans l’entre-deux-guerres, est aujourd’hui commune en informatique, dans les sciences sociales et de la vie. L’ubiquité caractérise la société numérique, ses technologies, ses acteurs et ses usages que l’internet des objets rendra encore plus évidente après la généralisation des liaisons sans fil.
Urbanisation
Processus de concentration des populations et des activités dans des espaces restreints caractérisés par la densité et la diversité des activités sociales. La longue histoire de l’urbanisation du monde s’est brusquement accélérée à partir de la seconde moitié du xxe siècle, par l’augmentation du nombre de villes (de toutes tailles, particulièrement dans les nouveaux États postcoloniaux) et par l’augmentation de leur taille (en nombre d’habitants et en surface) : les plus grandes deviennent d’immenses agglomérations. Cette croissance, très différenciée dans le monde, est la plus rapide (par exode rural et par croissance démographique propre) dans les pays les plus pauvres aux politiques publiques urbaines les plus faibles. Les coûts environnementaux de l’étalement et des migrations pendulaires quotidiennes (pollution de l’eau et de l’air, gestion des déchets, approvisionnement des habitants, grignotage de l’espace agricole, etc.) sont aujourd’hui à mettre en balance avec les avantages de la densité des échanges, des compétences et des innovations que permet l’urbain dense.
Vieillissement
L’augmentation de la part des personnes âgées et très âgées dans la population d’un État ou d’une région (d’abord des pays du Nord, puis progressivement des pays du Sud) s’explique par l’augmentation du nombre des personnes âgées (allongement de la durée de la vie) et/ou la diminution du nombre de jeunes (baisse de la natalité), que renforce la faiblesse des migrations (pas d’arrivée de populations jeunes).
Viol
Le viol est une forme de criminalité qui utilise la sexualité humaine (sous toutes ses formes) comme outil de torture et de destruction de l’intégrité physique et identitaire de la victime, sans inclure forcément la mort. Ses conséquences perdurent dans le temps (grossesses, maladies, fardeau psychologique, stigmatisation sociale et/ou familiale). Les violences sexuelles introduisent une dissymétrie liée aux conditions de la reproduction humaine, puisque seules les femmes violées peuvent tomber enceintes. Le viol est une forme de violence extrême et un crime de profanation pour la personne sociale et morale concernée (destruction de l’honneur de la famille dans certaines cultures, sentiments de honte des victimes). Depuis les années 1990, l’utilisation du viol systématique comme arme de guerre est reconnue.
Violence structurelle
Définie par Johan Galtung, la violence structurelle est une forme de violence « intégrée dans la structure et [qui] se manifeste sous la forme d’un pouvoir inégal et, par conséquent, d’une inégalité des chances dans la vie ». Intrinsèquement liée à l’injustice sociale, elle se distingue de la violence personnelle (physique et psychologique), intentionnelle ou non intentionnelle, par son caractère indirect. Manifeste ou latente, la violence structurelle englobe l’ensemble des mécanismes et institutions qui répriment le développement humain, y compris les inégalités économiques et la distribution inégale du pouvoir politique.
Virilocal
Virilocale
Terme utilisé en ethnologie pour qualifier le mode de résidence d’un jeune couple hétérosexuel lorsqu’il doit habiter dans le village ou à proximité du lieu de résidence des parents du mari (par opposition à uxorilocal, lorsque le jeune couple doit s’installer à proximité des parents de l’épouse). Lorsque l’épouse vient habiter dans la famille de son mari, sa résidence est qualifiée de patrilocale.
Westphalie
Traités de Westphalie, Paix de Westphalie, Westphalien
Signés en 1648 par les pays d’Europe (sauf l’Angleterre et la Russie), les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans (Suède, France, Espagne et Saint-Empire romain germanique). Outre un remodelage territorial de l’Europe centrale, ils consacrent l’adoption de nouveaux principes politiques : 1/ sécularisation progressive de la politique, 2/ effondrement de la politique hégémonique, impériale et catholique des Habsbourg, à laquelle succède une conception d’équilibre européen politique et religieux qui doit assurer la paix, 3/ renforcement de l’identité et de l’indépendance des États dotés de frontières précises, reconnues par les autres, et à l’intérieur desquelles le prince ou le monarque exerce sa souveraineté, 4/ mise en place d’armées permanentes. En référence à ces traités, on parle d’un « ordre » ou d’un « modèle » westphalien.
Zone franche
Territoire à l’intérieur d’un État, sur lequel les entreprises bénéficient d’avantages fiscaux ou réglementaires tels que des exonérations de charges et de taxes, ou des aides à l’investissement. Il existe des centaines de zones franches dans le monde, tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Selon une logique d’insertion dans la division internationale du travail, elles sont mises en place afin d’attirer les investisseurs qui soutiendront l’activité économique dans et autour de la zone franche et d’y favoriser l’emploi (en général faiblement qualifié). La Chine a lancé son développement en créant des zones franches (zones économiques spéciales) sur sa façade maritime au cours des années 1980.
Échelle
Échelles
Terme polysémique désignant la taille d’un phénomène ou bien le niveau auquel on l’analyse. Échelle spatiale : quelques kilomètres pour l’échelle locale, dizaines de milliers pour l’échelle mondiale. Niveau d’analyse : l’échelle locale (un espace singulier), régionale (à l’intérieur des États), nationale (celle des États) et supranationale (des ensembles régionaux au monde et à l’universel) sont définies par rapport à un niveau de pouvoir. Longtemps spécialité des géographes, l’analyse multiscalaire s’impose aujourd’hui aux sciences sociales confrontées à la densité et la complexité des connexions au sein et entre les sociétés. L’adjectif glocal, contraction de global et local, rappelle l’inscription territoriale des systèmes productifs et les interactions entre les niveaux d’échelle, contrant l’idée reçue de la « fin de la géographie ».
Écologie politique
Branche des sciences sociales transdisciplinaire, à la croisée de la géographie humaine, de la sociologie et de la science politique. Aucune définition uniforme n’est proposée mais elle se caractérise par une approche critique et des thèmes touchant au lien entre environnement et société. Les travaux d’écologie politique s’attachent en particulier à démontrer les effets des relations de dépendance (droits de propriété, relations périphéries-centre, imbrication des échelles locales, nationales et internationales, etc.), de la construction sociale des vulnérabilités et des rapports de pouvoir dans la gestion, l’appropriation et l’exploitation de l’environnement, dénonçant l’inégale répartition des coûts environnementaux.
Économie circulaire
Notion récente issue d’une prise de conscience de la limitation des ressources de la planète et de la nécessité de les économiser, l’économie circulaire rompt avec le modèle économique dominant de production de richesse. Ses enjeux sont environnementaux, économiques et sociaux, indispensables au développement durable et touchent tous les domaines (matières premières et sources d’énergie, production industrielle et agricole, biens de consommation), tous les acteurs (États, entreprises, villes, individus) et toutes les conceptions de la vie sociale (impacts environnementaux, mutualisation, usage plus que possession, sobriété énergétique, réparation, gestion et recyclage des déchets, etc.).
Économie de marché
Système économique qui s’organise autour du marché et où la régulation des activités économiques se fait par l’ajustement du niveau des prix en fonction de l’équilibre entre l’offre et la demande. Les conditions de production et de vente sont donc librement fixées par les acteurs économiques, sans intervention de la puissance publique. Il n’existe cependant pas d’économie de marché pure, qui exclurait toute forme de régulation par l’État, par exemple à travers la définition de normes, la mise en place d’un cadre législatif, voire la fixation de certains prix. La régulation par les autorités publiques prend des formes variées (économie sociale de marché en vigueur dans les pays scandinaves, planification dans des pays d’Asie comme la Corée du Sud ou Singapour).
Économie informelle
Secteur informel
La notion de secteur informel (Bureau international du travail, années 1970) a d’abord désigné des types d’emplois puis un phénomène touchant l’ensemble des économies. 50 à 75 % de la main-d’œuvre des pays en développement (PED) travaille dans l’économie informelle (hors agriculture) au sein d’entreprises non enregistrées et sans personnalité morale, produisant des biens ou services à la vente ou au troc (Organisation internationale du travail). Précaires, mal payés et sans protection sociale, les travailleurs informels appartiennent aux groupes les plus fragiles (femmes pauvres, enfants, migrants ruraux ou internationaux). Ceux qui les emploient échappent à la loi, à l’impôt et en partie aux contrôles. Travail à domicile, sous-traitance non déclarée ou deuxième emploi relient le formel à l’informel. L’illégalité empêche la mesure de sa contribution aux PIB nationaux.
Économie-monde
Concept développé par Fernand Braudel puis par Immanuel Wallerstein, il se différencie de celui d’économie mondiale dans le sens où il fait référence à un espace stable sur une longue durée, économiquement autonome, généralement organisé autour d’un centre ou d’un cœur (successivement, depuis la Renaissance : les villes italiennes, les Provinces-Unies au xviie siècle, l’Angleterre de la révolution industrielle pendant la seconde moitié du xixe siècle, puis les États-Unis depuis la première guerre mondiale, peut-être demain les villes côtières de Chine ?) et de périphéries qui l’alimentent.
Écosystème
Écosystèmes
Interactions dynamiques reliant le biotope (milieu biologique présentant des conditions de vie homogènes) aux êtres vivants qui y cohabitent. Élaborée au cours des années 1930 par un botaniste britannique (Arthur George Tansley), la notion d’écosystème remplace progressivement celle de « milieux naturels » qui lui préexistait, en insistant sur les interdépendances entre les êtres vivants et leur milieu, et parmi eux les êtres humains. Conséquemment, elle souligne combien l’atteinte à l’écosystème se répercute sur les communautés humaines qui y vivent. Le biome (également appelé biotique, biote, écozone ou macroécosystème) est un ensemble d’écosystèmes caractéristique d’une aire géographique et dénommé selon la végétation et les espèces animales qui y prédominent. L’anthrome (ou biome anthropogénique) désigne le biome lorsqu’il est modifié par des interactions humaine directes et durables avec les écosystèmes.
Émergents
Énergies fossiles
Ensemble des sources d’énergie issues de la décomposition de matière organique dans le sol sur des millions d’années (et qui sont donc, par définition, non renouvelables). Constituées d’un assemblage de molécules de carbone et d’hydrogène (on parle d’hydrocarbures), elles existent sous forme solide (charbon), liquide (pétrole) ou gazeuse (gaz naturel). Leur combustion, nécessaire pour produire de la chaleur transformable en énergie, engendre inévitablement la formation de gaz carbonique (CO2), l’un des gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans l’atmosphère est responsable du réchauffement climatique global.
Énergies renouvelables
Sources d’énergie qui se caractérisent par leur renouvellement naturel, ce qui les rend inépuisables à l’échelle du temps humain, et dont la consommation n’entraîne pas l’épuisement. Les principales énergies renouvelables utilisées dans le monde sont la biomasse (même si son caractère renouvelable dépend de la gestion de sa production), l’hydroélectricité, l’éolien, le solaire, la géothermie.
Étalement urbain
État
États
L’État est un système politique centralisé (différent du système féodal), différencié (de la société civile, espace public/privé), institutionnalisé (dépersonnalisation de l’institution), territorialisé (un territoire dont les frontières marquent de manière absolue les limites de sa compétence), qui prétend à la souveraineté (détention du pouvoir ultime) et se doit d’assurer la sécurité de sa population. En droit international public, l’État se définit par une population qui vit sur un territoire borné par des frontières sous l’autorité d’un pouvoir politique (État national territorial).
État de droit
Dans son sens institutionnel, l’État de droit renvoie à un système dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées, stables et transparentes, de sorte que les citoyens connaissent leurs droits et obligations tandis que la puissance publique est limitée en raison de sa soumission au droit. Un tel système présuppose l’existence de juridictions indépendantes et l’égalité des sujets de droit.
État effondré
État failli, État manqué, État faible, États faibles, Collapsed state, Failed state
État incapable d’assurer la sécurité de sa population (fin du contrat social) et le contrôle de son territoire (fin de la souveraineté). Le pays se trouve alors dans une situation de non-gouvernement, génératrice de violence pouvant mener à l’éclatement (par exemple, Congo, Somalie, Afghanistan, etc.). Une telle qualification par la communauté internationale peut toutefois s’avérer arbitraire et masquer des jeux d’intérêts et de puissance.
État patrimonial
État dans lequel le gouvernant s’approprie l’administration, se livre à l’arbitraire et au favoritisme. Inspirée de la notion de patrimonialisme de Max Weber, la notion désigne un type de domination traditionnelle dans lequel le gouvernant détient les biens et les personnes au service du pouvoir (esclavagisme, fief, sultanat, etc.). Elle a été forgée par les analystes de politique comparée pour décrire les pratiques de nombreux États en développement dont la consolidation étatique est inachevée. Une vie politique peu institutionnalisée, l’absence de contre-pouvoirs et une société civile faiblement organisée contribuent à la personnalisation de l’autorité, à la confusion entre espaces public et privé et aux tentatives de maintien au pouvoir des dirigeants par des pratiques clientélistes.
État-nation
État national, États-nations
État-providence
Welfare state
En rupture avec la conception classique de l’État libéral, l’État-providence et ses pratiques émergent en Europe à la fin du xixe siècle. La crise des années 1930, puis la seconde guerre mondiale nécessitent son extension. L’État devient fortement redistributeur (modification de la répartition primaire des revenus par reversement sous forme de prestations sociales des sommes prélevées par l’impôt et les cotisations sociales), en particulier durant les Trente Glorieuses. Son rôle est fortement remis en question par les processus de mondialisation et les tenants du néolibéralisme, alors même que la crise économique rend plus nécessaire l’existence d’un filet de protection sociale.
Évasion fiscale
Pratique illégale consistant à dissimuler ses revenus et ses avoirs dans un pays tiers, généralement un paradis fiscal, afin d’éluder ses obligations fiscales dans son pays de résidence ou d’activité. Au contraire, l’optimisation fiscale consiste à utiliser les failles des législations nationales afin d’échapper à l’impôt en toute légalité.
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